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Valery Giscard d'Estaing face à Emmanuel Macron le 4 octobre 2018 au Conseil Constitutionnel à Paris

Macron est-il l'héritier politique de Giscard ?

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A quarante cinq ans d'intervalle, les deux présidents incarnent tous deux le centrisme, le libéralisme, l'européisme et le rajeunissement de la vie politique de leurs époques respectives.

Valery Giscard d'Estaing face à Emmanuel Macron le 4 octobre 2018 au Conseil Constitutionnel à Paris
Valery Giscard d'Estaing face à Emmanuel Macron le 4 octobre 2018 au Conseil Constitutionnel à Paris Crédits : Thomas Samson - AFP

Quand Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République, le 27 mai 1974, Emmanuel Macron n’est pas encore né. On peut pourtant parler de filiation politique entre le troisième président de la Ve République que fut Giscard et le huitième qu’est l’actuel titulaire de la fonction à l’Elysée.

Ce sont d'abord tous deux des élèves brillants. Giscard décroche un double baccalauréat à l'âge de 16 ans. Emmanuel Macron, lui, est lauréat du concours général de français à l'âge de 17 ans, avant d'obtenir un baccalauréat scientifique un an plus tard, avec la mention Très bien. Tous deux ont fait l'ENA, l'Ecole nationale d'administration, et tous deux ont ensuite intégré l'Inspection générale des finances. Ils ont aussi occupé le poste de ministre de l'Economie et des Finances avant d'être élu président. 

Quand ils se présentent, Giscard en 1974, Macron en 2016, ni l'un ni l'autre ne font figure de favori. Ils ont face à eux deux poids lourds issus des rangs du parti gaulliste : Jacques Chaban-Delmas pour le premier, François Fillon pour le second. Et ils finissent par inverser la tendance. 

On peut également mettre en parallèle leur âge au moment de leur élection : 48 ans pour Giscard, à peine 40 ans pour Emmanuel Macron. L'actuel chef de l'Etat est le plus jeune président élu de toute l'histoire de la République, VGE est le quatrième, après Louis-Napoléon Bonaparte et Jean Casimir-Perier. 

Comme il y a trois ans avec Emmanuel Macron, Valéry Giscard d'Estaing, quand il est élu en 1974, fait souffler un vent d'air frais sur la scène politique française. Après les années de Gaulle et Pompidou, il incarne le rajeunissement et nomme un Premier ministre encore plus jeune que lui, Jacques Chirac. À 41 ans, lors de sa nomination à Matignon, Edouard Philippe était à peine plus âgé, 46 ans. 

Leur positionnement politique était également très proche au centre de l'échiquier. Giscard vient du centre droit, Macron du centre gauche. Ils affirment tous les deux que la France veut et doit être gouvernée au centre. Et ils triangulent volontiers, glanant à droite ce qu'il leur manque à gauche et inversement. Les grandes réformes sociétales du septennat Giscard, comme le droit à l'avortement et la majorité à 18 ans, ont été votées grâce aux voix de la gauche et contre l'opinion dominante de la famille politique qui l'avait porté au pouvoir, la droite. Quarante-cinq ans plus tard, on entend dans la majorité de l'actuel président de plus en plus de protestations contre un déport en direction de la droite, notamment sur les questions régaliennes. Il convient quand même là de signaler une différence assez notable entre les deux hommes dans la conduite de leur mandat. Valéry Giscard d'Estaing a beaucoup réformé le pays avant d'adopter une politique de grande rigueur budgétaire face à la montée du chômage. Emmanuel Macron, lui, a grandement été freiné dans ses ambitions réformatrices et l'épidémie de Covid-19 le contraint à laisser filer la dépense publique. En moins d'une année, il a creusé la dette du pays de plus de 20 points de PIB, le produit intérieur brut. 

Pour revenir à ce qu'il rassemble, notons qu'ils sont avant tout des libéraux. Giscard comme Macron sont attachés à préserver les fondamentaux capitalistes de la société de consommation et leur idée qu'il faut adapter la société française au monde qui l'entoure. Mais leur libéralisme s'exprime surtout pleinement sur le plan sociétal, avec notamment l'adoption de l'IVG, l'interruption volontaire de grossesse pour le premier en 1975. Pour l'autre, c'est la PMA, la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, votée par l'Assemblée nationale définitivement au début de l'été, il y a seulement quelques mois.  

Autre similitude, Giscard et Macron sont pro européens. L'Europe, c'était la grande affaire de Giscard. C'est au cours de son septennat que sont instaurés les Conseils européens. Le serpent monétaire européen qui a précédé la monnaie unique et les élections européennes au suffrage universel sont également instituées sous son impulsion. Emmanuel Macron est lui aussi très allant sur les questions européennes, avec à son actif, pour le moment, le plan de relance européen de 750 milliards d'euros qu'il présente comme une avancée majeure et le fait qu'il est l'un des chefs d'Etats européens les plus actifs, si ce n'est le plus actif sur la scène internationale. 

On constate donc beaucoup de similitudes entre les deux hommes dans le parcours, dans le positionnement politique, dans les ambitions réformatrices. On peut aussi noter cette fascination qu'ils semblent avoir tous deux pour les initiales de leurs prénoms. Giscard avait dit-on les trois lettres VGE brodées sur ses chemises. Emmanuel Macron a, lui, offert les premières lettres de son prénom et de son nom à son parti politique, EM, En marche. Concernant l'avenir, cependant, Emmanuel Macron souhaitera sans doute que la comparaison s'arrête là. Et notamment que son destin présidentiel ne se limite pas, comme Valéry Giscard d'Estaing, à un seul mandat.  

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