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Hier à Saint-Brieuc, le chef de l'Etat a mis en garde les Français contre "l'individualisme" des attentes à l'issue du grand débat national.

Emmanuel Macron cherche la formule magique

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Le président achève aujourd'hui sa tournée du "grand débat". Mais comment éviter la déception ?

Hier à Saint-Brieuc, le chef de l'Etat a mis en garde les Français contre "l'individualisme" des attentes à l'issue du grand débat national.
Hier à Saint-Brieuc, le chef de l'Etat a mis en garde les Français contre "l'individualisme" des attentes à l'issue du grand débat national. Crédits : Damien Meyer - AFP

ernière date de la tournée présidentielle ! Emmanuel Macron accomplit aujourd'hui son ultime déplacement, en Corse, dans le cadre du grand débat national. Le chef de l’État va effectivement devoir montrer des talents de prestidigitateur pour clore cet exercice inédit sans provoquer la déception générale. 

Les attentes sont à la hauteur des ambitions énoncées : rien de moins que de « ré-articuler le projet national et européen ». Le gouvernement, en insistant sur le succès quantitatif de sa démarche, sur les centaines de milliers de contributions, s'est lui-même tendu un piège : si c'est un tel succès, alors il ne peut le conclure avec des solutions tièdes et déjà-vues. 

Emmanuel Macron doit sortir du chapeau ses propositions à la mi-avril. Edouard Philippe s'exprimera lui sur ce thème dès lundi à Paris. 

En attendant, l'opposition tire profit de ce moment incertain, d'entre-deux (débat quasi achevé, mais réponses toujours pas communiquées). Elle profite de l'interstice, à l'image de François Hollande, pour taper là où cela fait mal :

"A vouloir tout brusquer, tout changer, le pays s'est arrêté. Le gouvernement aussi s'est arrêté."

Critique contre-intuitive : dénoncer Emmanuel Macron non pour son activisme mais pour sa passivité. Le Rassemblement national pilonne, lui aussi, tant qu'il le peut : « les Français vous détestent », a asséné l'autre soir le député RN Sébastien Chenu. Le gouvernement, dans la tranchée, tente à grand peine de riposter, comme ici le ministre Gérald Darmanin, métaphore musicale à l'appui : 

Une date : le 15 mars, c'était la fin théorique du grand débat national, cet outil un peu flou, improvisé en urgence pour gagner du temps et faire tomber la pression. Ce sera finalement pour la mi-avril. Pourquoi ce report ? Une raison simple : l'Exécutif a très peur du coup de mou, du passage à vide, entre la fin du grand débat et le début de la campagne des européennes. 

Ratification dans les urnes

Alors voilà le tour de magie envisagé : passer de l'un à l'autre, sans transition. L'entourage d'Emmanuel Macron le confie déjà : plusieurs propositions du gouvernement seront applicables à l'échelle européenne. Et donc le vote du 26 mai sera aussi présenté comme une ratification dans les urnes des initiatives du gouvernement. 

Avant cela, il s'agit d'apaiser par avance la déception, de doucher les espoirs de ceux qui confondraient les décisions du grand débat national avec un deuxième passage de Père Noël. Écoutez Emmanuel Macron hier à Saint-Brieuc, au micro de Rosalie Lafarge : 

"Je vois un risque : l’individualisme. Vous trouverez des gens qui diront  : « Moi on n’a pas répondu à mon sujet dans le grand débat. » Il ne faut pas oublier que les solutions répondront à un projet national, à un sens du collectif."

L'on perçoit bien le sous-texte de ce propos : ne vous attendez pas à des miracles dans votre vie personnelle. 

Mais cette critique de l'individualisme a tout de même quelque chose d'incongru chez Emmanuel Macron. N'y a-t-il pas dans son corpus idéologique un éloge de l'individualisme ? Eloge que l'on retrouve, d'ailleurs, dans le livre* de ses anciens conseillers, Ismaël Emelien et David Amiel, pour qui la politique doit justement permettre à l'individu d'accomplir son destin personnel. Ou plutôt, selon leur vocabulaire un peu jargonnant, de « maximiser les possibles ».

Après quatre mois de débat, est-il vraiment étonnant que les citoyens prennent Emmanuel Macron au mot, et lui demandent, en tant qu'individus, de "maximiser leurs possibles" ?

Frédéric Says

* Le progressisme ne tombe pas du ciel (Fayard)

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