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Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a, comme EELV et les députés France Insoumise, signé un appel à une marche pour "dire stop à l'islamophobie" ce dimanche.

Marche contre l'islamophobie : la gauche divisée

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Plusieurs signataires d'un texte appelant à une manifestation ce dimanche ont décidé de se retirer. D'autres responsables politiques en contestent les termes.

Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a, comme EELV et les députés France Insoumise, signé un appel à une marche pour "dire stop à l'islamophobie" ce dimanche.
Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) a, comme EELV et les députés France Insoumise, signé un appel à une marche pour "dire stop à l'islamophobie" ce dimanche. Crédits : Sébastien Bozon - AFP

C'est une marche prévue ce dimanche à Paris pour protester contre "l'islamophobie (...) et la stigmatisation grandissante" envers les musulmans. L'appel à manifester a été signé par de nombreuses personnalités politiques issues de la gauche. Mais plusieurs d'entre elles ont choisi de prendre leurs distances ces derniers jours. On peut distinguer trois raisons principales : 

D'abord, il y a toujours une controverse autour du terme d'islamophobie : recouvre-t-il la haine à l'égard des musulmans ou la critique d'une religion ? Ce n'est pas nouveau, ce mot est loin de faire l'unanimité, y compris à gauche. 

Certains, au sein de la France insoumise le jugent ambigu, comme Adrien Quatennens, qui ne viendra pas à la marche de dimanche, pour "raison personnelles". En 2015, Jean-Luc Mélenchon contestait ce mot (addendum : dans un post de blog il assume toutefois sa signature, au nom du "texte réel et du contexte cruel"). François Ruffin n'est pas plus emballé. Même s'il a donné son accord pour signer l'appel - avec tous les députés insoumis - il ne s'est pas plongé dans le détail du texte : 

"[Au moment de la signature], j'étais à Bruxelles en train de manger des frites et des gaufres avec mes enfants, donc... c'est pas mon truc. Je n'irai pas dimanche [à la marche], je joue au foot." (Interview à France Inter, avec Nicolas Demorand et Léa Salamé)

Autre point de friction : parmi les signataires finaux du texte, figurent des prédicateurs qui avaient tout bonnement justifié le viol conjugal ou affirmé la supériorité de l'homme sur la femme. (L'un des prédicateurs a affirmé regretter ces propos tenus en 2015 et ne figure plus parmi les soutiens publics à la marche). Apprenant cela, la militante féministe Caroline de Haas a demandé à être retirée de la liste des signataires - elle maintient pour autant sa participation à la manifestation. D'autres signataires politiques, syndicaux ou universitaires (Benoît Hamon, le NPA, Philippe Martinez, Eric Fassin...) n'ont pas encore réagi.

Troisième aspect problématique à gauche : cet appel, initié entre autres par le controversé Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) et par Madjid Messaoudene, élu municipal de Saint-Denis, dénonce l'existence de "lois liberticides" qui visent les musulmans. Allusion à la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école et à celle de 2010 contre le voile intégral dans l'espace public. 

Est-ce à dire que les personnalités de gauche qui ont signé cet appel s'opposent à ces deux lois ? 

Non, explique, embarrassé, Yannick Jadot, le patron d'Europe Ecologie - Les Verts, signataire du texte. Il est interrogé par Marc Fauvelle et Renaud Dély sur France Info : 

"- Je ne valide pas l'ensemble du texte parce qu'à un moment donné, il faut lancer une alerte dans l'opinion publique (...).                                      
- (Question) Mais les mots ont un sens, vous le savez Yannick Jadot : "lois liberticides" [contre les musulmans], cela veut dire qu'il y aurait une forme de racisme d'Etat ?
- Moi je n'ai jamais considéré qu'il y avait un racisme d'Etat dans notre pays...                                      
- (Question) Vous l'aviez lu ce texte attentivement, avant de le signer ?
- Je l'ai lu... Il a très mal circulé ce texte, il faut le dire, de la façon dont il a été organisé, il a très mal circulé". 

Confusion, flou ? "On nous a dit que c'était la Ligue des droits de l'Homme qui en était à l'origine', assurent plusieurs responsables de la gauche, dont Alexis Corbière (LFI). 

Un manque de clarté que confirme un responsable associatif. Samuel Grzybowski, de l'association Coexister, qui a paraphé l'appel se dit "manipulé" par les initiateurs de la manifestation : 

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Il explique qu'il n'a jamais eu accès au texte définitif ni à la liste des signataires. Il ajoute qu'il n'aurait "jamais signé" un appel au côté du CCIF.

Dans toute cette confusion à gauche, il faut signaler la prise de position très claire du Parti socialiste... 

Le PS, historiquement habitué aux "synthèses molles", s'est fendu d'un communiqué limpide, annonçant qu'il ne participerait à la manifestation de ce dimanche. "Nous ne voulons pas nous associer à certains des initiateurs de l’appel", est-il écrit dans cette résolution adoptée par le bureau politique du parti. "Nous ne nous reconnaissons pas dans ses mots d’ordre qui présentent les lois laïques en vigueur comme «liberticides»".

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Le PS appelle à "se dresser" contre la haine à l'encontre des musulmans, mais le parti n'utilise pas le terme "islamophobie". 

C'est un débat extrêmement intéressant. Il porte en lui des questions de sémantique, bien sûr.

Mais aussi de vraies interrogations politiques : avec qui faut-il s'allier ? Les ennemis de mes ennemis sont-ils pour autant mes amis ? Questions éternelles, propres en réalité à toute mobilisation politique. Mais en l'espèce, l'on sent un clivage qui se renforce, qui travaille les forces de gauche.

Bien sûr, il y a toujours eu des différences, des points de conflit - pensez par exemple au positionnement vis-à-vis de l'Union soviétique dans les années 60-70.

Mais il s'agissait plutôt - pas toujours - de clivages entre les formations plutôt qu'intra-partis. 

Peut-être que ces prises de position (et cet embarras) sont le signe d'une recomposition à venir autour de nouveaux clivages ; quand la lutte contre le capitalisme et ses excès ne suffit manifestement pas à cimenter les forces de gauche.

Frédéric Says

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