LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Jean Castex, le Premier ministre, estime que ce plan de relance de 100 milliards d'euros peut créer 160 000 emplois dès 2021.

France : fier de son plan de relance, le gouvernement garde la dette haute

3 min
À retrouver dans l'émission

L'exécutif présente aujourd'hui la répartition des 100 milliards d'euros destinés à réparer et à préparer l'économie française.

Jean Castex, le Premier ministre, estime que ce plan de relance de 100 milliards d'euros peut créer 160 000 emplois dès 2021.
Jean Castex, le Premier ministre, estime que ce plan de relance de 100 milliards d'euros peut créer 160 000 emplois dès 2021. Crédits : Thomas Samson - AFP

A quoi reconnaît-on un changement de d'époque économique ? Ou au moins un bouleversement des paradigmes en vigueur ? Sans doute à l'évolution des mots. 

Certains concepts sont tout à coup frappés de désuétude ; d'autres, qu'on croyait enterrés, sont remis au goût du jour. 

Il en va ainsi avec le Haut-commissariat au Plan. Il y a encore dix ans, cet intitulé aurait paru grotesque, ou tout du moins assez passéiste. C'est d'ailleurs au nom de cette désuétude que cet organe avait été débaptisé, en 2006, remplacé par le tellement plus moderne "Centre d'analyse stratégique". Voici donc le plan de retour. L'avenir dira si c'est un gadget ou un outil utile. Son nouvel avènement montre en tout cas que la mode intellectuelle n'est plus au désengagement de l’État, ni à "l'agilité" court-termiste. 

Le plan de relance lui aussi témoigne de cet aggiornamento. Plus exactement, une partie de ce plan de relance. 

Certes, il contient des remèdes assez classiques, comme la baisse des impôts de production, envisagée de longue date.

Mais il y a autre chose de notable, dans ce grand plan dévoilé ce matin. D'abord son montant : 100 milliards d'euros sur deux ans. C'est trois à quatre fois le montant du plan de relance de 2008, au moment de la crise financière. 

Si l'argent n'est pas magique, il est devenu gratuit. La politique monétaire accommodante des banques centrales entraîne la mise à disposition de liquidités massives à des taux d'intérêts quasi-nuls. 

Souvenez-vous : en 2008, les Etats qui dépensaient trop avaient peur d'être attaqués sur les marchés, de voir leur crédibilité mise en doute par les agences de notation. Aujourd'hui, qui s'en soucie ? Personne. 

Tiens, là aussi, un signe des temps dans le choix des mots : « agences de notation » : ces termes ont quasiment disparu de nos journaux. Le plan de relance va pourtant porter la dette française au-delà des 120% de son PIB. Soit deux fois la limite autorisée par les règles européennes (des règles suspendues au début de la crise sanitaire). 

"Pensée unique"

Symbole frappant de cette évolution encore : cette interview d'Alain Minc dans le journal Les Echos. Il reconnaît lui-même avoir été un "archevêque de la pensée unique", concentrée sur les règles budgétaires, les 3%, les économies. Mais l'archevêque se défroque ! "Il est grand temps de comprendre que tous les paradigmes viennent de muter", lance-t-il, avant de recommander de "doubler" le plan de relance français. 

Ce changement de pensée économique se traduit enfin dans l'affectation des 100 milliards mobilisés en France. Il y a là des subventions, des facilités de trésoreries pour les entreprises implantées sur le sol français. Mais, vous le noterez, il y a très peu d'aide aux ménages. Très peu de soutien à la consommation. Cela afin d'éviter que les milliards mobilisés n'aillent dormir sur un compte épargne - ou pire, servent à acheter des produits fabriqués à l'autre bout du monde. 

C'est là aussi un tournant : on aide le producteur au détriment du consommateur. Ce dernier, le consommateur, a été favorisé depuis des décennies par la baisse des prix engendrée par la mondialisation des marchés. Et ce au détriment du producteur local, qui, lui, se voyait concurrencé par les importations... Cette fois, c'est la logique inverse : soutien au producteur, le consommateur se débrouillera. 

Gâteau

Il reste maintenant à observer l'effet politique de ce plan de relance. 

Théoriquement, c'est une bénédiction pour le gouvernement. Bien peu de responsables politiques, ces dernières années, ont disposé d'une telle manne, 100 milliards, à distribuer juste avant une élection. 

Jusqu'ici, l'ambiance était plutôt à économiser 5 millions par ci, 10 millions par là, en fermant des classes ou des tribunaux. 

Mais potentiellement, c'est aussi une malédiction politique. Avec ce gros gâteau de 100 milliards, chaque secteur sera tenté de regarder dans l'assiette du voisin pour voir s'il est mieux servi. La juste répartition peut s'avérer périlleuse, à vingt mois de l'élection présidentielle.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
40 min
L'Invité(e) des Matins
Le Débat est mort, vive le débat
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......