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Manifestation contre la réforme des retraites à Paris le 3 février 2020

L'infaisable réforme des retraites

5 min
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Emmanuel Macron pourrait encore une fois différer la mise en œuvre de la réforme des retraites après en avoir relancer l'idée. Depuis le début du quinquennat, cette réforme se dérobe à la volonté du président. A chaque fois qu'il rouvre le dossier, il est contraint de l'abandonner.

Manifestation contre la réforme des retraites à Paris le 3 février 2020
Manifestation contre la réforme des retraites à Paris le 3 février 2020 Crédits : Christophe ARCHAMBAULT - AFP

Finalement, il ne serait pas si urgent que ça de relancer la réforme des retraites. C’est le message que distillent depuis deux jours l’entourage d’Emmanuel Macron. Le président a vu les syndicats mardi. Il aurait manifestement compris que remettre l’ouvrage sur le métier s’avèrerait difficile et se serait laisser convaincre qu’il convient désormais de temporiser.

Et puis le variant Delta a changé la donne. Ce virus mutant, repéré initialement en Inde, se répand comme une trainée de poudre dans toute l’Europe. Il représente aujourd’hui 40% des contaminations en France et fait craindre une quatrième vague épidémique, peut-être à brève échéance.

Le chef de l’Etat réunira donc un conseil de défense sanitaire exceptionnel, lundi, pour décider de nouvelles mesures. On parle notamment  de l’obligation pour les soignants de se faire vacciner. Suite à cela, il fera comme promis des annonces sur les chantiers prioritaires qu’il entend mettre en œuvre d’ici la fin du quinquennat. Ce sera avant le 14 juillet, avant mercredi prochain, et la question des retraites fera partie des sujets qu’il devrait évoquer.

Parce qu’Emmanuel Macron a lui-même, encore une fois, relancer cette idée. Le 3 juin, à l’occasion d’un déplacement dans le Lot, il avait déclaré ceci : la réforme des retraites "ne pourra pas être reprise en l’état", relançant les spéculations et les rumeurs de toutes sortes. Ses conseillers avaient très vite confirmé qu’effectivement, le président avait ressorti le dossier.

Le spectre de la réforme paramétrique, celle dont Emmanuel Macron ne voulait pas

On ne savait pas bien, jusqu’à il y a quelques jours, la forme que pouvait prendre cette réforme. Seule certitude, on n’avait plus le temps de mener à bien la grande réforme systémique qui devait mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Des informations ont commencé à fuiter fin juin, évoquant un possible relèvement de l’âge de départ en retraite. 

On parlait donc de la réforme paramétrique, celle qui permet d’équilibrer les comptes et dont Emmanuel Macron ne voulait pas à l’origine. Il l’avait dit pendant la campagne, en 2017, et l’avait répété deux ans plus tard le 25 avril 2019, lors de la conférence de presse donnée en clôture du grand débat, à l’issue de la crise des gilets jaunes :

Est-ce qu'il faut reculer l'âge légal qui est aujourd'hui à 62 ans ? Je ne crois pas pour deux raisons. La première, c'est que je me suis engagé à ne pas le faire. Et je pense que c'est quand même mieux, sur un sujet aussi important, de faire ce qu'on a dit. Et puis la deuxième raison, c'est que tant qu'on n'a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement ce serait assez hypocrite de décaler l'âge légal. Quand aujourd'hui, on est peu qualifié, quand on vit dans une région qui est en difficulté industrielle, quand on est soi-même en difficulté et qu'on a une carrière fracturée, bon courage, déjà, pour arriver à 62 ans. C'est ça la réalité de notre pays.

Mais la réalité du pays, c'est aussi la réalité comptable du système des retraites : un budget de 338 milliards d’euros par an, en déficit de 18 milliards d’euros en 2020, avec un retour à l’équilibre des comptes inenvisageable avant 2035 selon les calculs du Conseil d’Orientation des Retraites.

Alors avant la grande réforme systémique, pourquoi pas une petite réforme paramétrique... La semaine dernière, deux conseillers du président confirmaient qu’on en prenait le chemin : "effectivement, je crois bien qu’on y va", disait l’un. "Les français nous en voudraient de ne pas la faire", abondait l’autre. Une semaine plus tard, les récriminations unanimes des syndicats et la nouvelle menace épidémique semblent, encore une fois, contraindre le président à reporter ses espoirs de mettre en œuvre l’une de ses principales promesses de campagne.

La "mère des réformes" se dérobe obstinément

Les retraites, c’était la réforme phare du programme d’Emmanuel Macron. Il voulait tout remettre à plat et mettre tout le monde à égalité. Et il savait pour ça pouvoir compter sur la CFDT, favorable depuis longtemps au système de retraite par points. Cette réforme, c'était le point de convergence de tout son programme, la réforme autour de laquelle toutes les autres devaient s'agencer.

Seulement, rien ne s’est passé comme prévu. Alors qu’en 2017 et 2018, Jean-Paul Delevoye mène les consultations et pilote la mise en œuvre de la grande réforme incarnant l'ambition réformatrice d’Emmanuel Macron survient la crise des gilets jaunes. Plus question de réforme. Plus question des retraites. Il faut éteindre l’incendie. Ce sera le grand débat, jusqu’au printemps 2019.

Ensuite, le président relance son projet. Les consultations reprennent. On arrive à l’automne 2019. En plus de la réforme systémique, Emmanuel Macron se laisse convaincre par son Premier ministre, Edouard Philippe, d’y ajouter une réforme paramétrique. C'est le fameux âge pivot à 64 ans. Et ça va déclencher une très forte contestation syndicale, générer une réticence au sein de la majorité, et contraindre l’exécutif à faire voter le texte en première lecture à l’Assemblée, début mars 2020, par le biais du 49.3.

Et puis la crise sanitaire va tout chambouler et reporter sine die la grande ambition du président. Il a bien essayé de relancer son idée à l’été 2020, à l’issue du premier confinement. Puis à l’automne 2020. Mais la deuxième vague épidémique a encore une fois tout balayé.

Et on en est là. Avec une réforme qui a l’art de se dérober inlassablement à sa mise en œuvre. On verra bien ce qu’annoncera Emmanuel Macron la semaine prochaine mais manifestement l'heure ne serait pas au re déballage du projet. Et à mesure qu’approche la fin du quinquennat, il apparaît de plus en plus inéluctable qu’elle ne se fera pas.

Un peu comme quelques années auparavant, la courbe du chômage de François Hollande qui obstinément, comme si elle était mue par une volonté propre, refusait de s’inverser. Et c’est sans doute l'une des raisons pour lesquelles l’actuel chef de l’Etat s’évertue à tenter de mettre en œuvre cette réforme des retraites. Parce que s’il ne la fait pas, si ça n’aboutit pas, il sait que, comme à son prédécesseur, on le lui reprochera.

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