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Emmanuel Macron, le 7 août 2018, à Bormes-les-mimosas.

Un président a-t-il le droit de prendre des RTT ?

4 min
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Une étrange polémique reproche au chef de l’État de s'accorder trois jours de repos.

Emmanuel Macron, le 7 août 2018, à Bormes-les-mimosas.
Emmanuel Macron, le 7 août 2018, à Bormes-les-mimosas. Crédits : Boris Horvat - AFP

Nous sommes le 11 octobre 1994, et c'est à peine un entrefilet dans le journal Le Monde. On y apprend que le président de la République François Mitterrand passe une petite semaine de congés à Belle-île-en-mer. Le journal commente d'un ton neutre les activités du vacancier : repos, lecture et promenade avec son beau-frère Roger Hanin. Quelques lignes badines voire banales. Et pas la moindre trace d'une polémique sur ces vacances automnales. Quel contraste avec les trois jours de repos qu'a décidé de s'octroyer Emmanuel Macron ! Trois jours de vacances jusqu'à ce samedi, qui ont provoqué des débats en cascade : 

"Est-il trop fatigué ?" "Coup de com' ou coup de fatigue ?", peut-on lire dans les bandeaux-titres des chaînes d'info en continu. « Comment un homme qui se dit maître des horloges n'arrive-t-il pas à gérer son temps de repos ? », s'indigne un chroniqueur sur les réseaux sociaux.

Alors pourquoi ces trois jours de pause présidentielle provoquent-ils autant d'écume ? Pourquoi une société qui s'est battue pour obtenir et conserver ses jours de congés payés a-t-elle tant de mal à en accorder au titulaire de l'un des postes les plus difficiles du pays ? 

Première explication : la tendance médiatique à spectaculariser la politique, et donc à y insérer de la controverse, relayée sur Twitter. Mais ce n'est bien sûr pas le seul facteur. Il y a le cas particulier d'Emmanuel Macron. Il s'est présenté, souvenez-vous, en candidat jeune, énergique, investi. C'était l'homme de la start-up nation, capable de débattre d'un dossier par texto à 2 heures du matin. Un surhomme, nous disait son entourage, qui ne dort que quatre heures par nuit.

Cette cure de sommeil, dix semaines après être revenu des vacances estivales à Brégançon, casse un peu ce storytelling. Au fondement de la polémique, peut-être y a-t-il aussi le décalage express du Conseil des ministres pour permettre cette pause. La réunion hebdomadaire a été avancée de mercredi à mardi pour libérer le chef de l’État. Cela peut donner l'impression que les rendez-vous républicains se plient à l'état de forme du locataire de l’Élysée. En somme, que l'homme privé s'impose à la fonction.

Il faut noter aussi qu'en France, il est compliqué de souffler quand on est le chef de l’État...

Chez nous, il n'existe presque aucun délai entre la victoire à la présidentielle et la prise de fonction à l’Élysée. Pas de période de transition de plusieurs mois, comme aux États-Unis ou au Brésil. Dès lors, l'heureux candidat élu cumule l'épuisement de sa campagne avec la fatigue de ses nouvelles fonctions. Et gare à ceux qui prétendraient lézarder un peu. Nicolas Sarkozy avait été brocardé pour avoir pris le soleil sur un yacht pendant quelques jours. Certes, me direz-vous, la polémique portait aussi sur le propriétaire du bateau, Vincent Bolloré. Mais quand François Hollande s'est avisé d'aller bronzer au fort de Brégançon, ce fut un déluge de critiques (et une chute dans les sondages). On ne l'avait pas élu pour pratiquer l'héliotropisme, que diable ! 

Enfin, la santé, le bien-être du chef de l’État inquiètent, car il est la clé de voûte des institutions. Depuis 1958, le poids sur ses épaules n'a d'ailleurs cessé de s'alourdir. Le président peut désormais s'exprimer devant le congrès. Il supervise depuis quelques années la cellule de coordination anti-terroriste (c'était jusqu'ici traditionnellement le rôle du Premier ministre). Alors un "coup de pompe" et c'est toute la nation qui s'inquiète. Exemple en 2009, quand Nicolas Sarkozy avait été victime d'un malaise. [extrait sonore]

Les quelques jours de repos d'Emmanuel Macron - avant une longue semaine de déplacement et de commémorations dans l'Est, dans les Hauts de France et à Paris - nous rappellent que le président n'est pas une machine. Que le pouvoir est usant. Que le chef d'orchestre a parfois besoin de ralentir le tempo. "Allegro ma non troppo", dirait-on en musique. 

En décidant lui-même de s'octroyer quelques journées "off", le président fait penser à ces start-ups qui ont aboli le système classique de congés. Chaque salarié pose autant de jours qu'il le souhaite... à condition de remplir ses objectifs. En l'occurrence, Emmanuel Macron n'a pas de DRH au-dessus de lui. Ou plutôt si, il s'appelle le peuple français.

Frédéric Says

Chroniques

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