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Le Premier ministre Jean Castex et le président de l'association des régions de France, Renaud Muselier (à gauche) ont signé un accord de partenariat pour le plan de relance, le 28 septembre dernier.

Quand le millefeuille fait bloc

4 min
À retrouver dans l'émission

Les collectivités locales et l'Etat doivent travailler ensemble au Plan de relance. Mais qui va en retirer les bénéfices politiques ?

Le Premier ministre Jean Castex et le président de l'association des régions de France, Renaud Muselier (à gauche) ont signé un accord de partenariat pour le plan de relance, le 28 septembre dernier.
Le Premier ministre Jean Castex et le président de l'association des régions de France, Renaud Muselier (à gauche) ont signé un accord de partenariat pour le plan de relance, le 28 septembre dernier. Crédits : Alain Jocard - AFP

« La nation a fait bloc » s'est félicité Emmanuel Macron hier soir, dans la vallée de la Roya, après les inondations meurtrières. Au moment de cette prise de parole, le président était entouré des élus locaux, maires, président du conseil départemental, du conseil régional, bref, toutes ces couches de collectivités que les esprits chagrins ont parfois appelé le « millefeuille territorial ». Le millefeuille a fait bloc.

A la fin de son discours, Emmanuel Macron, en remerciant ces élus qui l'entouraient de près, a utilisé une autre métaphore, une métaphore de rugby : "C'est un pack !" [extrait sonore]

Un pack, comme au rugby où tout le monde pousse ensemble dans la mêlée.  

L'exécutif avait usé de la même image pour évoquer le plan de relance, où l'état et les collectivités sont doivent unir leurs efforts dans la même direction.  

Mais il n'est pas exclu que certains des joueurs se tirent dans les pattes.

Manne

Imaginez : avec ce plan de relance, il y a 100 milliards d'euros à distribuer en deux ans (enfin, en réalité un peu moins, il faut enlever les 20 milliards de baisse des impôts sur les entreprises).

Mais 80 milliards à investir, c'est le rêve absolu de tout responsable politique depuis des lustres, après des années de disette, de contrainte liée aux fameux 3% - ces règles budgétaires qui ont sauté depuis la crise sanitaire.  

Dans les rangs du gouvernement, un doute commence à voir le jour...

Un dilemme à propos de ce travail en commun avec les collectivités locales.  

Voici les deux faces de ce dilemme.  

Côté pile, l’État a besoin des communes, des départements, des régions, pour s'assurer que l'argent va bien là où il est prévu, pour suivre l'avancée des travaux, pour agir le plus vite possible.  

Cela afin que le maximum de réalisations visibles soient sorties de terre avant 2022, par exemple la rénovation d'une petite ligne de train, il faut qu'elle soit perceptible par les habitants avant la présidentielle, ce sera autant à revendiquer dans le bilan d'Emmanuel Macron. 

Côté face, maintenant, parmi ces collectivités, se trouvent les régions. Et dans les régions se trouvent les concurrents les plus sérieux, à droite, pour Emmanuel Macron. Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, dans une moindre mesure Laurent Wauquiez, qui sont à la tête des Hauts-de-France, de l’Île de France et d'Auvergne-Rhône-Alpes.  

Or, ces derniers sont en campagne pour les régionales de mars prochain. Comment éviter qu'ils ne s'attribuent les réalisations du plan de relance, financées par l’État ? 

La question peut sembler mesquine, mais la vie politique est aussi faite de cela. Cette semaine, un ministre nous disait, hors micro, sa crainte de voir l’État donner l'essentiel des financements pendant que les élus régionaux en revendiqueraient le mérite. 

Logo

« L’État est nul pour promouvoir ce qu'il fait, regrettait ce ministre, alors que les présidents de région installent partout des panneaux de communication : 'ici, c'est la région qui finance'. Il faut qu'on fasse pareil ! ». 

Voilà pourquoi l'exécutif travaille aussi sur la visibilité de son action. Il a déjà marketé, s'il l'on peut dire, ce plan de relance avec un logo et un nom spécifique : « France Relance ».  

Derrière cette appellation, cette marque, il faut comprendre : "France Relance, et non pas « région relance »".  

Les ministres sont aussi invités à multiplier les déplacements pour marquer le terrain, pour montrer que c'est bien le gouvernement qui est à la manœuvre et ne pas en laisser le bénéfice à d'autres.  

En politique, cette question, « qui paye quoi », est essentielle...

La politique c'est de l'action, mais aussi de la perception. Il faut faire... et surtout montrer qu'on fait.

C'est le cas, par exemple, quand Donald Trump appose sa propre signature sur les chèques envoyés aux Américains pour faire face à la crise.  

Ou quand Gérald Darmanin, alors ministre du Budget, accompagnait la baisse de la taxe d'habitation d'un courrier signé de sa main.  

L'Europe tente aussi de montrer ses réalisations, vous l'avez vu, avec ces emblèmes aux douze étoiles près des chantiers financés grâce aux subsides de Bruxelles.  

Il en ira de même ces prochains mois : les régions, l’État, l'Europe vont multiplier les panneaux de communication pour vanter leur action. Les panneaux, voilà au moins une industrie que le plan de relance va relancer. Aux citoyens de ne pas y tomber, dans ces panneaux. 

Frédéric Says

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