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La communication politique est-elle soluble dans le quinoa ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Ou : les responsables politiques doivent-ils accepter la "peopolitique" ?

Peut-être avez-vous vu cette interview vidéo de Jean-Luc Mélenchon au magazine Gala. On y voit le candidat du Parti de gauche dans sa cuisine, en train de se préparer une bonne salade à base de quinoa :

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28 sec
Billet politique 1 - Jean-Luc Mélenchon et le quinoa

Cette séquence peut se lire de plusieurs manières : on pourrait d'abord tout simplement y voir le souhait de Jean-Luc Mélenchon de donner une touche de vert à sa campagne, de concurrencer Europe Écologie sur son terrain.

Mais cette scène pose aussi une question bien plus large, en ce début de campagne présidentielle : un responsable politique doit-il accepter de parler partout, dans tous les types de médias ? Autrement dit, doit-il répondre à Gala, ou à Closer ; aller chercher les auditeurs, les lecteurs, partout où ils se trouvent ? Ou doit-il considérer que "l’infotainement" (ce mélange de loisir et d’information très en vogue) contribue à saper un peu plus une parole politique déjà largement dévaluée ?

Il y a autant de positions que de candidats. Jean-Luc Mélenchon avait déjà tranché : fin 2014, il avait donné une interview à Closer, le magazine people. Il s’était justifié par sa volonté d’atteindre le "grand nombre", en opposition aux médias classiques, décrits par lui comme des entre-soi "cruels et vaniteux". Position diamétralement opposée chez François Fillon. L’ancien premier ministre a par exemple toujours refusé d’aller chez Laurent Ruquier le samedi soir : "ce n’est pas la place des hommes et femmes politiques", explique-t-il, de se "mélanger aux artistes, sportifs, voire aux starlettes".

Certes, il existe une position médiane, mais elle est difficile : il faudrait accepter les invitations dans ces médias, à la condition expresse de n’y parler que de politique avec un grand "P". C'est compliqué, à moins de réclamer les questions à l’avance, ce qui serait assez peu compatible avec la liberté de la presse.

Ces questions se posent aussi en raison de l'évolution du système médiatique...

D’abord parce que les politiques sont désormais des célébrités comme les autres. On sait désormais ce qu’ils mangent, où et avec qui ils passent leurs vacances, bref… ils sont devenus du carburant pour la vaste machinerie médiatique, très gloutonne de plateaux et d'invités.

Deuxième évolution : il y a désormais tellement de canaux (4 chaines d'info en continu), tellement d’émissions, de tweets, d'interview web, de vidéo live des candidats... que les candidats n'ont pas le choix : pour surnager dans ce flot d’information politique, ils doivent surprendre. Et donc, être décalés pour capter l’intérêt. Ce qu'on appelle en mauvais français la "disruption".

A cela s’ajoute un troisième mouvement : le recul de la parole politique sur les médias dits sérieux. Ils font le constat qu'elle lasse, qu'elle suscite moins d'intérêt qu'avant. Les créneaux consacrés à l'interview politique se réduisent, changent de durée et d'horaire. Prenez par exemple le dimanche soir, jadis le moment-choc des grandes émissions politiques à la radio : elles sont maintenant reléguées au dimanche matin ou à la mi-journée... D'où un effet d'éviction : les élus sont tentés de se rabattre vers les médias de niche ou les médias people.

Alors jusqu’où aller, sans galvauder la parole politique ? Cette contradiction n'est pas nouvelle, comme l’avaient bien montré les Inconnus avec leur parodie d’une émission politique qui finissait ainsi :

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39 sec
Billet politique 2 - Les Inconnus - émission politique

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