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Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, au cours de la campagne présidentielle.

L'axe Mélenchon - Macron

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De l'art de choisir ses ennemis avec soin.

Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, au cours de la campagne présidentielle.
Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, au cours de la campagne présidentielle. Crédits : Pascal Guyot - AFP

Lors du discours de politique générale hier, le plus intéressant n'était pas... le discours de politique générale.

A peu de choses près, sa tonalité avait déjà été éventée, le premier ministre ayant préparé les esprits aux coupes budgétaires et aux promesses ajournées, pour atteindre les sacro-saints 3%.

Non, le plus intéressant, ce furent les discours qui ont suivi celui du Premier ministre (et qui ont généralement été ignorés par les chaines d'info en continu).

Chaque groupe parlementaire, d'opposition comme de la majorité, dispose d'un temps de parole en réaction à l'allocution du chef de gouvernement, avant que celui-ci ne leur réponde.

Or, à quoi a-t-on assisté hier ? A l'effacement des forces modérées d'opposition.

A la tribune, Olivier Faure (patron du groupe PS) semblait sonné, malgré de bonnes formules saluées par les maigres applaudissements d'un groupe socialiste décimé.

A droite, Christian Jacob paraissait dépassé par le renouvellement de l'Assemblée, au point de se raccrocher à ses vieux bouc-émissaires du quinquennat précédent :

"Il faut mettre fin d'urgence au désarmement pénal qui a été mis en œuvre méthodiquement par madame Taubira" lance-t-il, avant de railler "madame Belkacem".

Le PS et LR se sont montrés divisés, incapables de parler d'une seule voix. Pour preuve l'analyse du vote de confiance. Parmi les députés socialistes, 3 ont voté pour la confiance à Edouard Philippe, 5 ont voté contre et 23 se sont abstenus.

Chez les Républicains, ils ont été 75 à s'abstenir contre 23 à voter contre la confiance.

Même le groupe dit des "Constructifs", au centre-droit, s'est divisé : 12 ont voté la confiance, 23 se sont abstenus.

Pendant ce temps, la "France insoumise" et En Marche se sont trouvés. Ils se sont choisis comme adversaires privilégiés.

Le pouvoir macroniste convient bien à Jean-Luc Mélenchon car c'est un adversaire idéologique franc, non dissimulé. L'incarnation décomplexée de ce que l'"insoumis" nomme le "coup d'Etat social".

A l'inverse, le mélenchonisme tribunicien, anticapitaliste, qui déborde de l'Assemblée à la rue, convient bien à En Marche, car il permet d'alimenter la rhétorique : "c'est nous ou le chaos".

Dès lors, les deux parties se plurent hier à installer le duel. C'est ainsi qu'Edouard Philippe, à la tribune, a institué la France insoumise comme la seule opposition cohérente :

"Que monsieur Mélenchon [et le Parti communiste] soient contre le recours ordonnances, au fond, rien d'anormal. Cet instrument leur a toujours paru, depuis la constitution de 1958, comme quelque chose qui bridait le parlement [...]. Au fond, même si nous sommes en désaccord, je rends hommage à votre cohérence."

Et Jean-Luc Mélenchon n'a pas dit pas autre chose, en soulignant que seul son groupe a parlé d'une seule voix :

"Nous serons le seul groupe dont aucun des membres ne votera ce soutien, je veux le souligner", avant de se poser comme "l'alternative".

Pour mémoire, les députés Front national sont trop peu nombreux pour former un groupe. Et leur méconnaissance des règles du parlement a privé Marine Le Pen de parole.

"Il faut choisir ses ennemis avec beaucoup de soin"

Comme le dit Oscar Wilde, "il faut choisir ses ennemis avec beaucoup de soin". Voilà donc pourquoi Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon se sont mutuellement adoubés comme sparring partners. Les deux ont un objectif commun : qu'il n'existe plus rien entre En Marche et la France insoumise.

Ce qui est soudain apparu hier à la tribune, c'est le parallélisme entre ces deux forces (En Marche et France Insoumise), créées à partir de presque rien il y a quelques mois, en réponse à la méfiance envers les appareils traditionnels. Mouvements de masse plutôt que partis structurés, ils ont compris et appliqué la modernité de l'engagement politique... sans engagement : vient qui veut, en s'inscrivant par internet, en suivant le chef charismatique - sans excès de débat interne...

Voilà comment les passes d'armes d'hier à l'Assemblée nationale montrent la première étape d'un mano a mano quinquennal. Le front de la docilité totale contre le front du refus absolu. Où chacune des deux forces est amenée à nourrir l'autre, au détriment des positions politiques plus nuancées.

Frédéric Says

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