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Jean Luc Mélenchon députe des bouches du Rhône lors des questions au gouvernement dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Paris, le 10 novembre .2020

"Il n’y a pas de base locale forte pour La France insoumise"

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BILAN 2020 - LFI n'est pas un parti politique comme les autres. C'est une formation d'un genre nouveau qui permet à ses sympathisants de s'affilier gratuitement en s'inscrivant sur internet. Cela génère un militantisme beaucoup plus versatile et fugace qu'au sein des autres partis politiques.

Jean Luc Mélenchon députe des bouches du Rhône lors des questions au gouvernement dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Paris, le 10 novembre .2020
Jean Luc Mélenchon députe des bouches du Rhône lors des questions au gouvernement dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Paris, le 10 novembre .2020 Crédits : Sébastien Muylaert - Maxppp

En cette fin d'année, nous dressons un état de santé des principales formations politiques. Aujourd'hui, le politologue Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite au Centre d'études européennes de Sciences Po et directeur de l'agence intellectuelle Telos, s'intéresse à La France Insoumise, le parti fondé en 2016 par Jean-Luc Mélenchon :

Qui sont les militants de la France insoumise ? Et combien sont-ils ? 

Combien sont-ils ? Il est très difficile de le dire dans la mesure où il ne s'agit pas d'adhérents et même de militants comme on l'a vu par le passé et comme on le voit encore dans les partis de gauche. Ce sont des personnes qui, avec un clic (sur internet), deviennent membres. 

On dit qu'ils sont entre 300 000 et 500 000. Mais encore une fois, ça ne veut pas dire grand-chose du point de vue de la force militante, dans la mesure où, justement, leur engagement est relativement faible. Certains peuvent se mobiliser, mais l'engagement lui-même est relativement faible. 

La France insoumise a enregistré des scores relativement faibles aux élections intermédiaires, les européennes en 2019, les municipales et les sénatoriales en 2020. Pour quelles raisons ? Est-elle une formation politique comme les autres, à l'image des partis dits traditionnels ? 

Elle n'est pas une formation qui ressemble au Parti socialiste ou au Parti communiste tel qu'on les a connus dans le passé. D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, quand il a créé son parti, La France insoumise, en 2016, à l'occasion de l'élection présidentielle de 2017, a voulu précisément en faire un parti de type nouveau. 

Il a rompu, à ce moment-là, avec le Parti communiste pour le Front de gauche. Et il en a fait un parti que j'appellerai, dans une nouvelle typologie des partis politiques, un parti personnel. Il l'a créé sur sa personne, autour de sa personne. C'est à tel point, d'ailleurs, qu'on ne sait pas exactement ce que pourrait devenir ce parti si Mélenchon se retirait de la vie politique. 

On s'est aperçu à l'occasion des élections européennes, municipales, sénatoriales, qu'il n'y a pas vraiment de base locale forte pour ce parti. Donc, vous voyez, pour répondre à votre question, il est clair que ce parti n'est pas un parti comme les autres. C'est un parti qui, au fond, se construit autour d'un homme qui aime, avant tout, être sur le devant de la scène. 

On a vu un certain nombre de cadres quitter La France Insoumise. Est ce que ce parti est aujourd'hui affaibli par rapport à 2017 ? Est-il en mesure de porter une troisième candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle ? 

D'abord, on sait que Jean-Luc Mélenchon sera candidat puisque c'est quand même son objectif principal. Ce sera probablement, d'ailleurs, sa dernière candidature puisqu'il n'est plus tout jeune. Mais ce que l'on peut dire aujourd'hui, c'est qu'il y a un affaiblissement incontestable. 

D'abord, je crois qu'il y a une certaine usure de Jean-Luc Mélenchon, qui occupe quand même le devant de la scène depuis un certain temps. Et surtout, il ne faut pas oublier qu'il a fait ce score extraordinaire de presque 20% à la dernière élection présidentielle alors qu'il n'y avait pas de candidat écologiste. Les écologistes soutenaient, à l'époque, la candidature socialiste. Et donc, à côté de Mélenchon, il y avait un faible candidat socialiste et il n'y avait pas de candidat écologiste. 

Donc, LFI n'est pas dans une très bonne passe. Il faut dire aussi qu'il y a chez Mélenchon une grande ambiguïté sur ce qu'il attend de ce parti. Souvenons-nous que lorsque sont apparus les gilets jaunes, il les avait présentés comme "les leaders de demain". On voit bien, là, qu'il y a un tournant qu'on peut qualifier de populiste dans le discours de Jean-Luc Mélenchon. Et on ne sait pas très bien, au fond, ce qu'est ce mouvement.

La France Insoumise est-elle une formation ancrée à gauche de l'échiquier politique ? Ou bien y-a-t-il débat sur ce point ? 

Il y a débat. Et ça vient de Jean-Luc Mélenchon lui-même. Depuis qu'il a créé son mouvement, il a tout fait et tout dit. Et il a notamment dit qu'il ne croyait plus du tout à l'union de la gauche. Je ne suis même pas sûr que lui-même défende encore l'idée de gauche. Je ne crois pas. Je ne suis pas sûr. Et c'est lié à ce type de mouvement qui n'a plus rien à voir avec les partis de gauche tels qu'ils ont été créés historiquement. 

Donc, ce que je crois, c'est qu'il n'est pas évident qu'on puisse le classer comme un parti de gauche ni que lui-même se définisse comme un parti de gauche. D'ailleurs, ça contribue certainement à l'affaiblissement du clivage gauche-droite dans notre pays.

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