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L'art du recul en politique

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Le revirement de François Fillon sur la Sécurité sociale amène cette question : comment se dédire sans y paraître ? Une discipline plus compliquée qu'on ne le croit.

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Vous saurez à la fin de ce billet pourquoi cette illustration qui n'a a priori rien à voir avec son titre. Crédits : Roslan Rahman - AFP

C’est un recul à plusieurs milliards d’euros en un seul clic. Sur son site, François Fillon a fait disparaître son projet de réforme de la sécurité sociale. Comme l’a repéré un journaliste du Monde, les principales propositions ont tout bonnement été supprimées, ce mardi. Voici ce que l’on pouvait lire, avant ce coup de ciseaux : « focaliser l’assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée, et l’assurance privée pour le reste ». Objectif d’économies : 20 milliards d’euros par an, sur 184 milliards de dépenses de la branche maladie (soit plus de 10 %).

Cette proposition de diminuer le périmètre de la sécurité sociale avait immédiatement nourri les attaques politiques. François Fillon s’est trouvé sous le feu croisé de la gauche et du Front National. Conséquence : recul en rase campagne.

Outre le tour de passe-passe sur le site du candidat, l’équipe Fillon a investi les médias pour rassurer : les soins seront remboursés comme aujourd’hui, assurent les fillonistes, et même mieux. Oubliées donc, les économies à 20 milliards d’euros. Annulée, la distinction entre les gros risques pris en charge et les petits risques déremboursés… Au prix de quelques atermoiements, écoutez le porte-parole de François Fillon, Jérôme Chartier (interrogé par Léa Salamé sur France Inter) :

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11 sec
Billet politique 1 - J. Chartier sur le rhume

Même si les proches de François Fillon s’en défendent, cela ressemble à une machine arrière. Mais le mot « recul » semble proscrit en politique. Un terme maudit, à ne prononcer sous aucun prétexte. Préférez "pédagogie", "adaptation", ou "sortie par le haut". François Fillon n’est pas seul dans ce déni sémantique. Au printemps dernier, Manuel Valls, sous la pression des manifestants, doit retirer un article-clé de la loi travail. Ce n'est pas un recul, explique-t-il alors au journal de France 2, "c'est un compromis" :

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11 sec
Billet politique 2 : M. Valls : pas un recul, un compromis

Autre méthode employée par Jacques Chirac, assez unique dans l’histoire des reculs politiques : nous sommes au moment du CPE ("Contrat première embauche", pour les jeunes), très vivement contesté dans la rue. Jacques Chirac invente une technique : il promulgue la loi, tout en demandant au gouvernement de ne pas l’appliquer telle quelle :

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19 sec
Billet politique 3 : J. Chirac sur le CPE

La machine arrière de François Fillon sur la Sécu est intéressante en cela qu’elle ne correspond à aucun de ces exemples historiques. C’est une réforme qui est retirée avant la moindre manifestation, avant le moindre amendement parlementaire, et avant même... d’avoir été élu.

Certes, ce recul a le mérite d’éviter un bourbier au candidat, cinq mois de campagne à devoir répondre sur les déremboursements. Mais il démontre une fragilité, une inconstance.

Est-ce un symptôme lié à la généralisation des primaires ? On rassemble d’abord son camp, avec des mesures très marquées. Ppuis on s’adresse aux Français en adoucissant la potion. Le même mécanisme pourrait d’ailleurs se reproduire après la primaire de gauche, sur le revenu universel. Une proposition qui fait plaisir aux électeurs les plus mobilisés, mais qu’il faudra ensuite mettre en pratique - et ce sera moins simple.

De son côté, François Fillon tiendra-t-il sur la suppression promise de 500 000 postes de fonctionnaires ? Pas sûr… Lors de la primaire, il avait plu par son intransigeance ; il risque désormais de se transformer en "candidat moonwalk" : ce pas de danse où l’on recule en faisant mine d’aller d'avancer.

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