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François Fillon a dénoncé un climat de "quasi-guerre civile".

La campagne bunkerisée

4 min
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Dans un climat de tension, les candidats conduisent une campagne obsidionale, où les meetings ressemblent à des forteresses assiégées.

François Fillon a dénoncé un climat de "quasi-guerre civile".
François Fillon a dénoncé un climat de "quasi-guerre civile". Crédits : Gent Shkullaku - AFP

Elle n’avait jusqu’ici pas précisément été marquée par le relâchement et la détente. Mais la campagne présidentielle a pris un tour nouveau ces derniers jours. Le ton est brusquement monté : hier soir, François Fillon a dénoncé "un climat de quasi-guerre civile". Référence aux incidents de ce week-end en marge du meeting du Front National à Nantes, aux manifestations devant le meeting d'Emmanuel Macron à Toulon... et aux perturbations des déplacements de François Fillon (par des opposants qui tapent sur des casseroles, en allusion aux démêlés judiciaires de l’ancien premier ministre). Conclusion du candidat de droite : le gouvernement n'assure pas la sécurité nécessaire à la conduite de la campagne. Une affirmation que partage le Front national.

Accusation grave, démentie hier soir par le ministre de l'Intérieur : "Les difficultés de la campagne de François Fillon ne sont imputables qu'à ses propres agissements" écrit Bruno Le Roux dans un communiqué.

Faut-il une protection policière massive autour de tous les candidats pour tous leurs déplacements ?

On s'est habitué à cette idée, elle ne nous choque même plus. Mais au fond, que dit-elle ? Qu'il faut des meetings encadrés par la police, des militants séparés par des cordons de CRS. En un mot, la démocratie sous escorte.

Le risque terroriste a déjà considérablement changé l’ambiance de ces réunions électorales. Il y a dix ans, on y arrivait corne de brume et pancarte à la main, désormais on y ouvre son sac et on y subit les palpations de sécurité. Souvenez-vous de la campagne d’il y a cinq ans : la mode était aux réunions publiques en plein air, aux rassemblements monstres sur les grandes places des villes. Si Jean-Luc Mélenchon compte rééditer l'exercice cette année, tous les autres ont délaissés ce type de meetings, trop risqué.

Dorénavant, les réunions publiques se déroulent dans des bunkers, protégés par des escadrons de policiers et par des grappes de vigiles privés. Des bunkers où les candidats produisent leurs propres images, qu’ils transmettent ensuite clé en main aux chaines de télévision. Autrement dit, des bulles à l’écart de la vraie vie, des huis-clos, des petits mondes parallèles soigneusement étanches avec la réalité. Décidément, le monde extérieur est trop violent.

Dans ce cloaque électoral, certains tentent d’ailleurs de jouer la contre-programmation. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron ne manque jamais de mettre en avant la "bienveillance" auprès de ses partisans :

Il n’empêche, pour les premiers meetings du mouvement En Marche, les participants étaient invités à s’inscrire en s’identifiant avec Facebook. Ainsi, des contestataires proches de la CGT avaient été empêchés d’entrer.

Dans la grande colère qui touche les élus, et qui peut frapper n’importe où, n’importe quand (confère la gifle reçue par Manuel Valls), les candidats ont développé un réflexe obsidional. Un sentiment d’état de siège permanent. Une crainte des assauts de l’extérieur. Paradoxe : alors que les primaires n’ont jamais été aussi ouvertes, les meetings eux n’ont jamais été aussi fermés.

Certes, ces montées en tensions ne sont pas inhabituelles en campagne. En 1988, François Mitterrand avait dénoncé la violence de ses adversaires, il s'en était pris au chef du gouvernement et candidat Jacques Chirac, dépeint comme un chef de meute :

"Je veux que la France soit unie. Et elle ne le sera pas, si elle est prise en main par des esprits intolérants, par des esprits qui veulent tout, par des clans ou par des bandes"

Mais nous ne sommes plus dans le même ordre de choses. Hier, Marine Le Pen a carrément accusé des fonctionnaires de manœuvres illégales à son encontre ; « des persécutions, des coups tordus, des cabales d’État », sur ordre du pouvoir, selon elle ; avant de les menacer, je cite : « Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l’élection. Mais ses fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité. L’Etat que nous voulons sera patriote. » Fin de citation, déclaration à Nantes de la candidate du Front national.

« Cabales, coups tordus, quasi-guerre civile… ». Chacun aura noté que ces accusations viennent de candidats inquiétés par la justice. Ces déclarations, sous couvert de dénoncer l'hystérie, ne font que la renforcer. Sous couvert d’en appeler à la République, elles participent à la bafouer.

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