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Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront en débat le 3 mai à 21 heures.

La campagne au corps-à-corps

3 min
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En 2002, la campagne de l'entre-deux tours s'était résumée à une bataille à distance, entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Cette fois, les deux candidats s'opposent au corps à corps.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront en débat le 3 mai à 21 heures.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront en débat le 3 mai à 21 heures. Crédits : Eric Feferberg - AFP

Ce matin, certains journaux n'hésitent pas à titre sur la "Bataille de la Somme" qui a opposé hier Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La référence est sans aucun doute excessive, mais il y avait hier, au chevet de l'usine Whirlpool, quelque chose de la guerre de mouvement.

On aurait pu penser que les deux candidats restent chacun dans leur tranchée. Chacun dans leur ligne. Après tout, elles sont si différentes sur le fond, ces deux lignes.

Mais ils ont trouvé sur le parking de cette usine de lave-linge menacée de délocalisation le théâtre parfait de leur désaccord.

Pour Marine Le Pen, l'illustration de la mondialisation ou plutôt du "mondialisme", comme elle l'appelle. Des unités de production qui partent en Pologne, où ce sont des ouvriers ukrainiens qui viendront garnir les rangs, car les Polonais sont trop chers. Histoire idéale pour qui veut rétablir des frontières.

Autre lecture chez Emmanuel Macron, celle d'une mondialisation qui détruit certes, mais qui crée aussi. Face aux salariés, il a cité une entreprise voisine (Procter & Gamble), qui exporte massivement sa production, et que la fermeture des frontières ruinerait.

Haro sur le libre-échange d'un côté, vision assumée de la "destruction créatrice de l'autre", dans la tradition schumpeterienne. Ce sont bien deux visions du monde qui se sont exposées sans fard, sur ce parking amiénois. Le protectionnisme contre l'ouverture, la nationalisation contre la formation. Accessoirement, la candidate qui promet tout ou presque contre le candidat qui ne promet rien ou pas grand-chose.

Il serait pourtant injuste de mettre les deux visites sur le même plan. La première, celle de Marine Le Pen, s'est organisée dans le secret. Une seule caméra mise dans la confidence. Et surtout des militants Front national rameutés pour parfaire l'image. Un défi lancé en direct à Emmanuel Macron.

Ne pas aller sur place, c'était prêter le flanc aux insinuations sur "le candidat des patrons et de la mondialisation heureuse". Y aller, c'était risquer le contraste des images avec la visite sereine - et pour cause - de Marine Le Pen. Le tout 100 % en direct, sous l'oeil avide des chaines d'information en continu.

Le "maître des horloges"

C'était l'une des expressions préférées d'Emmanuel Macron : "je suis le maître des horloges". Variante : "je ne cède pas au diktat du moloch médiatique". C'est pourtant ce qui s'est passé hier.

Depuis le soir du premier tour, les deux adversaires ont même parfois échangé leurs thèmes de prédilection, dans la confusion générale. Marine Le Pen s'est présenté comme Européenne, ni de droite ni de gauche, et surtout attachée à un parti politique, le FN, dont elle a opportunément quitté la présidence.

Emmanuel Macron, lui, se dit "patriote", "protecteur", et veut en "finir avec le système qui échoue depuis 30 ans".

Qu'est-ce à dire ? Dans la grande volatilité électorale que nous vivons, il semble être devenu inutile (voire ringard) de se positionner en fidélité à une histoire politique, des idées, des principes. Seule compte l'incarnation, la personnalisation. Et partant, la capacité à aller faire front au devant d'une usine en difficulté, sous l’œil des caméras.

En 2002, l'entre-deux tours Chirac-Le Pen se résumait à une bataille à distance. De très loin. Sur le mode "La République contre le fascisme". Il n'y avait d'ailleurs pas eu de débat entre les deux prétendants.

Cette fois-ci, entre la représentante d'un FN dédiabolisé et un candidat "En Marche" qui a donné l'impression d'un excès de confiance, la campagne se joue au plus près. Au corps-à-corps.

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