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Emmanuel Macron - Marine Le Pen

La petite musique du vote utile : Macron peut-il battre Le Pen ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Un classique, surtout depuis le 21 avril 2002 : le vote utile débarque fort dans cette campagne présidentielle 2017. Voter Macron, c'est s'assurer de battre Marine Le Pen au second tour. Le vote utile ou la consécration des sondages. Paradoxe, on les croyait pourtant plus discrédités que jamais.

Emmanuel Macron - Marine Le Pen
Emmanuel Macron - Marine Le Pen Crédits : DSK/EFE/Newscom - Maxppp

C'est la nouvelle musique de fond de cette Présidentielle. Faire barrage à Marine Le Pen. Voilà le critère que retient Bertrand Delanoë quand hier l’ancien maire socialiste de Paris motive le choix Macron. Rallié lui aussi cette semaine au candidat d'En Marche, après Robert Hue, Patrick Braouezec, ancien communiste, qui avait rejoint il y a quelques années le Front de gauche explique dans une Tribune au journal Le Monde que "comme Daniel Cohn-Bendit, il pense qu'Emmanuel Macron est le seul candidat à permettre d’éviter un second tour droite extrême - extrême droite". Le chef de l'Etat François Hollande lui aussi résume l'enjeu de cette présidentielle : combattre Marine Le Pen et voter utile.

Tous les Français ont en mémoire le 21 avril 2002. Alors on ne les y reprendra pas.

Après avoir déjà tenté de déjouer tous les pronostics et agité le spectre d'une victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite l'automne dernier, en 2017, une partie de l'électorat semble décider une nouvelle fois à faire l'impasse sur les idées et la politique. Et voter utile. Ou plutôt et, aux Etats-Unis, l'expression est plus parlante : on parle de "tactical voting", le vote tactique.

Vote utile ou vote tactique, en réalité, l'expression remonte à la présidentielle de 1969.

Deuxième scrutin présidentiel au suffrage universel direct sous la Vème République, on en parle déjà. C'est un homme de presque 39 ans qui se présente sous la jeune bannière du PSU, Michel Rocard.

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Michel Rocard - Présidentielle de 1969

"Voter pour un futur désirable" dirait aujourd'hui en 2017 le socialiste Benoît Hamon qui a fait ses classes auprès de Michel Rocard. Hamon comme Mélenchon à gauche, Fillon à droite, ces 3 là pourraient être les 3 victimes du vote utile qui consacre l'outil sondagier, c'est le paradoxe du moment à l'heure où ils sont pourtant plus critiqués que jamais.

Si c'est l'avènement des sondages alors regardons-les : dans tous les sondages de second tour, Fillon, Hamon et Macron battent Marine Le Pen. Mais le leader d’En Marche ! serait le mieux placé, c’est celui qui battrait le plus largement le Front National. Face à ce phénomène Macron, cet effet de masse, de suivisme aussi, des sondeurs et des médias, il m’a paru intéressant d’aller chercher la thèse contre-intuitive du moment. Celle de Jérôme Sainte-Marie, pourtant ancien sondeur, et président aujourd'hui d'une société d’études et de conseil PollingVox. Il imagine donc le second tour prédit : Macron / Le Pen.

"Ce serait un candidat « et droite et gauche » face à une candidate « ni droite ni gauche ». Un candidat pro CETA, pro Union européenne, un candidat du oui, face à une candidate de la préférence nationale, de la sortie de l’euro, une candidate du non." - Jérôme Sainte-Marie

Cela ne vous rappelle-t-il pas furieusement le référendum de 2005. Et souvenez-vous aussi des sondages qui annonçaient la victoire du Oui. Je referme la parenthèse et reprend la lecture de l'analyse de Jérôme Sainte-Marie :

"Si le second tour devient alors un référendum sur la mondialisation et l’Europe, Marine Le Pen peut le gagner, car ses idées sont, du moins par rapport à celles d’Emmanuel Macron sur ces sujets, majoritaires." - Jérôme Sainte-Marie

Ces propos ont été publiés il y a près de deux semaines. Et voilà ce que disait Marine Le Pen, semblant s'approprier l'analyse, hier matin sur RTL.

"'Macron est le candidat du système bancaire, il est le candidat de l’immigration massive, il veut naturaliser en masse les étrangers, il veut mettre en place la discrimination positive. Il est le mondialiste, je suis la patriote." - Marine Le Pen

Le Pen père et fille ont toujours prospéré sur le thème de l'UMPS. Emmanuel Macron est le candidat hybride qui donne corps et réalité au discours frontiste.

Quand le journal Le Monde publie comme chaque année son sondage Sofres sur le FN et les Français, c'était le cas encore il y a deux jours et qu'il nous redit à peu près la même chose depuis des années, autrement dit qu'un tiers des Français environ est en accord avec les idées du Front National, et bien plusieurs spécialistes du FN estiment ce chiffre sous-estimé, plutôt proche des 50%. Surtout ces temps-ci dans une France en crise, les gens aspirent à plus de protection qu'à plus d'ouverture. Une société fermée plutôt qu'une société ouverte. « Si Macron devient le candidat de la droite et de la gauche et de leurs élites, face à Marine Le Pen, seule contre tout un système, est-on certain de sa victoire ? pouvait-on lire hier dans la revue de gauche Regards sous le titre "(F)utile Macron !" "Le doute est permis, jurisprudence Trump oblige."

Et que dire si vous ajoutez à cela, le report des voix Fillon, le dépit d’un peuple de droite qui aura l’impression qu’on lui a volé la victoire. On a bien saisi, je crois, l'ambiance dimanche dernier au Trocadéro. Imaginez le traumatisme pour ces électeurs de droite dont les effets seront sans doute explosifs (et décisifs ?) dans ce duel (hypothétique) entre la candidate d'extrême-droite et le candidat d'extrême-centre.

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Intervenants
  • Journaliste, correspondant permanent de Radio France en Allemagne, ancien chef du service politique de France Culture
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