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Un responsable politique peut-il paraître gentil ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Non, et Justin Trudeau a payé pour le savoir.

Ce matin, je vous fais faire un détour depuis la Chine et je vous emmène en Inde. En Inde, où s’est rendu le premier ministre canadien Justin Trudeau il y a quelques jours.    Un voyage officiel catastrophique. Le télégénique monsieur Trudeau, quadragénaire au sourire colgate et à la mèche au vent, a suscité les moqueries de toute part, et notamment dans son pays. Voici un aperçu entendu chez nos amis de Radio Canada [extrait sonore] :  

Pourquoi un jugement si sévère sur ce déplacement ? Eh bien notamment parce que Justin Trudeau s’est affiché devant les caméras vêtu des tenues traditionnelles indiennes. Avec toute sa petite famille, également assortie, il a arpenté les temples, les mains jointes, le geste de la prière sous l’œil des photographes.  

Dans un pays qui sera bientôt la cinquième puissance économique du monde, dans cette économie dynamique qui se tertiarise, cette longue visite qui emprunte au folklore, pour ne pas dire aux clichés, avait un air de OSS 117 au pays des fakirs. 

Un rejet de la communication "bisounours"

Certes, cette curée médiatique a un côté réjouissant. Il y a un côté "mise en scène qui s’effondre", décor qui tombe, trop de com' tue la com', et ce n’est jamais désagréable. Mais après ? Après tout, pourquoi est-ce que cette image nous irrite autant ? C’est de la communication, bien sûr, mais pas plus que n’importe quelle apparition publique d’un responsable politique moyen. Derrière ces moqueries, ces soupirs, ces railleries, n’y a-t-il pas aussi une forme d’allergie aux bons sentiments ? Un rejet du côté bisounours ? Une phobie de la gentillesse affichée ? 

Fini le temps des politiques qui font des cœurs avec les doigts. Fini le temps des discours emplis de fleurs et d’arc-en-ciel. Voici venue l’époque des durs, des sévères, des cassants. De ceux qui vous disent dans les yeux que ça va barder. Emmanuel Macron l’a bien compris. L’autre jour, au Salon de l’agriculture, c’est un syndicaliste qui a dû demander au président de baisser d’un ton. Souvenez-vous également de la phrase du du chef de l'Etat lors de son déplacement en Guyane : "Je ne suis pas le Père Noël". Autrement dit, n'attendez pas de moi des lendemains qui chantent. 

La promesse à la mode, c'est de ne plus faire de promesses. C'est un corollaire de la crise de confiance dans le politique. Aujourd’hui un responsable public, pour être cru, doit parler dru. Seul celui qui promet du sang et des larmes (ou disons des efforts et de la patience) est jugé crédible. Malheur à l'impétrant qui promet une vie meilleure, il passera pour irréaliste ou insincère. Benoît Hamon a payé pour le savoir, avec son revenu universel. Il serait aujourd'hui impossible de faire campagne à la Chirac, avec un petit mot sympa et démago pour chacun. Cela passait bien à l'époque du journal de 20 heures. Aujourd'hui les innombrables émissions de décryptage et de satire en feraient leurs choux gras. 

Non, décidément, trop gentil pour être honnête, le responsable politique doit désormais adopter une nouvelle forme de démagogie : pas celle qui vous caresse le bras, mais celle qui vous tape dans le dos, qui vous rudoie, qui vous tance. Donald Trump est en cela extrêmement moderne. En France, observez les trois camps qui ont le vent en poupe : Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez, chacun à leur manière pratiquent ce côté "bad cop", mauvais garçon. Évidemment, la mièvrerie d'une communication trop gentillette en fait les frais, et on ne s'en plaindra pas. Mais tout se passe comme si l’Occident avait tellement intériorisé sa chute, qu’il ne tolérait plus aucun discours qui s’éloigne du registre du sacrifice et de la confrontation. Comme si l'on ne voulait plus d'un chef d'orchestre mais d'un chef de guerre. Et un chef de guerre ne porte pas de costume traditionnel d'un autre pays en souriant pour les photos.

Frédéric Says

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