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Gaz lacrymogènes lors de la manifestation du 1er mai 2019 à Paris

Emmanuel Macron ou le chaos

4 min
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A l'occasion de la manifestation du 1er mai à Paris, les syndicats ont été évincés du cortège par les échauffourées et les affrontements entre les forces de l'ordre et un certain nombre de manifestants cagoulés ou porteurs d'un gilet jaune.

Gaz lacrymogènes lors de la manifestation du 1er mai 2019 à Paris
Gaz lacrymogènes lors de la manifestation du 1er mai 2019 à Paris Crédits : GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Il s'est passé quelque chose de singulier et de nouveau, hier, à l'occasion de la manifestation du premier mai qui s'est déroulée à Paris. 

Les syndicats ont été débordés et même évincés du cortège par les échauffourées et les affrontements entre les forces de l'ordre et un certain nombre de manifestants cagoulés ou porteurs d'un gilet jaune. 

C'est d'abord le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, qui a été obligé de quitter la tête du cortège juste avant qu'il ne s'élance. 

Un militant de la CGT a raconté, par la suite, qu'il s'était retrouvé coincé entre un groupe de black blocs cagoulés et des CRS. 

Les grenades lacrymogènes ont commencé à pleuvoir et Philippe Martinez s'est mis à l'écart dans une rue adjacente. 

Un peu plus tard, il est revenu dans le défilé. Mais le symbole est là. Il n'a pas donné le coup d'envoi de la manifestation, ce qui l'a pronfondément affecté. Et on a pu l'entendre, après coup quand des journalistes lui ont demandé pourquoi il s'était mis à l'abri :  

Je suis comme vous, moi, les gaz lacrymogènes, j'évite d'en prendre trop dans la figure. Parce que ça fait pleurer et ça pique la gorge. Vous le savez ?...

Il n'y a pas que Philippe Martinez. Les autres syndicats se sont également retrouvés mis à l'écart et pour certains forcés de quitter le cortège. 

C'est notamment le cas de la FSU et de sa secrétaire générale, Bernadette Groison. Elle n'a pas défilé et s'est réfugié dans un café. 

"On s'est fait voler notre manifestation" a-t-elle expliqué par la suite. Bernadette Groison était hier soir l'invitée de nos confrères de France Info :  

Pour tout vous dire, nous, on a atttendu un peu, avant de quitter, comme d'autres, en se disant "bon, voilà, les forces de l'ordre vont régler (le problème), ça va se remettre en ordre. Et la remise en ordre n'a pas lieu. C'est pour ça que cette manifestation parisienne interroge sur le mouvement social, sur son devenir, sur la place des organisations syndicales et, effectivement, sur ces groupes qui sont les uns à côté des autres mais où on a le sentiment que certains chassent d'autres. Où en tous cas les organisations n'étaient pas au coeur de quelque chose qu'elles ont organisé et où traditionnellement, (ce sont) elles qui tiennent la rue.

Les syndicats ont donc été dépossédés d'une manifestation dans laquelle ils se trouvent traditionnellement aux avant-postes. 

Ce qui, d'une façon très symbolique, concrétise ce que ces organisations connaissent depuis plusieurs décennies. A savoir une perte d'influence, une perte de crédit, auprès d'une frange de plus en plus importante de la population et, du coup, une perte de contrôle sur l'organisation de la contestation et de la revendication sociale. 

Nous avons là l'illustration concrète de la désagrégation de ce qu'on appelle les "corps intermédiaires"

Et en face, on trouve un pouvoir exécutif, incarné par Emmanuel Macron, qui, tant d'un point de vue pratique dans la gestion de ces manifestations que d'un point de vue politique, entérine et participe au discrédit et à la mise à l'écart des organisations syndicales.

Emmanuel Macron, depuis deux ans, n'a pas caché le peu de considération qu'il porte aux partenaires sociaux. 

Mais le problème va sans doute au delà et il est plus structurel. 

C'est la même chose avec les partis politiques, autres corps intermédiaires, en perte de crédit et en perte d'influence au sein d'une frange de plus en plus importante de la population. 

Même chose avec les médias et les journalistes qu'on soupçonne, à priori, de défendre d'abord leurs intérêts avant de chercher à informer la population. Et du coup, on lit moins les journaux, on écoute moins la radio et on s'abreuve d'informations plus ou moins fantaisistes, plus ou moins complotistes. 

Un autre exemple (qui de prime abord pourrait sembler n'avoir aucun rapport mais qui participe à priori du même processus) : Jusqu'ici, le weekend, les jours fériés, c'était fait pour les loisirs, pour se reposer ou pour commémorer un événement. 

Or depuis quelques mois, ces moments où on ne travaille pas servent, pour certains, à se mobiliser, à revendiquer on ne sait pas trop quoi et à aller casser du flic si l'occasion se présente. Et pour les autres, à éviter de rencontrer les premiers pour ne pas qu'ils leur pourrissent la journée. 

Au bout du compte, on a le sentiment que c'est notre ritualisation de la vie publique qui est mise à mal, qui est fragilisée et qui semble petit à petit s'estomper. 

Cette ritualisation, elle passe par les corps intermédiaires, elle passe par le rythme de travail hebdomadaire. Elle est, en fait, toutes les règles sur lesquelles on se met d'accord pour organiser collectivement le fonctionnement de la société. 

Et elle est ce qui permet de contenir, de canaliser, la violence des rapports dans le monde du travail et des rapports entre individus. 

Or si cette ritualisation disparaît, il n'y a plus de filtres, la violence des individus peut s'exprimer sans retenue. 

La société ne dispose plus alors, pour se protéger et pour perdurer, que de ses institutions et de ceux qui l'incarnent. 

Autrement dit, il ne nous reste, de choix, qu'Emmanuel Macron ou le chaos.

Chroniques

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