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Edouard Philippe a présenté mercredi 4 avril le projet de réforme des institutions.

Quand le gouvernement refuse de passer à la question

5 min
À retrouver dans l'émission

L'exécutif multiplie les interventions devant la presse... sans autoriser les questions de la presse. Une pratique qui interroge.

Edouard Philippe a présenté mercredi 4 avril le projet de réforme des institutions.
Edouard Philippe a présenté mercredi 4 avril le projet de réforme des institutions. Crédits : Gérard Julien - AFP

C'est un joli salon, à l'hôtel Matignon. C'est là qu’Édouard Philippe a présenté, hier, la réforme des institutions. Des chaises ont été disposées en rang pour les journalistes. Face à eux, le Premier ministre a donc égrené les mesures retenues (baisse du nombre de parlementaires, introduction d'une dose de proportionnelle...). La déclaration dure neuf minutes. Puis... rien. Édouard Philippe conclut d'un simple : "je vous remercie".

La consigne avait été précisée en amont : pas de questions des journalistes. Ce n'était donc ni une conférence de presse, ni une déclaration solennelle. Quelque chose à mi-chemin, comme si Edouard Philippe avait inventé le "communiqué de presse lu au micro". Rendons-lui cette justice : il n’est ni le premier ni le seul. Laurent Wauquiez en avait fait autant il y a dix jours, pour ses propositions de lutte contre le terrorisme. Mais le gouvernement actuel a fait de cette manie une habitude. Et de cette habitude un concept. Curieuse pratique, de la part d’un Exécutif dont le verbe préféré est « j’assume », et dont le substantif favori est « la pédagogie ». Pourquoi craindre d'en faire la démonstration devant la presse ? 

Sur ce sujet des institutions, qui n'est pas mineur, il y aurait pourtant eu de nombreuses questions à poser. Par exemple, un référendum est-il exclu ? La limitation à trois mandats consécutifs concerne-t-elle sur les prochains élus, ou est-elle rétroactive ? D’autres interrogations concernent les passages ambigus du communiqué - pardon, de la déclaration du Premier ministre. Ainsi, pour accélérer le débat au Parlement, il prévu une restriction des amendements "à portée non normative" ou "sans rapport" avec le texte de loi. On aimerait savoir qui va arbitrer, qui va décider qu’un amendement a un "rapport" étroit - ou pas - avec le texte étudié. 

Dès lors la question se pose : pourquoi inviter des journalistes si c’est pour les empêcher de poser des questions ? Une simple vidéo, un simple "facebook live" aurait suffi. 

"Corporatisme de journaliste politique franco-français", pensez-vous peut-être à cet instant ? C'est sans doute en partie vrai ; personne n’est exempt de ce type d’inclination. Mais il faut lire la réaction d’une journaliste américaine de la prestigieuse agence de presse AP, en poste à Paris. « Vu l'accès aux salles de presse et l'accès aux porte-paroles, la France est plutôt du côté des non-démocraties » a-t-elle glissé lors d'une réunion à l’Élysée, à la mi-février. Allusion à la fermeture programmée de la salle de presse du palais présidentiel, déménagée dans une rue voisine. "Même Donald Trump n’a pas osé fermer la salle de presse de la Maison-blanche", expliquait un autre journaliste américain.     

Depuis plusieurs années, l’espace du questionnement se réduit. 

Pourtant, le foisonnement de nouvelles chaines, de nouveaux médias webs, de nouveaux magasines auraient dû démultiplier la place de la presse. C’est l’inverse. Un exemple : regardez des images d'archives de conseils des ministres. A la sortie, les journalistes foulent le gravier de la cour, entourent les membres du gouvernement et les interrogent longuement (certes pas toujours avec insolence). Mais quel contraste. Depuis quelques années, les reporters sont relégués derrière des cordons. 

Évidemment, accepter les questions, c'est mettre en risque le verrouillage du plan de communication. C'est risquer le coup de chauffe ; comme cet échange en 1987 entre Jacques Chirac et un journaliste à propos d'une affaire judiciaire : 

Le fond et l'écume

Revenons à la réforme des institutions et tentons une petite dissection du traitement médiatique. Faute de pouvoir poser des questions, les journalistes sont contraints à la diète de précisions, au rationnement d’informations. Pour nourrir leurs articles, ils n'auront eu droit qu'aux "grandes lignes" du projet. Et en aucune façon au texte de loi lui-même. Conséquence : lorsque le projet sera présenté en conseil des ministres, le 9 mai... les rédactions auront l’impression d’avoir déjà traité le sujet. Il paraîtra réchauffé, donc non prioritaire, donc relégué. Et c’est ainsi que la nuance, le détail, le questionnement, bref le fond des choses aura été éclipsé. Pendant ce temps, l'Exécutif qui accuse régulièrement les médias de ne "commenter que l’écume". Pour paraphraser Bossuet, voilà comment déplorer les effets dont on chérit les causes.

Frédéric Says

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