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La "dose de proportionnelle", éternelle promesse de campagne

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À retrouver dans l'émission

Beaucoup de candidats l'ont promis, aucun président ne l'a fait. Pourquoi la "dose de proportionnelle" revient tous les cinq ans, sans jamais se concrétiser ?

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urne Crédits : Radio France

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait promis d'introduire une dose de proportionnelle à l'Assemblée nationale. La réforme devait même être votée à la fin de l'année 2017. Il n'en sera rien, selon nos confrères de Franceinfo. Elle est repoussée d'au moins un an. D'où cette question : existe-t-il une promesse moins tenue que cette fameuse "dose de proportionnelle" ?

A chaque élection, le procédé est le même. La main sur le cœur, la plupart des candidats jurent qu'ils veulent une meilleure représentativité à l'Assemblée nationale. Voici ce qu'en disait François Hollande en 2012, au cours de sa célèbre anaphore :

"Moi président de la République, j'introduirai la représentation proportionnelle pour les législatives ; non pas celles de 2012 mais celles de 2017, parce que je pense qu'il est bon que l'ensemble des sensibilités politiques soient représentées."

Dimanche dernier, vous avez pu constater que le scrutin majoritaire était encore en vigueur. Certes, François Hollande ne fut pas seul à user de cette ficelle. En 2012, Nicolas Sarkozy lançait ainsi, au cours d'un meeting à Marseille :

"Il me semble qu'on pourrait corriger à la marge ce mode de scrutin [des législatives], pour que tous les grands courants politiques puissent avoir des représentants."

D'ailleurs, cinq ans avant, le même Nicolas Sarkozy s'était déjà prononcé pour un changement de mode de scrutin. C'était sur France 3, quelques jours avant d'être élu président :

"Il y a un problème préoccupant : des grands courants d'opinion ne sont pas représentés. Je pense aux Verts, à l'extrême-droite et à l'extrême-gauche. Et donc, est-ce qu'on peut introduire une petite dose de proportionnelle ? Pourquoi pas".

C'est donc quasiment un rituel de campagne : outre les 500 signatures, les tracts et les affiches de campagne, tout candidat (ou presque) se prononce pour une dose de proportionnelle.

Pourquoi ? Question d'image, bien sûr. Cela permet d'offrir un visage ouvert, démocrate, pluraliste... Surtout, cela sert aussi à faire miroiter des sièges aux petits partis... et à draguer leurs électeurs.

En réalité, la dose de proportionnelle, c'est en fait la dose de bonne conscience des partis majoritaires. Ils voient bien que le système actuel entraîne une distorsion entre le score réel et le nombre de sièges obtenus (pour un tiers des voix, La République En Marche alliée au Modem obtiendrait plus de 70% des députés.) Mais ils ne veulent pas aller vers une proportionnelle intégrale ; ce qui les obligerait à devoir composer, négocier, marchander avec d'autres partis. Alors "juste une dose", comme l'Anglais dans Astérix qui demande "juste un nuage de lait" dans son thé, c'est le moyen de donner quelques sucres à l'opposition minoritaire sans bouleverser le rapport de force. Sans sombrer dans "l'instabilité" honnie par le fondateur de la Vème République (dans la version audio de ce billet, vous entendrez le général de Gaulle pester contre le "régime des partis")

Et puis il y a des raisons pratiques qui concourent à enterrer cette "dose de proportionnelle". Instaurer un mode de scrutin différent pour -mettons- 10% des députés, cela voudrait dire redécouper la carte électorale pour tous les autres. Avec ce que cela comporte de complexités techniques et d'accusations de tripatouillages.

Voici donc pourquoi la dose de proportionnelle à l'Assemblée nationale est sans doute la promesse la moins crédible du monde (à part peut-être la mention "emballage à ouverture facile", mais c'est une autre question). Cette réforme jamais aboutie figure sans difficulté dans le Top 3 des promesses-politique-les-plus-enterrées. Avec le droit de vote des étrangers (à gauche) et de la baisse massive des impôts (à droite).

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