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Jean-Marc Ayrault sera-t-il le dernier Premier Ministre ?

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Jean-Marc Ayrault est-il encore Premier Ministre ? Au sens de la constitution de 1958 ? Est-il celui qui gouverne, qui "dirige l'action du gouvernement" ? Là dessus, chacun peut assez facilement apporter sa réponse, ne serait-ce qu'en revenant sur l'actualité de cette semaine. Il n’est qu’à lire la presse, encore ce matin, avec ce genre de titres : “Où est passé Jean-Marc Ayrault ?"

Au fond, il est temps de se poser sérieusement cette question : va-t-on, oui ou non, aller jusqu'au bout de ce qu'on a entrepris en 2002, sans d'ailleurs savoir si on le voulait vraiment : la présidentialisation du régime, qui mènerait peu à peu à la suppression du Premier Ministre. Ca aurait quelque chose d'assez cohérent. Ca s'inscrirait assez bien dans la continuité de toute une partie de l'histoire de la Vème République.

Parce qu'il y a bien un affaiblissement du Premier Ministre au sein de nos institutions, c'est flagrant, et ça ne date pas de l'instauration du quinquennat, et de l'inversion du calendrier électoral. C'est beaucoup plus ancien. En 1962 déjà, la modification de la constitution, en vue de l'élection du président de la République au suffrage universel direct, a largement fait évoluer les équilibres entre les deux têtes de l'exécutif. Puisque le Président est élu par le peuple, il doit s'engager sur un programme, et il ne peut plus uniquement être la clé de voûte des institutions : il doit se mettre à gouverner.

A partir de ce moment là, seules les périodes de cohabitation auront redonné l'occasion au Premier Ministre de reprendre la main. Or, depuis 2002, ce n'est tout simplement plus possible. Et encore moins depuis que s’est ouvert le temps des hyperprésidences, en 2007 (Hollande est aussi un hyperprésident). Et puis le mouvement a continué : en 2008, une nouvelle réforme des institutions a donné encore un peu plus de pouvoir au parlement. Et voici le Premier Ministre désormais coincé entre un Président qui fait tout, et un Parlement qui peut beaucoup.

Le Premier Ministre, finalement, n'est pIus qu'un organisateur, en quelque sorte : chef de la majorité au parlement, mais surtout super adjoint, ou "collaborateur". Sarkozy l'avait dit clairement de François Fillon. Hollande, lui, n'a pas tenu sa promesse de faire changer les choses, et n'a finalement pas beaucoup plus d'égards pour Jean-Marc Ayrault.

Alors aujourd’hui, il faut regarder les choses en face, plutôt que de poser la question de savoir où est Jean-Marc Ayrault, (ça rappelle au passage qu'on s'est aussi souvent demandé ce que faisait François Fillon)... et il faut savoir ce qu'on veut vraiment. Un régime à l'américaine, avec vice-président ? Ou une nouvelle voie française, à inventer ? C'est le débat qu'il faudrait avoir plutôt que de taper toujours sur ces pauvres premiers ministres. Qu'on peut quand même remercier, de nous faire la démonstration, chaque jour depuis 2007, qu'on peut finalement vivre sans eux.

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