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Marine Le Pen à Reims, le 9 septembre 2016.

"Jusqu'ici tout va bien", ou la drôle de campagne face au FN

3 min
À retrouver dans l'émission

Paralysie, déni ou calcul, les principaux candidats semblent résignés à la présence du Front national au second tour.

Marine Le Pen à Reims, le 9 septembre 2016.
Marine Le Pen à Reims, le 9 septembre 2016. Crédits : François Pauletto - AFP

Jusqu’ici tout va bien. Nous sommes à 61 jours du premier tour. Chacun pressent déjà les mines éplorées, un dimanche soir d'avril prochain, et pourtant tout continue comme si de rien n'était. En 2002, le FN obtenait 17% des voix, se qualifiait au second tour, et on parlait alors d'effondrement démocratique. 15 ans après, le FN est à 27%, et les autres candidats semblent discuter du sexe des anges.

On pourra bien sûr objecter que ce ne sont que des sondages, dont la fiabilité a été sévèrement mise à l'épreuve ces derniers temps. Après tout, est-ce qu'on ne jouerait pas à se faire peur ?

Sauf que si l'on met de côté ces courbes qui font la une des journaux, si l'on se plonge dans les entrailles de ces études, le détail des chiffres est encore plus édifiant. Deux exemples :

La certitude du vote. Elle est la plus élevée chez les électeurs de Marine Le Pen, et de loin : trois-quarts d’entre eux affirment qu’ils sont sûrs de leur choix. Ils sont seulement 61% chez François Fillon, 53% parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 39% chez Benoît Hamon, 33% chez Emmanuel Macron, selon une étude du Cevipof pour Le Monde.

De même, les électeurs de Marine Le Pen en 2012 sont ceux qui se disent les plus sûrs de reconduire leur vote cette fois-ci, à 88%. Très loin devant tous les autres. (détails du sondage ici, page 14)

On se gardera ici de reprendre la métaphore un peu usée des musiciens du Titanic qui jouent pendant que le bateau coule. Car les musiciens du Titanic, eux, n'avaient pas le détail de la catastrophe en cours.

Face au FN, la paralysie et le calcul politique sont à l'œuvre...

La paralysie d'abord : celle du lapin dans les phares de la voiture, tétanisé par le choc qui vient. Que faire d'autre ? Il est vrai que tout a été essayé et tout semble avoir échoué : traiter le FN de fasciste, ou au contraire le prendre pour un parti comme les autres ? Récupérer son vocabulaire ou à l'inverse brandir le cordon sanitaire ? Tout cela a été tenté, rien n'a entamé, ou si peu, la progression des Le Pen.

Le calcul politique : les états-majors des partis considèrent cyniquement qu'il suffit de se qualifier au second tour pour être élu face au FN. S'en suit une forme de primaire qui ne dit pas son nom. Une primaire des partis républicains pour obtenir la deuxième place qualificative.

Résultat : une campagne d'anecdotes, de sujets annexes et de peaux de bananes. A l'image de cette archive vidéo de Jean-Luc Mélenchon, complaisamment diffusée (entre autres) par des militants pro-écolo et pro-Hamon. Nous sommes en 1992. Voici ce qu'y dit Jean-Luc Mélenchon, œil noir et collier de barbe, qui vient d’être battu aux cantonales… à cause de la division des listes de gauche :

"Si maintenant, la mode c'est de se maintenir dès qu'on a 10% des voix, quoi qu'il arrive, il n'y aura plus un seul élu de gauche dans ce pays ! Il est temps de dénoncer le pseudo-discours moral de ceux qui disent qu'il faut se maintenir en toutes circonstances. C'est absolument immoral !"

Et pendant que les candidats de gauche étaient occupés à s'invectiver, que le candidat Fillon tentait de se rétablir, hier une perquisition judiciaire au siège du Front national est passée quasi-inaperçue... Mais jusqu’ici tout va bien.

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