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Jusqu'où peut aller l'insulte en politique ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Elle fut à l'origine de duels à l'épée ou au pistolet sous la IIIème république. Puis tomba peu à peu en disgrâce. L'insulte en politique ferait-elle son grand retour ?

« Rien dans le cerveau » : c’est ainsi que Nicolas Sarkozy a caractérisé les sympathisants du mouvement Nuit debout, avant-hier soir à Nice. Je vous lis la citation exacte de l’ancien chef de l’Etat :

"Nous ne pouvons plus accepter que des gens qui n’ont rien dans le cerveau viennent place de la République donner des leçons à la démocratie française."

Il y a un théorème tacite en politique : il ne faut jamais insulter les électeurs, même quand ce ne sont pas les vôtres. Ce théorème a toujours été globalement respecté. Dans l’histoire récente, seul Bernard Tapie s’était permis une sortie insultante… C’était en 1992, contre les électeurs du Front national :

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B. Tapie et les "salauds" du FN / Billet politique / Son 1

Même entre adversaires politiques, l’insulte est devenue taboue ; qui oserait aujourd’hui imiter Clemenceau, qui commenta ainsi la mort de Félix Faure : "il est retourné dans le néant, il a dû s’y sentir chez lui ».

Rien dans le cerveau, absence de QI, manque d’intelligence… Même quand l’attaque est un peu plus subliminale, plus feutrée, elle tourne rarement à l’avantage de son auteur. Exemple lors du débat Giscard-Mitterrand en 1981 :

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14 sec
V. Giscard d'Estaing, le mark et F. Mitterrand / billet politique / Son 2

Et quand le ton monte, c’est presque toujours l’auteur de la colère qui perd. Souvenez-vous de la fameuse colère saine de Ségolène Royal ; ou de Dominique de Villepin en 2006, contraint de s’excuser après cet emportement à l’Assemblée contre François Hollande :

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16 sec
D. de Villepin et la "lâcheté" de F. Hollande / Son 3 / billet politique

Alors, compte-tenu de ces jurisprudences, comment comprendre l’insulte sarkozyienne vis-à-vis de ces sympathisants de Nuit debout ?

On passe rapidement sur le contexte des primaires à droite, qui pousse tous les candidats à droitiser leur discours. On passe, pour se concentrer sur ces mots :

"Rien dans le cerveau". Sans doute l’insulte la plus grave en démocratie, "rien dans le cerveau", cela veut dire que le mouvement ne provient pas d’une pensée, mais d’un réflexe, au mieux une agitation de la moelle épinière.

Rien dans le cerveau, cela renvoie peut-être également au fait que Nuit debout n'a pas de leader, pas de chef, donc étymologiquement... pas de tête.

Enfin, cela fait craindre, à l’abord de la campagne présidentielle, une "Trumpisation" du débat public. Plusieurs sites américains ont recensé les centaines d’insultes émises par Donal Trump.

Le candidat à la primaire républicaine,  ainsi, n'appelle jamais son concurrent Ted Cruz par son nom mais uniquement "Lying Ted", Ted le menteur. Imaginez en France une campagne qui mettrait aux prises des candidats qui s'interpellent : "François le mou", "Nicolas l'hystérique", "Marine la barricadée" ou "Jean-Luc l'arrogant"... nous n'en sommes pas là... Du moins pour l'instant.

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