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Congrès du Parti socialiste le 19 septembre 2021

Incontournables partis politiques

5 min
À retrouver dans l'émission

Comme d'autres avant lui, Xavier Bertrand renonce à l'aventure personnelle et solitaire dans laquelle il s'était lancé en vue de l'élection présidentielle. Il sollicite l'investiture de son ancien parti politique, "Les Républicains", considérant qu'elle lui est indispensable.

Congrès du Parti socialiste le 19 septembre 2021
Congrès du Parti socialiste le 19 septembre 2021 Crédits : Olivier Chassignole - AFP

Finalement, le parti “Les Républicains” a réussi à imposer sa loi pour la désignation du candidat à la présidentielle issu des rangs de la droite. C’est bien en son sein que ça va se jouer.

Il y aura un congrès début décembre avec un vote réservé aux adhérents et celui qui en sortira vainqueur sera officiellement investi pour porter les couleurs de la droite les 10 et 23 avril prochains.

Xavier Bertrand a mis fin aux interrogations mardi soir, sur TF1, indiquant qu’il participera bien au processus et qu’il se soumettra au vote des militants :

Je veux rassembler, Monsieur Bouleau, l'ensemble des Français. Alors il faut que je commence par ma famille politique.

Ce n’était pourtant pas l’intention première de Xavier Bertrand. Il y a quelques semaines encore, il refusait catégoriquement tout processus de sélection quel qu'il soit. 

Il définissait la présidentielle comme “une rencontre entre un homme et les Français”. Il n’était donc pas question pour lui d’accepter le filtre que constitue le parti politique pour la désignation d’un champion.

D’ailleurs, les partis politiques, avait-il déclaré quatre ans plus tôt lorsqu’il avait quitté “Les Républicains” en 2017, avaient fait leur temps :

Ca ne se joue plus dans les partis politiques. Je ne crois plus, aujourd'hui, aux partis politiques à l'ancienne. Et puis je n'ai pas l'intention, je le dis très clairement, de rejoindre un parti politique ou de créer un nouveau parti politique. Mon parti, c'est la région des Hauts-de-France.

Xavier Bertrand considère donc qu’il ne peut pas faire sans la formation politique dont il s’était affranchi quelques années plus tôt. Et il y a plusieurs raisons à cela.

La première est financière. Le parti a provisionné 10 millions d’euros pour la campagne à venir. Ne pas participer au processus, c’était faire une croix sur cette ressource essentielle pour prétendre jouer les premiers rôles.

Ensuite, le parti, c’est aussi plusieurs dizaines de milliers de militants susceptibles de coller des affiches, de distribuer des tracts rt de relayer le programme du candidat dans l’opinion. Là encore, c’est une ressource essentielle.

Enfin, Xavier Bertrand réintègre le giron partisan parce que son plan de bataille élaboré il y a quatre ans a échoué. Il a fait cette analyse, prenant l’exemple d’Emmanuel Macron, que les partis politiques étaient démonétisés. Ce qui est vrai au regard des enquêtes réalisées depuis des années par le CEVIPOF, le centre de recherche de Sciences PO.

Et partant de ce constat, il a considéré que le processus de sélection devait s’effectuer via les sondages d’opinion. C'est pour cette raison qu’il a déclaré très tôt sa candidature. Il comptait sur cette primauté, sur sa légitimité d’élu local et sur le fait d’avoir quitté l’appareil partisan pour s’imposer dans l’opinion.

Mais ça n’a pas marché. Il n’a pas distancé les autres prétendants. Et surtout, il est aujourd’hui concurrencé, d’un côté par Eric Zemmour qui semble séduire une partie de l’électorat de la droite républicaine , de l’autre côté par Edouard Philippe qui œuvre à la réélection d’Emmanuel Macron.

Xavier Bertrand a donc besoin de son ancien parti politique pour essayer de légitimer et de relancer une candidature qui patine.

Plusieurs candidats s'appuient sur la structure partisane

Il n’est pas le seul à s’appuyer sur la structure partisane. Yannick Jadot, après avoir hésité, a finalement accepté de participer, malgré les risques, à la primaire organisée par son parti, Europe Ecologie Les Verts.

Anne Hidalgo également sera officiellement investie demain, 14 octobre, par un vote des militants socialistes. Et c’est sur cette investiture officielle qu’elle compte s’appuyer pour essayer de relancer une candidature qui, elle aussi, patine.

Et puis, regardez ce qui s’est passé le week-end dernier au Havre. Edouard Philippe (qui n’est pas candidat à la présidentielle, en tous cas pas celle de 2022) a annoncé la création d’un nouveau parti politique qu’il a baptisé “Horizons”.

Et son principal conseiller, Gilles Boyer, confirme que c’est bel et bien un parti (au micro de Rosalie Lafarge) :

Oui, c'est un parti. On n'a pas peur du mot. C'est un parti au sens où... on se cache derrière son petit doigt. Les partis n'ont pas bonne presse. On appelle ça "mouvement", on appelle "think tank", on appelle ça de différentes manières. C'est un parti politique et un parti politique, ça forge des idées, ça rassemble des adhérents, des cadres, des élus. Ca se structure territorialement et ça présente des candidats aux élections.

C’est un bon résumé que fait là Gilles Boyer de ce que sont et à quoi servent les partis politiques. Ils sont le lieu de l’élaboration de projets, de programmes, pour l'organisation de la vie collective. Ils sont le réceptacle de l’implication militante pour ceux qui s’intéressent à la chose publique.    Et puis c’est un outil de sélection du personnel politique qui se présente aux élections, locales et législatives, et qui constitue les équipes avec lesquelles un président, lorsqu’il est élu, gouverne le pays.

Alors certes, ils sont aujourd'hui démonétisés. Les Français n’ont plus confiance parce qu’ils n’ont plus confiance en des responsables politiques perçus comme défendant davantage leur intérêt personnel que l’intérêt général. Mais les partis n’en demeurent pas moins des instruments indispensables au bon fonctionnement de la démocratie représentative.

Parce que sinon quoi ? Sinon on s’en remet aux sondages pour la sélection des candidats. Et ça donne des choses très erratiques, pour le meilleur et pour le pire. Ça a donné Emmanuel Macron en 2017. Aujourd’hui ça donne le phénomène Eric Zemmour. 

Ceci dit, la perte de crédit des partis politiques, qui n'est pas nouvelle, entraine depuis quelques décennies une sorte de "co-production" du processus de sélection des candidats à l'élection présidentielle. C'est à dire que, quand les militants sont appelés à désigner leur candidat, ils ont tendance à choisir le mieux placé dans les enquêtes d'opinion et donc celui qui offre le plus chance de l'emporter.

Ce fut le cas récemment avec les écologistes qui ont choisi Yannick Jadot et pas Sandrine Rousseau. Ce fut aussi le cas pour la présidentielle de 1995. Le Parti Socialiste avait choisi le mieux placé dans les sondages, Lionel Jospin, face à celui qui était alors Premier secrétaire, Henri Emmanuelli.

C'est donc sans doute sur cette influence que peuvent avoir les sondages sur les militants que compte aujourd'hui Xavier Bertrand pour être investi par son ancien parti Les Républicains, début décembre.

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