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"J'ai un ami centriste"

3 min
À retrouver dans l'émission

Avant le second tour des élections régionales, les candidats tentent de convaincre l'électorat centriste, en diabolisant leur adversaire.

Dans cette vie politique qu'on dit chamboulée, il reste tout de même quelques fondamentaux inamovibles.

En particulier, la diabolisation de l'adversaire. Entre deux tours d'une élection, c'est un schéma classique. Il s'agit de montrer que le camp d'en face représente un danger. Méthode éprouvée pour mobiliser les électeurs.

Cette fois - est-ce en raison de l'abstention ? - En tout cas, les candidats redoublent d'énergie pour présenter leurs rivaux quasiment en incarnation du mal.  

En Île-de-France, par exemple, Valérie Pécresse qualifie ses adversaires de gauche d'anti-républicains. Dans un tract, elle rappelle que plusieurs d'entre eux, Benoît Hamon et Clémentine Autain, ont manifesté aux côtés du CCIF, l'ex-collectif contre l'islamophobie en France, organisation controversée et dissoute par le ministère de l'Intérieur. « Dissoute pour avoir partagé des appels à la haine contre Samuel Paty », le professeur assassiné, insiste le tract de Valérie Pécresse.

De l'autre côté, l'équipe de Julien Bayou ne manque jamais de rappeler que Valérie Pécresse a soutenu la Manif pour tous. Et qu'elle avait intégré, dans ses listes, des candidats issus de ce mouvement, mouvement créé pour lutter contre le mariage des couples de même sexe, en 2013.  

Bref, on est loin des compétences de la région sur les transports, les lycées ou la formation professionnelle.  

Ce serait plutôt ici de la déformation électorale. Diaboliser son adversaire, pour se présenter soi-même en candidat raisonnable.  

D'ailleurs, Valérie Pécresse comme Julien Bayou tentent de séduire les électeurs du centre...

Oui pour contrer les procès du camp d'en face, pour démonter les accusations d’extrémisme, les deux RIVALISENT de messages subliminaux à l'attention des électeurs modérés.  

Julien Bayou est accusé de complaisance envers les islamistes ? Réponse subliminale : il place dès qu'il le peut ses bons liens avec le Parti radical de gauche, le PRG, historiquement l'un des partis de la laïcité en France :

« J'en discutais avec Adrien Laurent, secrétaire national du Parti radical de gauche, qui figure sur ma liste, un homme que j'apprécie. Depuis dimanche, elle n'a pas eu un mot sur les compétences de la région ! » (France Inter)

Elle, c'est bien sûr Valérie Pécresse, qui n'hésite pas non plus à courtiser ceux qu'elle appelle les « Républicains de gauche ».

« Je comprends le désarroi des sociaux-démocrates, des Républicains sincères de gauche. Et d'ailleurs, vous l'avez vu hier, Amine El Khatmi, le président du Printemps républicain, socialiste, a dit : 'je voterai pour la première fois à droite dimanche'. »

Cette bataille pour le centre s'explique par l'incertitude du scrutin. Certes, la candidate de la droite est arrivée largement en tête au 1er tour, avec plus de 35%... Mais mathématiquement, les trois listes de gauche, qui ont fusionné, peuvent en théorie revenir à sa hauteur.  

Au centre des convoitises, les 11% glanés par le candidat LREM Laurent Saint-Martin. Il se maintient au second tour, mais une partie de son électorat peut être tenté de voter utile, soit à gauche avec Bayou, soit à droite avec Pécresse... puisque la liste macroniste n'est pas en mesure de l'emporter. L'autre liste qui se maintient est celle du RN Jordan Bardella.  

Ce phénomène de course au centre et de diabolisation mutuelle ne s'observe pas seulement en Île-de-France. Il se duplique partout où la compétition reste ouverte entre la gauche et la droite.  

Les arguments sont à peu près les mêmes en Pays de la Loire, où l'on s'envoie au visage de « l'extrême-gauche » et de la « droite dure », quand ce n'est pas « islamogauchiste » contre « réactionnaire intégriste ».  

Violence des mots, comme pour sortir les abstentionnistes de la léthargie.

Les candidats donnent l'impression de crier dans le désert de la participation, en espérant trouver un écho dans les urnes.  

Frédéric Says

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