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Jean-Luc Mélenchon à Lille, le 12 avril 2017.

Jean-Luc Mélenchon veut éviter le syndrome « Bayrou 2007 »

3 min
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Affluence dans les meetings, dynamique dans les sondages, bonnes performances dans les débats... Jusqu'ici tout allait bien pour Jean-Luc Mélenchon. Raison de plus pour se méfier. A l'image de la déception du candidat centriste en 2007.

Jean-Luc Mélenchon à Lille, le 12 avril 2017.
Jean-Luc Mélenchon à Lille, le 12 avril 2017. Crédits : Kristina Afanasyeva - AFP

Un discours qui prend dans l'opinion, une montée vertigineuse dans les sondages, puis la panne. L’échec à quelques points de l’accession au deuxième tour. Jean-Luc Mélenchon redoute par-dessus tout ce scénario, dont fut victime François Bayrou en 2007.

Les programmes mis à part, il y a quelque chose de similaire entre les deux hommes. La capacité à incarner une colère. La culture et les mots pour la traduire. Le talent pour plaider le renouvellement, tout en faisant partie du personnel politique depuis des décennies.

Il y a aussi la certitude d’un destin, qui a poussé l’un et l’autre à rompre avec leur famille d’origine (l’UDF pour l'un, le PS pour le second), afin de monter leur propre boutique.

En 2007, qu’arriva-t-il à François Bayrou ? Sa montée en puissance, au départ, se fit presque sans accroc. Ses adversaires - persuadés qu’il valait mieux ménager celui qui n’était pas une menace - l’ont épargné de toute critique. Jusqu’au moment, comme Jean-Luc Mélenchon ces jours-ci, où la dynamique des sondages a perturbé les matchs annoncés.

Ce fut alors, pour François Bayrou, le début de la curée. Ceux-là même qui l’avaient ignoré ou cajolé se sont mis à lui trouver les pires vices. Ceux-là même qui l’épargnaient par calcul, pour obtenir son soutien au 2ème tour, l’attaquèrent durement.

Parallèlement, le programme de Bayrou fut passé au tamis. Jusqu’alors, il n’était résumé que par quelques grandes généralités dans la presse, qui se mit à en relire chaque ligne pour y trouver des failles, des incohérences, des inconsistances. Ce qui arrive à Mélenchon cette fois-ci, cf le projet de rejoindre l’Alliance bolivarienne, qui n’avait pas été relevé... en plus de cent jours de campagne.

A dix jours du premier tour, désormais l’essoreuse est enclenchée, et il y a un risque que le candidat de la France insoumise en sorte rapetissé.

On peut le déplorer ou pas : dans l’hystérie collective dopée par l’info en continu, le moindre tassement dans les sondages sera rapidement interprété comme le début de la fin. D'autant plus avec quatre candidats à touche-touche, crédités d'environ 20 points. Dans ce contexte, le moindre temps d’arrêt dans la dynamique serait un temps mort, voire un temps mortel.

Pour éviter ce spectre, le candidat de la France insoumise s’attache maintenant à rassurer…

Et dès le début de la campagne, il avait annoncé qu’il délaissait "le bruit et la fureur". Et il ne l’avait pas dit n’importe où : dans le très social-démocrate Obs. "Rassurer", car de fait, son programme comporte une large part d’inconnu (et c'est voulu) : il promeut un changement de constitution avec une assemblée constituante, dont par définition il est bien impossible de prévoir le résultat.

De même, le "plan B européen" (c'est-à-dire la sortie des traités) charrie son lot d’incertitudes. Qui peuvent faire trembler la main de l’électorat au dernier moment... ou du moins de sa partie la plus volatile : 4 électeurs sur 10 de Jean-Luc Mélenchon se disent encore indécis, en proportion c’est moins que pour Benoît Hamon et Emmanuel Macron, c’est plus que François Fillon et Marine Le Pen.

Pour ne pas subir le trou d'air fatal, il reste maintenant à Jean-Luc Mélenchon à convaincre les électeurs de gauche qu’il est le seul à pouvoir éviter une victoire de la droite, du centre ou du FN. Ce qu’on appelle le vote utile, dont Mélenchon peut devenir le réceptacle. Paradoxe, pour celui qui l’a toujours dénoncé.

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