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Nicolas Sarkozy, le 19 septembre 2016.

La potion sarkozyste et la marmite médiatique

4 min
À retrouver dans l'émission

Les déclarations de l'ancien président sur "nos ancêtres les Gaulois" méritent-elles une telle polarisation ? Rien n’est moins sûr.

Nicolas Sarkozy, le 19 septembre 2016.
Nicolas Sarkozy, le 19 septembre 2016. Crédits : Martin Bureau - AFP

Chaque élection présidentielle est l’occasion de se poser cette question : "qui sommes-nous ?". La réponse varie, bien sûr, selon les partis et les époques. Dans ce contexte, la phrase de Nicolas Sarkozy sur "nos ancêtres les Gaulois", a ravivé ce débat, au point de constituer l’essentiel de la controverse politique depuis 36 heures…Cette déclaration mérite-t-elle une telle polarisation ? Rien n’est moins sûr.

D’abord, on feint d’y voir, entre les lignes, une radicalisation de la ligne Sarkozy. La preuve en image que oui, décidément, trop c’est trop, il va de plus en plus loin pour draguer les électeurs du Front national. « Au moment où l’on devient Français, nos ancêtres sont les gaulois », a dit Nicolas Sarkozy lundi soir en réunion publique à Franconville, près de Paris. Sauf que le même Nicolas Sarkozy professait déjà la même idée (sur laquelle on va revenir) il y a déjà plus de 10 ans.

En meeting à Nîmes, en mai 2006, il affirmait ainsi : « la France s'est créé des mythes, des principes et des instruments pour unifier son peuple dans une mémoire et une culture communes. Quand j’étais écolier, nos maîtres nous parlaient de nos ancêtres les Gaulois. Ni les maîtres, ni les élèves n’étaient dupes. Mais c’était un acte de foi. » La même idée a donc été exprimée avant-hier, certes de manière plus compacte et moins sertie de nuances, en meeting à Franconville.

Ensuite, il y a eu les commentaires un peu faciles, un peu attendus : « comment peut-il dire ça, lui le Français de sang mêlé, au patronyme hongrois »… Les mêmes ont souvent diffusé cet extrait de François Mitterrand, présenté comme un contre-discours :

Écouter
25 sec
Billet politique 1 - Mitterrand et nos ancêtres les gaulois

(Extrait d’un discours prononcé à la Sorbonne en 1987).

Alors il peut être amusant de créer des débats par le biais des archives, encore faut-il que les deux interlocuteurs parlent de la même chose. Ce qui n’est pas le cas. François Mitterrand disserte sur la réalité "factuelle", c'est-à-dire l’extraordinaire diversité des racines du peuple français ; Nicolas Sarkozy évoque lui, non pas une quelconque uniformité ethnique, mais le roman national, le mythe fondateur utilisé par l’État pour former un creuset entre toutes ces origines. Ce qui fut particulièrement le cas après la Révolution et sous la IIIeme république. Comme Pierre Rosanvallon l’a montré, en France historiquement c’est l’État qui a créé la nation, en uniformisant les normes, les langues et donc la mémoire. Les deux discours ne sont donc pas antagoniques.

Troisième argument : l’hystérie politico-médiatique qui a suivi cette déclaration de quelques secondes est précisément l’un des buts recherchés par Nicolas Sarkozy. Comme hier sur le changement climatique, avant-hier sur la remise en cause de Schengen… Ces pseudos-dérapages qui sont en fait très contrôlés lui permettent de cliver, de se poser au centre du jeu, de se présenter en victime de la bien-pensance. Et d’attirer à lui les électeurs qui pensent que décidément-on-ne-peut-plus-rien-dire-de-nos-jours.

La période 2002-2007 en fut constellée, et devrait nous servir de leçon : souvenez-vous, Nicolas Sarkozy proposa la discrimination positive, puis la laïcité ouverte, puis des quotas d’immigration, autant de ballons d’essai qui ont fait les gros titres des pages "débats" des journaux, sans trouver jamais le début d’une traduction concrète dans les actes… mais entre-temps, à force de clivages, Nicolas Sarkozy était devenu président. Ceux qui tombent dans le panneau en criant au loup, une fois de plus, le servent en pensant le desservir.

Pour autant, le débat sur l’identité - ou plutôt sur ce qu’il y a de commun dans notre société qui s’antagonise - sera majeur, indispensable dans la campagne qui s’annonce. Par exemple, plus que d’identité, Bruno Le Maire préfère parler de culture commune. François Hollande estime que "la France n'est pas une identité mais une idée". Bref, ni la question ni le débat ne sont illégitimes.

Finalement, cet épisode ressemble à s’y méprendre à une querelle pour la querelle, où quelques phrases occasionnent une bagarre générale sur la place du village. Ce qui fait de tout cela une histoire éminemment... gauloise.

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