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"En femme libre", Valérie Pécresse estime que LR est un parti trop "verrouillé" pour être rebâti.

Dans la tête de Valérie Pécresse

4 min
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La présidente de la région Île-de-France, jusqu'ici farouche opposante à Laurent Wauquiez, a annoncé hier soir sa décision de quitter Les Républicains. Au moment où elle semblait avoir les mains libres pour reconstruire le parti de droite. Pourquoi ?

"En femme libre", Valérie Pécresse estime que LR est un parti trop "verrouillé" pour être rebâti.
"En femme libre", Valérie Pécresse estime que LR est un parti trop "verrouillé" pour être rebâti. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Hier soir, Valérie Pécresse sur le plateau du 20 heures de France 2, annonça ceci : 

"En femme libre, j'ai décidé de quitter Les Républicains"

Pour expliquer son départ, l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy - et actuelle présidente de la région Île-de-France - dénonça le "verrouillage" du parti Les Républicains. Avant d'ajouter : 

"Je pense qu'il faut tout rénover, du sol au plafond. Et que ça se fera en ouvrant les portes et les fenêtres". 

« Ouvrir les portes et les fenêtres », ça faisait longtemps. En l'occurrence, la porte, elle a choisi de la claquer. 

Ce petit événement en raconte un grand : la décomposition de la droite. Une décomposition qui commence tout juste. 

Mitraille

Pourquoi Valérie Pécresse décide-t-elle de partir ? C'est à première vue incompréhensible. 

Son principal rival, Laurent Wauquiez, a démissionné. La ligne politique de celui-ci a été désavouée par le résultat des européennes. Bref, l'ex-chiraquienne avait un boulevard pour s'imposer. 

Mais le parti Les Républicains ressemble à une entreprise en quasi-faillite... et tout le monde n'a pas la vocation d'un Bernard Tapie, en redresseur de cas désespérés. 

Par ailleurs, à la tête de LR, Valérie Pécresse aurait dû passer son temps à ménager les différentes sensibilités. 

D'un côté, il y a ceux qui estiment qu'il faut soutenir Emmanuel Macron sur certains projets, comme la privatisation d'Aéroport de Paris ; c'est le cas de Jean-François Copé. 

De l'autre côté, il y a ceux qui ne s'interdisent pas de travailler un jour avec le Rassemblement national. 

Dès lors, il faut avoir du temps, de l'énergie et une solide vocation de casque bleu pour se placer sous la mitraille des deux camps. 

Un certain amour pour la solitude, aussi. Car qui reste-t-il, dans cette débandade générale ? Quelles sont les personnalités sur lesquelles s'appuyer ?

Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin sont partis chez Emmanuel Macron. 

Xavier Bertrand a rendu sa carte et se consacre à sa région. 

François Fillon travaille dans le privé.

Nicolas Sarkozy reste pour sa part mutique en public. En son for intérieur, peut-être rêve-t-il d'être rappelé en sauveur... Encore faut-il qu'il reste quelque chose à sauver.

Cadres

Valérie Pécresse emmène d'ailleurs avec elle plusieurs cadres intermédiaires du parti, comme les députés Réda et Grelier, les élus locaux Maël de Calan et Florence Portelli. 

Finalement, il ne reste à la droite que quelques figures, certes respectées mais esseulées : Jean Léonetti, à qui l'on doit la loi sur la fin de vie - c'est de circonstance. 

Gérard Larcher, l'habile président du Sénat. 

François Baroin, qui se partage entre sa vie d'avocat et celle de patron de l'Association des maires de France. 

Trois personnalités versées dans la modération ; trois personnages étiquetées « territoires et bon sens », selon la double expression en vogue. 

Toutes ces raisons expliquent le choix de Valérie Pécresse. Mais aucune d'entre elles n'est suffisante. 

Pour comprendre, me semble-t-il, il faut se projeter au printemps 2021. Ce seront alors les élections régionales. Et Valérie Pécresse espère bien être reconduite dans son fauteuil de présidente de la région Île-de-France (12 millions d'habitants et 5 milliards de budget annuel). Mais pour être réélue, elle doit impérativement éviter d'avoir face à elle une liste de la République en Marche. 

Pourquoi ? Politiquement, cela ferait "ton sur ton". Le "pécressisme", décrit par l'intéressée comme "libéral social et pro-européen" est idéologiquement assez proche du macronisme.  D'ailleurs, c'est un signe, l'une des grandes fidèles de Valérie Pécresse, Aurore Bergé, a décidé dès 2017 de rejoindre la République En Marche. Elle est aujourd'hui députée.

En quittant LR, Pécresse signe-t-elle un acte de reddition? 

Elle accepte en tout cas le pacte énoncé dans le Journal du Dimanche par le ministre Sébastien Lecornu. 

En substance, ceux qui quittent les Républicains n'auront pas de candidats En Marche face à eux. Ceux qui y restent en paieront les conséquences. 

Voilà donc pourquoi Valérie Pécresse lâche LR et la guerilla qui s'annonce. Elle préfère la région à la légion. 

Une stratégie risquée, mais plus courageuse qu'il n'y paraît. Car se détacher d'un grand parti, c'est aussi renoncer à ses financements (même si en l'occurrence, le bilan comptable de LR n'est pas spécialement enviable).  

Alors Valérie Pécresse, toute à sa volonté de rénovation "du sol au plafond", bâtira-t-elle une nouvelle maison commune de la droite modérée, ou bien une annexe du macronisme ? Les prochains mois le diront, mais on penche franchement pour la deuxième option.

Frédéric Says

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