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Eric Piolle est maire (EELV) de Grenoble depuis 2014.

"Je ne politiserai pas cette affaire..."

4 min
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La grande mode en politique : mettre en cause la justice. Heureusement, certains responsables politiques sont à contre-courant. Il en va ainsi d'Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble, placé en garde à vue il y a deux jours, dans le cadre d’une enquête pour des soupçons de favoritisme.

Eric Piolle est maire (EELV) de Grenoble depuis 2014.
Eric Piolle est maire (EELV) de Grenoble depuis 2014. Crédits : Guillaume Souvant - AFP

Peut-être avez-vous entendu les premiers mots d’Eric Piolle à la sortie de sa garde à vue, sur BFM TV : 

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"La justice fait son travail. Je ne politiserai pas cette affaire. Je suis un justiciable comme monsieur-et-madame-tout-le-monde".

Le ton est posé. La confiance dans l’institution judiciaire est assumée. 

Somme toute, rien d'anormal pour un élu de la République, soucieux de la séparation des pouvoirs et de la sérénité des enquêtes.

Et pourtant, cette image d’Eric Piolle, calme et confiant, nous procure un sentiment indéfinissable.

Ou plutôt si : ce sentiment, c’est la surprise. Parce que la scène est devenue inhabituelle. 

La justice, ce bouc-émissaire

Ces derniers temps, on ne compte plus les mises en cause de la justice. 

Elle est suspectée d’être “laxiste” par les syndicats de policiers, “inefficace” par les victimes, et “malhonnête”, souvent, par les responsables politiques qui lui sont confrontés. 

Par exemple, Jean-Luc Mélenchon, inquiété dans le dossier des assistants parlementaires - puis après la perquisition houleuse au siège de son mouvement -, n’a de cesse de dénoncer une justice aux ordres (comprendre aux ordres de l’exécutif). Il évoque même un "procès politique" contre lui. 

Bien sûr, l’institution judiciaire, comme toute institution, peut être critiquée.

Ce qui n’oblige pas, pour autant, à la juger instrumentalisée ou partiale, dès qu’elle s’intéresse aux affaires de votre parti, plutôt qu’à celles du voisin. 

La dernière campagne présidentielle a sans doute fait céder des digues mentales. 

François Fillon, en plein naufrage politique, a cru trouver une bouée de sauvetage en accusant les enquêteurs, coupables selon lui de rouler pour François Hollande :

“Il y a un livre qui sort ces jours-ci, sur le ministère de l’Intérieur, qui en 240 pages explique comment François Hollande fait remonter à son bureau toutes les écoutes judiciaires qui l’intéressent. On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé”. 

Mais si ces déclarations furent violentes, elles n’étaient pas vraiment novatrices. 

Car à droite, le tournant fut pris par Nicolas Sarkozy. Alors ministre de l’Intérieur, il s’était permis de critiquer publiquement des décisions de justice, par exemple dans des faits divers. 

Puis, lui-même inquiété par des enquêtes, il a choisi une défense de rupture, comme l’on dit dans les tribunaux. C’est-à-dire qu’il a décidé de mettre en cause explicitement les juges. Sur TF1, en 2014, l'ex-président dénonce "l’instrumentalisation politique d’une partie de la justice. Il y a des choses qui sont en train d’être organisées. Je veux dire cette vérité”.

Rhétorique du persécuté

La meilleure défense c’est l’attaque, on le sait depuis longtemps. 

Mais ce type de discours est révélateur de l’époque. Époque de la défiance envers les institutions, défiance dont Nicolas Sarkozy joue. Époque de complotisme qui cherche à tout événement des motifs cachés. Époque de post-vérité où une affirmation vaut un argument. 

Bien sûr, les responsables politiques ont toujours manié la rhétorique du persécuté. Mais jadis, cela se faisait en coulisses, loin des micros. En public, l’on ne s’en prenait pas aussi frontalement à la justice. Ecoutez par exemple Jacques Chirac dans les années 80, qui répond à un journaliste sur l’affaire dite du Carrefour du développement :

“La justice est saisie cher monsieur, ne préjugez pas. C’est un peu facile. Respectez la justice et son cours, et respectez votre prochain”. 

Autres temps, autres mots. 

Voilà pourquoi la réaction avant-hier d’Eric Piolle, le maire de Grenoble, à la sortie de sa garde-à-vue semble presque décalée avec l’air du temps. 

D’ici 2022, nul doute que des candidats et pas des moindres accuseront à nouveau les juges. Marine Le Pen, elle aussi, l’a fait ces dernières années à de nombreuses reprises.

Cela s’appelle inverser la charge de la preuve. Et passer de la posture de l’accusé à celle de l’accusateur. Sus à la justice !

Le paradoxe, c’est que souvent les mêmes responsables politiques viendront ensuite déplorer l’effondrement du respect des institutions et des valeurs républicaines.

Frédéric Says

Chroniques

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