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La revanche des sortants

4 min
À retrouver dans l'émission

« Sortez les sortants » : le célèbre slogan a pris quelques rides.

Il y a cinq ans tout juste, François Hollande prenait la parole en direct de l’Élysée : 

"J'ai décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle, au renouvellement de mon mandat.au renouvellement donc de mon mandat".

Une première sous la Vème république : un chef de l’État qui ne se représente pas à l'issue de son premier mandat. Ce n'était jamais arrivé, sauf raison de santé. Ici, pas question de cela, ou alors tout au plus la méforme de sa courbe de popularité. 

C'était le symbole ultime de la méfiance contre le pouvoir en place, les installés, les établis.  Les sortants-sortis, c'était devenu une évidence, voire un oxymore.

Cinq ans après, où en sommes-nous ?La situation du président n'est assurément pas la même : la cote de confiance d'Emmanuel Macron tutoie les 40%. Il a évité la constitution d'un groupe de frondeurs, même s'il y a eu des défections. Et surtout, nul dans son camp ne se sent pousser des ailes pour la présidentielle. Les Brutus ont rangé leur glaive.

Alors cette évolution d'un quinquennat à l'autre, est-elle uniquement lié à la personnalité d'Emmanuel Macron ? Ou à son action politique ?Tout cela compte bien sûr, mais ce n'est pas la seule explication. Car cet avantage au sortant s'observe bien au-delà de l’Élysée.

En juin dernier, les élections régionales ont quasiment partout reconduit les dirigeants en place.  Et ce quelle que soit leur couleur politique : à droite, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse... A gauche, Carole Delga, Marie-Guite Dufay, Alain Rousset. Sans oublier Ary Chalus, proche de la République en Marche, réélu en Guadeloupe. Et l'on en passe.

En tout, sur 17 présidents de région qui se représentaient, 14 ont été reconduits.

Constat similaire lors des municipales de l'an dernier. 83% des maires qui remettaient leur mandat en jeu l'ont emporté.

Malgré la poussée écologiste, réelle mais concentrée dans les centres urbains, il y a eu somme toute peu d'alternance. Dans les villes de plus de 20 000 habitants, moins d'une sur 8 a changé de couleur politique. 

C'est un quasi-record sous la Vème République, seul le scrutin municipal de 1989 avait été encore plus favorable aux sortants.

Alors comment l'expliquer ? Pourquoi cette prime aux sortants ?D'abord, c'est l'effet conjugué de la crise sanitaire et de la forte abstention.

Il y a une prime à la notoriété. Le sortant est connu, souvent reconnu. Tandis que les restrictions liées au covid ont congelé les campagnes électorales, et donc empêché les candidats émergents de se faire un nom et une réputation. 

Par ailleurs, la crise sanitaire a permis aux élus de démontrer une forte présence sur le terrain. Distribution de masques, aide aux entreprises, soutien aux filières.  L'action politique a pris ici un tour concret voire salvateur. Favorable au personnel politique en place. Enfin, pour expliquer cette prime aux sortants, peut-être y a-t-il aussi un mouvement de balancier.

En 2017, souvenez-vous, gloire était faite à la société civile, aux béotiens, aux nouveaux venus.  L'exemple le plus saillant en étant le chef de l’État entré à l’Élysée à 39 ans sans avoir jamais été élu.« Soyez fiers d'être des amateurs », dira même celui-ci à sa majorité. Des députés En Marche choisis justement pour renouveler les parcours traditionnels, venus pour certains avec une vague idée seulement du rôle du parlementaire.

Or, cette passion pour l'inexpérience s'est visiblement atténuée. La cohorte du nouveau monde n'a pas réoxygéné totalement la politique, c'est une litote, il suffit de constater la défiance qui se porte toujours aussi bien.

D'ailleurs, dans la majorité présidentielle, nul n'imagine procéder au casting des futurs députés comme il y a cinq ans, avec des dossiers envoyés par internet.  Face aux crises, face aux imprévus, face aux agitations, l'ancienneté rassure. 

Ainsi, l'expérience serait redevenue une vertu. Paradoxalement, ce mouvement de balancier pourrait avantager une deuxième fois Emmanuel Macron. Lui, qui incarnait il y a cinq ans la "rupture", se présentera désormais en garant de la stabilité. 

Frédéric Says

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