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Benoît Hamon, de dos, entouré de son service de sécurité, le 26 janvier 2017. Les candidats sont par ailleurs protégés par des policiers mis à disposition par le ministère de l'Intérieur.

La présidentielle face au risque terroriste

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Avec l'arrestation de deux suspects à Marseille, la menace terroriste, jusque là diffuse, est devenue concrète. Mais la campagne doit à tout prix continuer. Le plus normalement possible.

Benoît Hamon, de dos, entouré de son service de sécurité, le 26 janvier 2017. Les candidats sont par ailleurs protégés par des policiers mis à disposition par le ministère de l'Intérieur.
Benoît Hamon, de dos, entouré de son service de sécurité, le 26 janvier 2017. Les candidats sont par ailleurs protégés par des policiers mis à disposition par le ministère de l'Intérieur. Crédits : Simon Guillemin - AFP

L'arrestation de deux jeunes hommes, hier à Marseille, est venue mettre des visages sur une menace diffuse. La découverte de plusieurs kilos d'explosifs est venue placer des faits sur une angoisse non-dite.

Après s'en être pris à des dessinateurs, à des policiers, à des Juifs, à un prêtre, à des festivités un soir de fête nationale à Nice, comment imaginer que le terrorisme aurait oublié cet autre symbole de la République, symbole suprême : l'élection présidentielle ?

Hier, la campagne a percuté la réalité. Celle du risque. Parmi les images de cette dernière ligne droite, on retiendra peut-être la silhouette sombre, le visage masqué de ces tireurs d'élite, dépêchés en urgence la semaine dernière pour protéger le meeting de François Fillon à Montpellier.

Ce constat amène une question : comment imaginer calfeutrer une campagne présidentielle ? Comment prétendre protéger, blinder, étanchéifier des centaines de meetings, parfois en plein air, sur des places publiques ?

Jusqu'où doit désormais aller la protection contre le terrorisme ? A quel point doit-elle couper les candidats du contact avec les citoyens (des contacts qu'en novlangue politique 2017 on appelle des "déambulations") ?

C'est une question presque philosophique : pas plus que nous n'avons renoncé aux concerts, aux terrasses, à la caricature, il ne faut renoncer à l'expression démocratique. L'ensemble des candidats l'a d'ailleurs dit hier : ils ne changeront pas leur manière de mener campagne.

Mais une fois qu'on a dit cela, la réflexion se heurte aussi au réalisme logistique. Quiconque a fréquenté des meetings massifs sait qu'il est impossible de fouiller chaque participant de manière approfondie. Sauf à demander au public d'arriver à 10 heures pour un discours à 18h. Dans la plupart des cas, donc, outre les détecteurs de métaux, les contrôles à l'entrée se bornent à un coup d’œil au fond des sacs à dos... et à une confiscation des bouteilles en plastique.

Se pose d'ailleurs un autre dilemme, faut-il fouiller minutieusement et longuement les participants, au risque de créer des files d'attentes dehors qui sont autant de cibles potentielles ? Ou bien faire entrer au plus vite le public au risque de laisser passer des intrus ? Il n'y a le choix qu'entre de mauvaises solutions.

Se pose aussi la question de l'influence du risque terroriste sur les électeurs.

Dans une dernière ligne droite aussi serrée, dans une campagne aussi tendue, difficile d'anticiper les conséquences qu'aurait un passage à l'acte, d'ici les 18 jours qui nous séparent du second tour.

Cela serait-il l'équivalent, puissance décuplée, de l'épisode "Papy Voise" ? L'agression de ce retraité, en 2002, avait offert un visage au débat sur l'insécurité galopante. Et son exploitation politique avait sans doute contribué à la progression de Jean-Marie Le Pen.

Ou bien un tel passage à l'acte terroriste susciterait-t-il, comme en 2012, après les meurtres de Mohamed Merah, une suspension de la campagne, une union nationale ?

La campagne avait démarré sur des thèmes très économiques, notamment pendant les primaires : revenu universel à gauche, baisse du poids de l'Etat à droite. Outre les affaires judiciaires, c'est ensuite le débat sur l'Europe, et plus globalement sur la souveraineté qui a emergé. Dans cette dernière ligne droite, les thématiques plus sécuritaires s'imposent par la force des choses.

Alors que faire ? La bête terroriste traque la moindre faille de sécurité, faille de sécurité qu'en d'autres termes on appelle "signes de vie" : c'est à dire des rassemblements de plusieurs milliers de personnes, unies par des idées en commun, une émotion collective, un projet d'avenir. Raison de plus pour ne pas lui faire cadeau de la peur, raison de plus pour que la campagne se termine normalement. Autant que faire se peut.

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