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Une centaine de députés PS sortants a été éliminée dès le premier tour des législatives.

La vague et le déni

3 min
À retrouver dans l'émission

Les partis défaits hier soir rivalisent d'imagination pour atténuer l'ampleur de leur échec.

Une centaine de députés PS sortants a été éliminée dès le premier tour des législatives.
Une centaine de députés PS sortants a été éliminée dès le premier tour des législatives. Crédits : Jean-Luc Allegre - AFP

S'est-il réellement passé quelque chose hier soir ? A lire les réactions de certains élus de la France Insoumise, des Républicains, du FN, parfois du PS, il n'y a pas eu d'autre événement ce dimanche que la dixième victoire de Raphaël Nadal à Roland Garros. La vague Macron ? Quelle vague Macron ? A peine une vaguelette, à les entendre.

Qu'importe que le PS ait été décimé. A la fois son appareil (Jean-Christophe Cambadélis, Christophe Borgel défaits), mais aussi les anciens ministres (Filipetti, Eckert, Sirugue sortis dès le premier tour). Sans oublier la "relève" : Najat Vallaud-Belkacem en difficulté, Mathias Fekl éliminé.

Qu'importe que la droite ait été dominée partout, y compris dans ses bastions historiques, de la Vendée à la Savoie.

Qu'importe que le FN, qui prévoyait de compter par dizaines ses futurs députés il y a moins d'un an, ne puisse désormais espérer que les compter sur les doigts d'une main, voire d'un moignon (seule Marine Le Pen a obtenu plus de 40% des voix)...

Les espoirs atrophiés hier soir se mesurent à la mauvaise foi des réactions. Une protection typique face au traumatisme : le déni.

Ainsi, les adversaires du mouvement En Marche pointent du doigt l'abstention.... "Une abstention si haute, disent-ils, qu'on ne peut pas parler d'une vraie victoire" d'Emmanuel Macron.

Ils ont raison : l'abstention est élevée, elle est même inédite à ce niveau. Mais qui en est responsable ? Si l'on regarde le détail des chiffres, qui a échoué à mobiliser son électorat ? Ce n'est pas la République en Marche, mais d'abord la France insoumise et le FN.

Démonstration rapide. Prenons le nombre de voix au premier tour de la présidentielle et comparons-le avec celui des législatives.

D'une élection à l'autre, la France insoumise passe de 7 millions de voix à 2,5 millions. Autrement dit, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n'a su garder que 36% de ses votes. Le FN passe de 7,7 millions de bulletins à 3 millions : il n'a gardé que 39 % de ses voix.

En revanche, le parti d'Emmanuel Macron, allié au Modem, est passé de 8,7 millions à 7,3. Il conserve 84% de ses voix de la présidentielle.

En d'autres termes, ceux qui contestent la légitimité des résultats à cause de la forte abstention en sont les principaux responsables.

D'autres stratégies rhétoriques sont aussi utilisées pour minimiser la défaite, ou l'excuser...

Quand ce n'est pas la faute de l'abstention, c'est celle de François Hollande. Il pensait avoir trouvé du répit en Corrèze, le voici accusé par certains de ses anciens camarades.Voici le tweet de François Lamy, candidat PS proche de Martine Aubry, éliminé dès hier soir dans une circonscription du Nord réputée imperdable :

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C'est oublier un peu vite que les socialistes "frondeurs" - ceux qui s'étaient opposés à François Hollande - n'ont pas rencontré la félicité des urnes : Hamon, Cherki ou Guedj ont été éliminés dès le premier tour.

En réalité, peu de députés sortants arrivent à rationaliser ce qui s'est passé hier soir...

Oui, ce club des sortants sortis est encore dubitatif. Exemple avec Thierry Mariani, jusque là député LR des Français de l'étranger, zone Europe de l'Est-Asie-Pacifique. Dans un tweet assez amer, hier soir, il analyse ainsi son élimination :

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Traduisez : les électeurs sont des ingrats. Et de tacler sa concurrente, "inconnue en dehors de Singapour", dit-il. Suggérant que n'importe qui arborant le logo En Marche aurait été élu.

Tout cela ressemble aux sportifs qui tentent d'expliquer leur défaite parce que la pelouse était trop dure, le ballon trop mou, ou qu'ils ont joué avec le soleil dans les yeux.

C'est assez humain et finalement pratique : cela permet d'éviter de se remettre en cause, et d'occulter les errements idéologiques et stratégiques qui ont conduit à l'échec.

Si c'est à l'outrance ou au déni qu'on reconnaît un changement d'époque politique, alors c'est bien un nouveau chapitre qui s'est ouvert hier soir.

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