LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Emmanuel Macron va continuer ses déplacements pour débattre après le 15 mars, fin théorique du grand débat national. (Ic à Grand Bourgtheroulde le 15 janvier 2019).

Grand débat : attention à l'atterrissage

3 min
À retrouver dans l'émission

Il a fait déplacer des dizaines de milliers de personnes, suscité des centaines de milliers de contributions. Comment éviter un résultat "déceptif", selon le terme d’Édouard Philippe ?

Emmanuel Macron va continuer ses déplacements pour débattre après le 15 mars, fin théorique du grand débat national. (Ic à Grand Bourgtheroulde le 15 janvier 2019).
Emmanuel Macron va continuer ses déplacements pour débattre après le 15 mars, fin théorique du grand débat national. (Ic à Grand Bourgtheroulde le 15 janvier 2019). Crédits : Ludovic Marin - AFP

Le grand débat national, c'est l'histoire d'une initiative prise au débotté. Sous la contrainte. Pour desserrer l'étau des gilets jaunes, se donner de l'air et du temps, au plus fort de la contestation. 

Si le décollage s'est fait sans trop de ratés, si le trajet s'est bien passé, en revanche, aucun mode d'emploi pour l'atterrissage. 

Avec cette mécanique inédite, le Premier ministre lui-même l'a reconnu devant les députés : il existe le danger d'être "déceptif", après cette longue concertation dans laquelle plusieurs dizaines de milliers de citoyens se sont investis. 

Mesurons la difficulté de l'exercice : tous ceux dont les propositions ne seront pas retenues auront l'impression de ne pas avoir été écoutés. Et cela fait du monde. 

Les oppositions politiques, par définition, trouveront que les mesures annoncées sont trop faibles, trop tardives ou trop idéologiques. 

Sans parler du noyau dur des gilets jaunes, qui n'attend rien du grand débat, mais qui après avoir réclamé le RIC et un changement de république... sera forcément mécontent du résultat. 

Attention au syndrome de la « boîte à outils »... 

Oui, c'est François Hollande qui avait utilisé cette expression : la boîte à outils du gouvernement pour faire diminuer le chômage. Cela donnait une image de bricoleur au président, et l'expression avait été interprétée comme un aveu de cafouillage et d'impuissance. 

Les mêmes mécanismes sont en germe en ce moment. Alors que la fin du grand débat approche,   les principales propositions émises jusqu'ici par les ministres tiennent de la tuyauterie fiscale : c'est Bruno Le Maire qui veut taxer la vente des résidences de luxe, c'est Jacqueline Gourault qui veut faire payer l'impôt sur le revenu à tous, c'est Gérald Darmanin qui veut plafonner les niches fiscales. 

Toutes ces idées sont intéressantes, mais sont-elles à la mesure du moment d'Histoire politique que nous avons vécu ces quatre derniers mois ? Sont-elles d'ailleurs un remède ou un poison, face aux maux exprimés par les gilets jaunes ? Plus de fiscalité pour combattre un mouvement anti-taxe ? Hier soir sur BFM TV, Édouard Philippe a décrété une pause sur l'inventivité fiscale : 

"Il y aurait quelque chose de curieux à imaginer que la sortie du grand débat soit : plus d'impôts"

La présentation faite ici est un peu trompeuse, car tout dépend la manière dont sont répartis les impôts. 

Mais alors que faire ? Quelques concessions à l'air de temps, à l'époque, allergiques aux élites, par exemple la suppression de l'ENA, suffiront-elles ? 

Ce qui est certain, c'est qu'un simple catalogue de mesures sera insuffisant.  L'exécutif doit panacher ses réponses dans le temps, entre l'immédiat, le moyen terme et les changements structurels. 

Audiences en baisse

Si ce grand débat était conçu comme une bouée de sauvetage pour l'exécutif, elle est en train de se dégonfler. Les sondages de popularité se mettent à nouveau à se tasser pour le couple exécutif. Les audiences télévisées des débats en présence du chef de l’État marquent le pas. Les Français zappent, l'effet de nouveauté ayant perdu de sa saveur. L'appétit pour la parole présidentielle se transforme en indigestion.    Est-ce pour cela qu'Emmanuel Macron a dégainé sa deuxième carte, celle de la campagne des européennes ? 

S'agit-il de cumuler les fronts, pour déboussoler les adversaires ? De rebâtir une image plus sociale, en proposant à l'échelle de l'Europe des mesures de protection que le président refuse pour la France, comme la préférence locale en matière de marchés publics ? 

Le scénario idéal pour le gouvernement serait que l'on passe vite du grand débat national au grand débat européen, que le second fasse oublier le premier. Mais ses adversaires ne le laisseront pas faire si facilement.... 

Frédéric Says

Chroniques
8H19
37 min
L'Invité(e) des Matins
Emmanuel Demarcy-Mota : "Le Portugal a réussi l'équilibre politique entre la gauche et la droite pour sortir de la crise, redonner confiance au peuple et éviter le populisme"
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......