LE DIRECT
Emmanuel Macron, le 17 février

La gauche va-t-elle regretter Macron ?

2 min
À retrouver dans l'émission

La gauche pensait avoir avalé toutes les couleuvres. Puis vint le boa de la loi El Khomri sur le droit du travail.

Emmanuel Macron, le 17 février
Emmanuel Macron, le 17 février Crédits : Charles Platiau / Reuters

Elle croyait avoir tout vu, avec cet ex-banquier multidiplomé. Tout entendu, en matière de ce qu’elle appelle régression sociale (et qu’il appelle modernité). Tout avalé, y compris les mesures les plus indigestes, comme l’extension du travail le dimanche. Et voilà qu’avec ce projet de loi El Khomri sur le droit du travail, un nouveau cap est franchi... Un nouveau cap qui ferait presque passer Emmanuel Macron pour un ténor de l’aile gauche du parti communiste.

Il est vrai qu’au fil des années, des dizaines de rapports ont sommé le pouvoir d’hier et d’aujourd’hui de réduire le code du travail (pardon de le dépoussiérer, de le déverrouiller, de le simplifier, de le moderniser). Malgré la débauche d’euphémismes, le sort de ces rapports a été invariablement le même : ils avaient pris la poussière dans un bureau en soupente de Matignon, après qu’un conseiller les eut jugés excellents et donc impossibles à mettre en œuvre. « Il ne faut pas désespérer Billancourt », disait-on à gauche… Autrement dit, ne pas oublier ceux qui vous ont porté au pouvoir.

On voit qu'Emmanuel Macron est très discret pour défendre ce projet de réforme du code du Travail... mais est-ce à dire qu'il est opposé à ce texte ? Macron est-il devenu un frondeur ?

Non évidemment, d’autant que plusieurs dispositions de la loi que Macron préparait ont finalement été intégrées dans le texte El Khomri. Et pourtant. Sur le fond de cette loi, qui révulse jusqu’aux députés PS les plus fidèles, mais aussi sur la méthode, il n’est pas certain que la gauche et les syndicats aient gagné au change.

Souvenez-vous, lors de la présentation de sa propre loi, l'an dernier, Emmanuel Macron, pour convaincre, se plaçait sur un terrain qui parle à cette gauche : celui de l’idéologie, de l’histoire des idées, du corpus des valeurs.

Le ministre de l’économie pouvait vous raconter l’histoire économique des trois derniers siècles, passer par Adam Smith, Bastiat ou Tocqueville, simplement pour vous démontrer que les taxis qui bloquent le rond-point près de la gare ont tort.

Rien de tout cela pour la réforme El Khomri, en réalité largement rédigée chez Manuel Valls. En l'espèce, l’argumentation tient du chef de caserne : si vous êtes contre la loi, c’est donc que vous êtes pour le chômage de masse… légiférer c’est mieux que de ne rien faire... Et si vous êtes toujours contre, c'est sans doute que vous n'avez pas tout compris, il faut donc davantage de pédagogie : rompez, demi-tour droite, marche.

Difficile de contre-argumenter quand le gouvernement se place sur le terrain de l’évidence et non du débat. Alors la gauche de la gauche va-t-elle regretter Emmanuel Macron, muré ces derniers jours dans un silence éloquent ? Jadis le PS avait à cœur de ne pas désespérer Billancourt, il semble désormais avoir pour ambition de ne pas décevoir la Défense.

Chroniques

8H18
19 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Réforme du code du travail : un tabou français ? (deuxième partie)
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......