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Un conseil des ministres, le 7 novembre 2018.

Vive les gouvernements pléthoriques !

3 min
À retrouver dans l'émission

Les équipes ministérielles "resserrées" sont-elles plus efficaces ? Pas sûr...

Un conseil des ministres, le 7 novembre 2018.
Un conseil des ministres, le 7 novembre 2018. Crédits : Etienne Laurent - AFP

Et deux de plus ! Deux nouvelles têtes ont fait leur apparition hier au séminaire gouvernemental. Jean-Paul Delevoye, chargé du dossier des retraites et Jean-Baptiste Djebbari, nouveau secrétaire d’État aux transports. 

Ce double recrutement porte l'effectif du gouvernement à 37. Le cap de la quarantaine de ministres se rapproche. La promesse de campagne d'Emmanuel Macron, elle, s'éloigne :

"Je constituerai un gouvernement de quinze membres maximum." (Emmanuel Macron sur TF1, le 12 mars 2017)

Il y a donc actuellement 22 ministres de trop au gouvernement. 

Cela dit, l'actuel président n'est pas le premier pris dans cette contradiction. 

En réalité, les régimes sont faits pour ne pas être tenus. Spécialement ceux qui concernent le tour de taille de l'exécutif. 

Nicolas Sarkozy avait lui aussi annoncé une certaine frugalité ministérielle. Et son gouvernement compta jusqu'à 32 membres. 

François Hollande avait promis un gouvernement resserré, et même "un gouvernement de combat". En l'occurrence, on ne manqua pas de combattants : 36 ministres autour de Jean-Marc Ayrault. 

Alors essayons de comprendre pourquoi cette promesse d'un gouvernement resserré est aussi récurrente qu'éphémère. 

Récurrente, cela s'explique assez facilement. 

Tous les présidents élus depuis vingt ans affichent dans leurs priorités la réduction du déficit public. Exemplarité oblige, il faut commencer par l'équipe ministérielle. Mais promesse bafouée car intenable. 

La vie politique a ses raisons qu'un programme de campagne ne connait point. En règle générale, les bonnes résolutions tiennent jusqu'aux élections législatives (un mois après les présidentielles). 

Ensuite,, il faut récompenser les partis alliés, promouvoir les jeunes espoirs, neutraliser les fortes personnalités de la majorité... Sans négliger la représentativité du gouvernement, en terme d'origines, d'âge, de géographie. D'où la pléthore autour de la table du conseil des ministres.  

Mais l'exécutif n'est pas le seul fautif...

Cette inflation permanente des portefeuilles ministériels est aussi liée à des demandes contradictoires de la société civile - nous tous.

Paradoxalement, la société veut moins de ministres, mais elle s'indigne ensuite des carences dans le dispositif gouvernemental.

On l'a vu dans l'actualité, ces dernières années. Des associations se sont étonnées que les anciens combattants n'aient pas leur ministère. Des corporations ont déploré que l'artisanat et les PME n'aient pas leur secrétaire d’État. Des réseaux ont contesté que l'Outre-mer, l'enseignement supérieur ou le droit des femmes ne soient pas, chacun, représentés par un ministère plein et entier. 

Injonction contradictoire donc, envers un exécutif dont on attend qu'il soit à la fois famélique et obèse ; resserré et omniprésent ; universel et particulier. Et si l'on sortait de cette vaste hypocrisie ? 

D'abord, l'argument des économies ne tient pas. Le budget de fonctionnement du gouvernement, c'est moins de 200 millions d'euros. Cela représente 0,05% du budget de l’État.

Mais surtout, arrêtons de considérer qu'un gouvernement plus resserré est forcément plus efficace. 

Peu de ministères, cela veut dire beaucoup d'attributions pour chacun des ministres. 

Prenez l'exemple d'Elisabeth Borne, qui était jusqu'à récemment à la tête d'un ministère tentaculaire, chargée à la fois de la transition écologique et des transports. Rien que cela. 

Comment imaginer que des journées de 24 heures suffisent à emmagasiner la complexité technique de l'ensemble des dossiers, à prendre le temps de la réflexion pour chacun d'eux, à donner des directives précises pour tous, et surtout, à en suivre la bonne application par les administrations ?

C'est impossible. Le gouvernement resserré, ce sont en réalité des ministres débordés qui laissent le champ libre aux administrations. 

C'est en fait la reprise en main des politiques publiques par les hauts fonctionnaires. En somme, un ministre qui a la main sur tout n'a la main sur rien.

N'est-il pas temps de reconnaître que la gestion d'un pays de 66 millions d'habitants est une chose sérieuse ? Et que trente personnalités ne sont pas de trop pour en assurer la conduite ? 

"Donnez-moi dix hommes motivés et je conquiers le pouvoir", disait François Mitterrand. Le conquérir oui ; l'exercer, c'est moins sûr.

Frédéric Says

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