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La délicate question du droit d'inventaire

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François Hollande goûte peu le bilan de son mandat dressé, ces jours-ci, par ses "amis" du PS.

"Il ne faut pas s'autoflageller, les électeurs s'en chargent tout seuls". Voilà la réponse caustique de François Hollande hier soir. L'ancien président, légèrement agacé, a choisi l'humour pour répondre à l'opération vérité sur le quinquennat socialiste, lancée par l'actuel patron du PS, Olivier Faure. 

Cette réponse aigre-douce de François Hollande illustre bien la difficulté de procéder aux inventaires en politique. C'est-à-dire, au sein d'une famille politique, de dresser le bilan des sortants.

L'expression « droit d'inventaire », on la doit à Lionel Jospin. Candidat en 1995, pour incarner le renouveau, il doit alors absolument se démarquer du Mitterrandisme finissant. Lionel Jospin en meeting, le 13 avril 1995. 

"Pourquoi n'aurions-nous pas collectivement le droit - et moi comme candidat à l'élection présidentielle - le droit d'inventaire ? N'est-ce pas cela l'attitude de la raison ?"

L'exercice est sain, mais ambivalent. Il vous présente en homme libre auprès des électeurs, en candidat détaché de l'appareil. Mais il vous nourrit des inimitiés en interne. A cette époque, les proches de François Mitterrand protestent contre ce crime de lèse-majesté. 

Il arrive même que l'inventaire soit réalisé à cœur ouvert, alors même que celui qu'il vise est encore au milieu de son mandat. 

Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, n'a de cesse d'égratigner le président Chirac au milieu des années 2000. 

"A force d'immobilisme, à force d'éluder la réalité des faits, à force d'esquiver les défis, eh bien on l'a vu : la France gronde".

Un inventaire qui ne dit pas son nom. Il permet à Nicolas Sarkozy en 2007 de se proclamer "candidat de la rupture". C'est vrai qu'il n'est jamais bon de rester totalement solidaire d'un pouvoir qui s'enfonce doucement. Peut-être faut-il lire ainsi la foucade du jeune Valéry Giscard d'Estaing, quant au référendum proposé par De Gaulle. La position de Giscard d'Estaing est le « Oui mais ». "On ne gouverne pas avec des "mais"", répondra le général. 

L’exercice de l'inventaire a toujours un aspect un peu dérangeant, souvent exercé par ceux qui furent les plus fidèles alliés. Il est toujours un peu curieux de voir les avocats d'hier se transformer en procureurs. Et Nicolas Sarkozy, lui-même, n'a jamais vraiment subi d'inventaire. A l'UMP, les querelles et les haines, notamment entre François Fillon et Jean-François Copé, en ont éclipsé la tentation.

Et parmi les candidats à la dernière présidentielle ?

Pas ou très peu de contestation publique pour l'heure dans les rangs de la France insoumise sur le bilan de la campagne. 

Au Rassemblement national, Marine Le Pen y a jusqu'ici échappé. Faute d'accusateurs. Les deux figures les plus critiques ne sont plus là. Marion Maréchal s'est mise en retrait. Florian Philippot est parti. Pour l'inventaire de sa campagne présidentielle, Marine Le Pen s'y est consacrée elle-même. Elle a décidé de jeter aux oubliettes la sortie de l'euro, qui avait effrayé une partie de l'électorat. Il n'y a pas d'inventaire plus sûr que celui qu'on fait soi-même. 

C'est aussi ce qu'a voulu dire François Hollande, qui pensait que les multiples livres dont il est à l'origine, suffisaient à la tâche. 

Si l'évaluation est à la mode dans bien des domaines de la politique, elle l'est assez peu sur la question du bilan global. Car sur ce vaste champ de bataille, chacun se bat avec l'espoir secret de glaner une place dans les livres d'Histoire. Fût-ce une note de bas de page. Toute éraflure sur la statue du chef gâte la postérité. 

D'où la difficulté de l'exercice pour les partis politiques. Un exercice tout en nuance où il faut s'ausculter sans s'excuser. S'observer sans s'enfermer. Faire le bilan sans le déposer.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
43 min

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