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Le président brésilien Bolsonaro (à droite) a qualifié le coronavirus de "grippette". Devant sa gestion erratique de la crise sanitaire, certains ministres ont préféré démissionner.

La pandémie nous vaccine-t-elle contre le "populisme" ?

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Les dirigeants autoritaires et démagogues sont à la peine, face à une épidémie qui déjoue leurs ressorts habituels.

Le président brésilien Bolsonaro (à droite) a qualifié le coronavirus de "grippette". Devant sa gestion erratique de la crise sanitaire, certains ministres ont préféré démissionner.
Le président brésilien Bolsonaro (à droite) a qualifié le coronavirus de "grippette". Devant sa gestion erratique de la crise sanitaire, certains ministres ont préféré démissionner. Crédits : Alan Santos - AFP

C'est une harangue, derrière un pupitre, face aux caméras. Ce jour-là, comme souvent, le président des Philippines ne s'encombre pas de nuance.  

L'air exalté, dans son polo beige, Rodrigo Duterte, prévient qu'il donnera l'ordre à l'armée de tirer à balles réelles contre ses concitoyens qui ne respectent pas le confinement.  

Dans cet archipel, tenu d'une main de fer depuis 2016, les passants pris en faute sont aussi condamnés à porter des cercueils dans la rue. Une humiliation publique pour leur faire passer l'envie de ressortir.  

C'est ce qui s'appelle, non pas "rouler à tombeau ouvert", mais "marcher à tombeau ouvert". Risquer la mort pour quelques pas.  

Cet exemple extrême pose une question politique plus large.  

Comment la pandémie va-t-elle influer sur les gouvernances ?  

En d'autres termes, va-t-elle favoriser ces dirigeants autoritaires, dans le style « grande gueule et gros bras » ? 

Ou au contraire va-t-elle montrer ce que leur posture recèle d'artificiel, et au fond, d'inefficace ?  

C'est une interrogation à laquelle il est pour l'instant difficile de répondre de manière tranchée, en l'absence d'élections majeures depuis le début de l'épidémie.

D'autant plus difficile, d'ailleurs, que les éléments de réponses qu'on peut amasser sont contradictoires entre eux.  

Faisons un petit tour d'horizon. 

"Nous mourrons tous un jour"

Dans le Brésil de Bolsonaro, c'est jusqu'ici le chaos qui prédomine.  

Le président brésilien a affirmé ne pas croire à la dangerosité du virus, qu'il qualifie de « grippette ». De toute façon, "nous mourrons tous un jour", plastronne-t-il, tandis que le nombre de contaminations s'accroît très vite.

Un sentiment de désordre renforcé par le système fédéral, qui pousse chaque état à décider de sa propre politique de confinement. Ce qui entraîne une confusion générale, confortée par de nombreux doutes sur les statistiques officielles.  

Une première conséquence politique : l'un des alliés de Bolsonaro, l'ancien juge Moro, a décidé de quitter le gouvernement, sans autre forme de procès.  

Aux Etats-Unis, le tableau est relativement similaire. Un président qui enchaîne les éructations contradictoires, un bilan sanitaire catastrophique, pendant que la Maison-Blanche désigne des bouc-émissaire, tour à tour les gouverneurs, la Chine ou Barack Obama.  

Impuissance

A ce stade, l'on peut constater que cette pandémie fragilise le discours de ces leaders « grande gueule et gros bras » : ils étaient censés mettre fin à l'impuissance politique, les voici démunis devant le virus.  

Ce crash-test va-t-il montrer aux votants que les harangues sont télégéniques mais peu utiles ?  

Certes, la démonstration de muscles peut avoir un effet psychologique sur le cours de la bourse, sur les relations diplomatiques, sur l'enthousiasme de partisans dans un meeting...  

Mais en l'occurrence, contre un micro-organisme pathogène, l'efficacité du roulement des mécaniques est assez limité...

Pagliacisme et clowneries

C'est peut-être l'enseignement sur lequel médite Boris Johnson. Le Premier ministre britannique est, à une échelle différente, un autre de ces dirigeants "clownesques". Ne disons pas "populiste", car le mot est trop flou, trop multiple, mais disons clownesque...

Ou plus précisément, comme me l'a suggéré une oreille amicale, reprenons le concept de « pagliacisme ». Développé par le philosophe Jean-Louis Vulierme, le mot pagliacisme vient de la commedia dell'arte et désigne un dirigeant fantaisiste et matamore, à la virilité mise en scène et aux compétences incertaines.  

Dans ce genre clownesque (ou pagliacique donc), Boris Johnson a "séché" cinq réunions de crises sur la covid-19, tout en affirmant qu'il continuerait les bains de foule.  

Sa stratégie était de miser sur l'immunité collective... avant de faire machine arrière, et d'ordonner un lockdown, un confinement. Lui-même ayant été contaminé.  

Bref, tout et le contraire de tout.  

Le retour du "techno" ?

Dès lors, il y a là les ingrédients pour le retour en grâce d'une figure politique qu'on croyait dépassée : le technocrate. Certes ennuyeux et fade, mais diplômé, instruit et rationnel - en théorie. 

Ses cheveux ne sont pas en pétard, ses déclarations ne sont pas fracassantes, mais il apporte un peu de tempérance rassurante, face à une crise inédite qui tolère mal les changements de bord.  

Mais se dire cela, c'est peut-être confondre la logique et la réalité. Les cotes de popularité de Bolsonaro, Trump et Johnson restent relativement élevées.  

Comme si la crise polarisait encore plus les opinions publiques, et radicalisait leurs soutiens comme leurs opposants.  

La suite nous dira si la technique du bouc-émissaire fonctionne. Si les électeurs sont prêts à croire que la débâcle vient des contre-pouvoirs, forcément nuisibles, qui s'acharneraient à mettre des bâtons dans les roues au "génie" qui gouverne...  

Frédéric Says

Chroniques

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