LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Hommage et commémoration : le risque de la banalisation

4 min
À retrouver dans l'émission

L'hommage national organisé ce matin répond à quatre impératifs : commémorer ceux qui sont tombés dans l’attaque terroriste d'abord, soutenir leurs proches et compatir à leur douleur, mais aussi démontrer symboliquement que toute la communauté nationale a été atteinte, et enfin célébrer l’héroïsme.

Un indispensable temps de silence et de deuil, primordial pour mettre des mots sur cette souffrance individuelle et collective.

Mais ces hommages de la République à ceux qui sont tombés ne sont, hélas, plus exceptionnels. Selon les chiffres dévoilés hier à l'Assemblée par le premier ministre, 11 attentats ont été perpétrés depuis janvier 2015. Sans parler de ce que nous réserve l'avenir. Avec leur multiplication, ces cérémonies d’hommage présentent aussi le risque de se banaliser.

La répétition de ces actes terroristes entraîne chez chacun de nous une adaptation mentale : l’impensable devient pensable ; l’inattendu devient redouté ; le redouté devient plausible. 

Comme un cycle qui hélas se répète de plus en plus automatiquement. Attentat ; intervention des forces de l’ordre ; premières hypothèses lancées dans les médias ; conférence de presse de François Molins ; témoignage des proches ; cérémonie d’hommage aux victimes.

Le terrorisme est aussi une guerre d'usure. Dans ce contexte, peut-on craindre qu’une forme de routine triste et désabusée s’installe ? Peut-on redouter que la société oppose bientôt ceux qui tuent et ceux qui s’habituent ?

Le rassemblement, la communion, pour le gendarme Arnaud Beltrame, doivent correspondre non à une cérémonie mais à un sursaut, comme d'ailleurs la marche en la mémoire de Mireille Knoll, ce soir à Paris.

Ce matin, la cérémonie d’hommage national à Arnaud Beltrame permet de remettre en place de la hiérarchie des valeurs.

Ce sont les noms des victimes qui seront cités, pas celui du terroriste.

Ce sont leurs visages qui seront affichés, pas celui de l’assaillant.

Ce sont leur mémoire qui sera honorée ; tandis la dépouille de l'agresseur est refusée par les communes où il pourrait être inhumé.

Fort heureusement, la capacité d’indignation et de révolte trouve toujours ses serviteurs. Le très beau discours de Jean-Luc Mélenchon hier à l’Assemblée a montré que le cynisme politique ne pouvait s’introduire partout, en ces circonstances. 

Aujourd'hui, c’est la première fois qu’Emmanuel Macron dirigera une telle cérémonie depuis sa prise de fonction.

Son prédécesseur François Hollande avait parfois été brocardé par la droite et l'extrême-droite, qui lui reprochaient d'organiser des commémorations comme paravents à l'inaction.

Mais finalement, multiplier ces cérémonies d’hommage, c’est peut-être le seul moyen de démontrer que la République ne s’habitue pas. Cela veut dire qu’il y a encore une sensibilité à l’événement violent. Le plus inquiétant sera sans doute le jour où l'idée d'un hommage national ne fera plus consensus.

Chroniques
8H19
27 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
Qui sont les héros de notre temps ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......