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"Sortez d'ici !" s'est exclamé le ministre de la Santé, à l'endroit du groupe LR à l'Assemblée nationale.

La colère en politique

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Le "coup de sang" d'Olivier Véran, à l'Assemblée, a suscité l'indignation de l'opposition.

"Sortez d'ici !" s'est exclamé le ministre de la Santé, à l'endroit du groupe LR à l'Assemblée nationale.
"Sortez d'ici !" s'est exclamé le ministre de la Santé, à l'endroit du groupe LR à l'Assemblée nationale. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

On ne l’avait jamais vu, jamais entendu comme cela. L’autre soir, à l’Assemblée, ses gestes se sont raidis, sa voix est montée dans les aigus. Au banc des ministres, Olivier Véran a poussé ce qu’on appelle un "coup de gueule" contre l’opposition. 

Une déclaration sous les applaudissements de la majorité, et sous les huées de la droite LR à qui s’adressait le ministre de la Santé.  

Un mot du contexte. Les oppositions - gauche et droite -, venaient ensemble de remporter une bataille symbolique contre les troupes de la République en marche, obtenant le raccourcissement de l’état d’urgence sanitaire. Les députés marcheurs, en infériorité numérique dans l’hémicycle, n’avaient rien pu faire. Un second vote a lieu depuis. 

Ce coup de sang d’Olivier Véran a nourri de nouvelles passes d’armes. La France insoumise et LR ont dénoncé un ministre "qui perd ses nerfs"

Il est vrai que la scène est plutôt rare, dans la politique de haut niveau, qui est censée opposer des animaux à sang froid. 

“Vous perdez vos nerfs”, c’est aussi la phrase qu’avait utilisée Nicolas Sarkozy, un soir de mai 2007, dans le débat d’entre deux tours face à Ségolène Royal. Là aussi il était question d’une colère. 

Voici pourquoi il ne faut jamais se mettre en colère en politique. Vos adversaires vous reprocheront de ne pas être au niveau de la fonction. Un procès en incompétence et en intempérance. 

Jean-Luc Mélenchon a payé pour le savoir, après le coup de sang lors des perquisitions. Il avait alors dégringolé dans les les sondages. 

C’est valable, d’ailleurs, dans tout poste à responsabilité. L’énervement semble synonyme de perte de maîtrise, d’absence de contrôle, ce qui est peu propice aux décisions justes et avisées. 

Mieux vaut afficher la quiétude du sphinx... quitte à n’en penser pas moins. C’est en tout cas la conception d’un maître du genre placide, François Mitterrand. Je vous ai retrouvé cette archive, elle date de 1993. François Mitterrand s’entretient avec Jean-Pierre Elkabbach [extrait sonore] : 

- Vous avez dit un jour : "la principale qualité d'un homme d'Etat, je voudrais dire que c'est la sincérité, mais c'est l'indifférence"...          
- Oui, j'ai dit ça sans doute. (...) Je pense que c'est une qualité indispensable. Cela veut dire garder une distance par rapport à la brutalité de chaque événement. Il ne faut pas avoir de stress. Celui qui a du stress est condamné à une rapide maladie du cœur".

Voilà le point de vue de François Mitterrand, qu’on surnommait le "Florentin", en référence à Machiavel... lequel conseillait la chose suivante au Prince : “simule et dissimule”

Cela vaut bien sûr aussi pour les émotions.

Cela dit, la colère en politique n’est pas toujours perdante. Parce qu'elle peut être légitime (s'engager en politique, n'est-ce pas vouloir faire changer les choses - et donc éprouver une forme de colère face au statu quo ?). Et puis, elle peut être perçue comme une marque de sincérité et d'esprit de justice. 

Sans remonter jusqu’à Cicéron, et son discours contre Catilina, qui commençait ainsi : “jusqu’à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ?”, on peut se souvenir de Jacques Chirac dans la vieille ville de Jérusalem, et son agacement (interprété dans un anglais qui emprunte plus à l’improvisation qu’à Shakespeare). "What do you want ?". Une colère restée célèbre et qui n’a pas desservi son auteur. 

Un disciple chiraquien, Dominique de Villepin, n’a pas eu ce talent, en 2006, à l’Assemblée nationale, alors qu’il est Premier ministre : 

Ce coup de colère d’un flamboyant chef de gouvernement - que l’on voyait déjà en présidentiable face à Nicolas Sarkozy - marque un coup d’arrêt et même le début de la fin de l’aventure villepiniste. 

Voilà donc une vérité en politique qui ne se dément pas : pour durer, il faut savoir endurer. 

Frédéric Says

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