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Les reniements plus ou moins assumés se sont multipliés.

La parole donnée, victime de la semaine

3 min
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Les reniements plus ou moins assumés se sont multipliés.

Les reniements plus ou moins assumés se sont multipliés.
Les reniements plus ou moins assumés se sont multipliés. Crédits : Chev Wilkinson - AFP

Parmi les victimes de cette semaine d'actualité : La la Land aux Oscars ou l’Olympique de Marseille face au PSG. Mais surtout : la parole donnée. Certes, en temps de campagne électorale, elle est toujours un peu malmenée. Mais ces derniers jours, l’actualité semble s'être acharnée pour faire de la parole donnée un vieux mythe, dont on se demande à présent s’il a un jour existé.

Il y a l'exemple le plus évident : François Fillon, convoqué en vue d'une mise en examen, qui persiste dans sa candidature.. Voici pourtant ce qu'il promettait en la matière le 26 janvier dernier sur TF1 :

"Il n'y a qu'une seule chose qui m'empêcherait d'être candidat, c'est si mon honneur était atteint, si j'étais mis en examen".

Mais François Fillon n’a pas été le seul à se dédire ces derniers jours. Prenez François de Rugy, ancien candidat à la primaire de gauche (pardon de la Belle alliance populaire). Il avait, comme tous les candidats signé une charte : quel que soit le vainqueur, il s’engageait à le soutenir et même à faire campagne pour lui. Le vainqueur fut Benoit Hamon, et François de Rugy a pourtant rallié Emmanuel Macron. Voici comment il s'en est justifié, sur France info :

"Je préfère la cohérence à l'obéissance. Je ne me vois pas [dire à mes électeurs], après tout ce que j'ai dit pendant la primaire, qu'en fait, ça y est, je suis convaincu par le projet de Benoît Hamon, alors que ce n'est pas le cas".

Du côté du Front national, Marine Le Pen, soupçonnée de détournement de fonds européens, réclame une trêve judiciaire pendant la campagne présidentielle. Pourquoi pas ; mais voici tout le mal que la même Marine Le Pen pensait de cette idée pendant une autre campagne : les régionales de 2004, c'était sur le plateau de Mots croisés sur France 2 :

"Tout le monde a piqué de l'argent dans la caisse sauf le Front national. On nous dit "non ce n'est pas très grave, à la limite les Français en ont marre..." Mais les Français n'ont pas marre d'entendre parler des affaires. Ils en ont marre qu'il y ait des affaires !"

Dernier exemple, avec Emmanuel Macron. Le candidat d'En Marche a accepté l'offre d'alliance de François Bayrou. Or, parmi les conditions posées par le patron du Modem : une plus juste représentations des différentes forces politiques au parlement. "Il faut un changement pour notre démocratie pour que le pluralisme soit enfin respecté au sein de notre vie publique et au sein du Parlement," expliquait-il le 22 février.

Autrement dit, une dose de proportionnelle, idée qu'a d'ailleurs toujours porté François Bayrou. Or, cette dose de proportionnelle ne figure pas dans le programme présenté hier par Emmanuel Macron. Le candidat d'En marche affirme vouloir "travailler" la question, ce qui veut dire concrètement que l'idée est abandonnée pour les législatives du mois de juin.

Alors comment expliquer que la parole donnée ait subi autant d’affront ces derniers temps ? Comment comprendre en plus qu’à l’ère de la conservation illimitée des archives en numérique, de leur consultation plus facile que jamais, de leur partage par les réseaux sociaux, les candidats se prêtent encore à ce genre de reniements ?

Il y a une première hypothèse : cela a toujours existé avec la même intensité. Ce qui change, c’est uniquement la perception. Le mécanisme "archives-montage-tweet", utilisé par les différentes écuries pour s’envoyer des peaux de bananes, crée une caisse de résonance inédite. Nous sommes abreuvés à tout instant de ces paroles envolées.

Mais on peut aussi avancer une autre explication, qui tient au climat général de décomposition de la vie publique. Les scandales s’accumulant, peut-être qu’une partie du personnel politique fait le pari que les petites trahisons sont occultées par les grandes. En un mot : que la poutre dans l’œil de François Fillon masque la paille chez tous les autres. Dès lors, pourquoi se priver ? Il s’en suit une multiplication des petits renoncements en douce, qui dévaluent la parole publique. Puis une défiance accrue des citoyens. Défiance, lassitude, colère. Le fameux "PRAF", plus rien à faire. Et voici le cercle vicieux du pourrissement démocratique qui se forme sous nos yeux. Évidemment, le reniement de promesse par les candidats n’est pas un sport nouveau en politique. Mais avant, ils attendaient au moins que l’élection soit passée.

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