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Depuis des décennies, les distances commerciales s'amenuisaient. Mais le "retour au local" pourrait marquer la fin d'un cycle.

La fin du "toujours plus, toujours plus loin" ?

3 min
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Avec la crise sanitaire, l'extension du libre-échange marque le pas. Durablement ?

Depuis des décennies, les distances commerciales s'amenuisaient. Mais le "retour au local" pourrait marquer la fin d'un cycle.
Depuis des décennies, les distances commerciales s'amenuisaient. Mais le "retour au local" pourrait marquer la fin d'un cycle. Crédits : Sompong Rattanakunchon - Getty

Ce ne sont que des petits signaux isolés, mais pris ensemble, ils esquissent un changement d'époque.  

Il y a deux jours, les députés néerlandais ont rejeté le traité de libre-échange entre l'Europe et l'Amérique du Sud, aussi appelé "l'accord UE-Mercosur".  

Une surprise dans ce pays historiquement et traditionnellement enclin au commerce international.  

Autre exemple : dans le domaine aérien, chez Air France, c'est la fin de l'Airbus A380. Cet avion symbole du gigantisme, capable d'emmener plus de 500 passagers en vol long courrier, va désormais rester au sol.  

Trop gourmand en kérosène, trop de CO2, pas assez de rentabilité : la compagnie aérienne a décidé il y a quelques jours d'abréger l'exploitation de ce paquebot des airs.  

Et puisqu'on parle de vols, dans le secteur du luxe, le groupe LVMH va renoncer aux spectacles de mode à l'autre bout du monde. Ce qu'on appelle les défilés croisières, où plusieurs centaines de journalistes sont emmenés en avion pour assister à une présentation de seulement quelques heures.  

Ecoutez Antoine Arnault, administrateur du groupe LVMH, il y a quelques jours dans l'émission Quotidien

"Oui, je crois que sous ce format-là, c'est probablement fini. On est sans doute arrivés au bout d'un cycle, au bout d'un système. Donc... je ne dis pas qu'on en fera plus du tout. Mais le faire deux fois par an... [...], et"flyer" quatre-cents personnes à l'autre bout du monde, je pense qu'en effet, c'est la fin d'une histoire." (Antoine Arnault, avec Yann Barthès sur TMC).

Vous aurez entendu l'usage du mot « flyer », un néologisme prononcé avec naturel, qui montre à quel point le fait de convoyer 400 personnes dans les airs pour un défilé de mode était jusqu'ici une évidence.

Ça ne l'est plus.  

Arrêt de la "course aux volumes"

La fin d'une certaine démesure, aussi, dans le secteur de la grande distribution. Dans le journal Le Figaro, le patron du groupe Casino affirme le déclin du modèle des hypermarchés, ces immenses hangars en bordure des villes. Jean-Charles Naouri voit l'avenir dans "les surfaces de proximité", plus petites.

Et enfin, comment ne pas relever le changement de braquet au sein de Renault ? L'époque de la surproduction de véhicules, de "la course aux volumes", c'est fini, nous dit en substance Jean-Dominique Senard, qui a succédé au célèbre Carlos Goshn à la tête du groupe.

Terminé, la folie des grandeurs.  

Alors il ne faut pas voir ici une conversion massive du patronat au frugalisme.  

Il s'agit plutôt d'un simple réflexe pragmatique. Et c'est cela qui est intéressant

Aujourd'hui, le chef d'entreprise qui se veut réaliste anticipe une baisse durable des échanges, une baisse des flux, une baisse des stocks : bref, une ébauche de démondialisation. Et un changement de mentalité, après la crise sanitaire.  

Comme si dans la course économique mondiale effrénée, les coureurs avaient profité de cette pause forcée pour constater leur essoufflement.

Comme si la planète, dont les distances n'avaient cessé de se réduire au cours des derniers siècles, ne rapetissait plus... 

"Greenwashing" de circonstance ?

A-t-on assisté sans le savoir, ces dernières années, à un pic historique, à une sorte de plafond des échanges mondiaux, et maintenant au début de la redescente ?

Bien sûr, il faut rester prudent.  

Cette pause est potentiellement de courte durée.

Les grandes déclarations politiques, les grandes décisions industrielles, prises dans le feu de la crise sanitaire, seront peut-être balayées dans quelques mois : quand l'urgence de la croissance aura remplacé celle de la santé. Quand les plans de com' seront supplantés par les plans d'investissement.  

Mais la théorie de la spécialisation économique des pays, chère à David Ricardo, en a pris un coup.  

L'interdépendance commerciale - et la paralysie globale face à la pandémie - en ont montré les limites.  

Il semble que les avocats du "toujours plus, toujours plus loin", soient condamnés à taire leur plaidoirie quelques temps.

Frédéric Says

Chroniques

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