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"Voter, mais pour qui ?" Les indécis représentent près de 10 millions d'électeurs.

La partie la plus intéressante des sondages ? Les indécis

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Cette catégorie d'électeurs, rarement évoquée, représente aujourd'hui près de 10 millions de personnes.

"Voter, mais pour qui ?" Les indécis représentent près de 10 millions d'électeurs.
"Voter, mais pour qui ?" Les indécis représentent près de 10 millions d'électeurs. Crédits : Martin Bureau - AFP

A force de voir des candidats sur-déterminés, qui enflamment des auditoires sur-enthousiastes, on finirait presque par oublier que ceux qui font l'élection - les électeurs - sont bien moins pétris de certitudes.

Loin des sondages présentés en "une" des journaux, des pourcentages en caractère gras, des graphiques aux couleurs tranchées, la réalité est beaucoup plus... pastel.

Parmi les électeurs certains d'aller voter, près de 40% n'ont pas fait de choix définitif. C’est un chiffre certes élevé mais dans la moyenne des scrutins précédents, comme le relève Yves-Marie Cann, le directeur des études politiques de l’Institut Elabe, dans une note fort intéressante.

A six semaines du premier tour, ces indécis représentent environ 10 millions d'électeurs. Des électeurs qui observent, qui soupèsent, qui comparent. Des votants indéterminés, tel Bartleby, ce héros de Melville caractérisé par son indécision et par sa formule : « I would prefer not to ».

Si l’on examine de plus près ces cohortes d’indécis, qu’observe-t-on ?

Que le vote pour la candidate Front national est le plus certain : 79% des électeurs de Marine Le Pen affirment que leur choix est définitif. Le taux de certitude est assez haut également chez François Fillon : 72% de ses électeurs disent qu'ils ne changeront plus d'avis. C'est un peu plus bas pour Jean-Luc Mélenchon avec 6 électeurs sur 10. Mais ce taux de certitude du vote plonge chez Benoît Hamon et Emmanuel Macron : 50% pour le socialiste, 49% pour le candidat d’En Marche.

Autrement dit, l’électorat de François Fillon est aujourd'hui plus restreint mais plus solide que celui d’Emmanuel Macron. Celui de Jean-Luc Mélenchon plus sûr que celui de Benoît Hamon.

Avec qui l’électorat d’Emmanuel Macron hésite-t-il ?

Ce qui est intéressant, c'est d'observer ce qu'on appelle les "2ème choix" : qui est le deuxième candidat pour lequel vous auriez le plus de chance de voter ?

On voit alors apparaître un vaste sous-ensemble (disons social-démocrate et de centre-gauche) qui oscille entre Hamon et Macron. Parmi les électeurs hamonistes, 27% disent hésiter avec Emmanuel Macron...

C'est aussi vrai dans l'autre sens, mais de manière moins appuyée : 16% des électeurs pro-Macron pourraient glisser un bulletin Hamon, selon les chiffres diffusés par l'institut Elabe et par Yves-Marie Cann.

Quand on regarde ces seconds choix, on distingue aussi un point fort pour Emmanuel Macron : il dispose d'un potentiel de voix important parmi les indécis chez les autres candidats. Ainsi, 11% d'électeurs de François Fillon, 27% de ceux de Benoît Hamon et même 5% de ceux de Marine Le Pen hésitent avec Macron. En d'autres termes, Emmanuel Macron arrive en tête comme solution de rechange chez les électeurs indécis de Fillon, Hamon et Le Pen.

Tout cela signifie qu'il faut relativiser les certitudes à six semaines du premier tour. C'est d'ailleurs ce que tout le monde avait promis de faire après Trump, après le Brexit, après les primaires. Manifestement sans suite.

Pourtant, ces sondages sont déjà devenus des acteurs de la campagne. Ils alimentent les argumentaires des uns et des autres sur la question du "vote utile". Mieux (ou pire, c'est selon) : ils ont aussi servi à sélectionner les cinq candidats qui auront les honneurs d'un débat sur TF1 le 20 mars. Chassez le naturel...

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