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Leila Slimani

Imaginer l'Histoire sans esprit critique ? par Leïla Slimani

3 min
À retrouver dans l'émission

Pour les Matins des écrivains, Leïla Slimani se prête au jeu du Billet politique. Elle revient sur les rapports qu'entretiennent les politiques avec l'histoire et son enseignement.

Leila Slimani
Leila Slimani Crédits : Arthur Béranger - Radio France

Dans le cadre des Matins des écrivains, le Billet politique du jour est signé par Leïla Slimani, auteure de “Chanson douce” (Gallimard). Retrouvez Frédéric Says dès lundi.

Hier, c’était la rentrée pour tous les élèves de France. Et François Fillon, ancien ministre de l’Education nationale, nous a fait une petite leçon d’Histoire. Dans une tribune publiée dans le Figaro, il a repris les propos qu’il avait tenus quelques jours auparavant à Sablé sur Sarthe «Si je suis élu président de la République » déclare-t-il « je demanderai à trois académiciens de s’entourer des meilleurs avis pour réécrire les programmes d’Histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national ».

Jusqu’ici rien de nouveau. La droite défend depuis plus de quinze ans l’idée que l’enseignement de l’Histoire doit glorifier le rôle de la France, asseoir son identité, délivrer un « roman national » un peu comme c’était le cas sous la IIIème république. C’est cette idée qu’on avait retrouvé au moment des débats sur «l’identité nationale» en 2009. De manière générale, les politiques français entretiennent un rapport passionnel à l’enseignement de l’Histoire, avec cette idée sous jacente que la façon dont on enseigne le passé conditionne l’avenir collectif. Jaurès, (une référence à Droite comme à Gauche), « vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. »

Pas étonnant que Marine Le Pen mette en avant des figures comme Clovis ou Jeanne d’Arc, symboles de l’identité chrétienne de la France. A Gauche et à l’extrême gauche, on insiste sur l’importance d’enseigner les luttes sociales, l’émancipation des femmes, mais aussi la colonisation ou l’esclavage. Jean-Luc Mélenchon, qui émaille tous ces discours de références historiques érudites, a souvent répété que le récit de l’émancipation laïque était le meilleur moyen de lutter contre l’intrusion du religieux dans nos vies.

En tout cas, dès que le politique se mêle d’Histoire, il y a le risque qu’il fasse dire un peu ce qu’il veut aux évènements du passé, pour coller au récit national qu’il voudrait raconter. Il se comporte, la plupart du temps, moins en historien qu’en idéologue. Qu’importe nous dit François Fillon. L’enseignement de l’Histoire a pour but de nous unir et de nous rendre fiers, pas de nous enseigner à exercer notre esprit critique. Les professeurs ne devraient plus « apprendre aux enfants à comprendre que le passé est source d’interrogations. Faire douter de notre Histoire : cette instruction est honteuse ! » Là, Fillon fait, sciemment ou pas, un contresens évident. Comment imaginer aujourd’hui un enseignement de l’histoire où l’on abandonnerait tout esprit critique ? Et on peut même au contraire considérer que plus l’époque est grave et plus on a besoin de complexité. C’est la grandeur d’une démocratie que d’apprendre aux générations futures qu’on est en droit de remettre en cause des choix faits par le passé et que le sentiment patriotique n’a rien à voir avec la complaisance ou le déni.

Car voilà, Fillon veut d’abord en finir avec la repentance, et « avec les théories fumeuses qui ont déconstruit chez tant de jeunes le goût d’être ensemble». « La France », ajoute-t-il, n’est « pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique ». L’entreprise de colonisation était un innocent échange culturel. Fillon en arrive même à rêver que nos enfants, comme les petits Chinois soient fiers d’appartenir à une grande civilisation, au lieu d’apprendre à avoir honte de leur passé. Il faudrait rappeler à monsieur Fillon que les enfants chinois n’ont pas le choix d’être fier ou pas de leur pays et que l’enseignement de l’Histoire est y plus proche de l’endoctrinement.

Les thèmes de l’identité, de l’immigration et du communautarisme seront sans aucun doute centraux dans la prochaine présidentielle. Et se posera encore la question du rôle de l’enseignement de l’histoire pour construire des citoyens français et souder la nation. On ne peut que conseiller aux vrais historiens de s’armer de patience…

Leïla Slimani

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