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Emmanuel Macron à l'ONU le 25 septembre 2018

L'hyper-président

4 min
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Emmanuel Macron met pleinement la main sur la machine d'Etat qu'est Matignon en y plaçant des hommes en qui il a toute confiance. Le président donne ainsi l'impression d'avoir également endossé le costume de Premier ministre.

Emmanuel Macron à l'ONU le 25 septembre 2018
Emmanuel Macron à l'ONU le 25 septembre 2018 Crédits : Thimoty A. Clary - AFP

Le nouveau Premier ministre, Jean Castex, se rengorge, quand, après avoir lui-même affirmé qu’il n’est pas à Matignon "pour prendre la lumière", on lui demande si ça signifie qu’il est un "collaborateur" du président de la République. 

Le terme n’est pas neutre. Il fait référence au qualificatif méprisant qu’avait employé Nicolas Sarkozy pour désigner son Premier ministre qu’il tenait en peu d’estime, François Fillon. 

Alors évidemment, Jean Castex s’offusque de la question posée par nos confrères du Journal du Dimanche. Et il répond tout de go : "vous verrez que ma personnalité n’est pas soluble dans le terme de collaborateur". 

Et pour tenter de gommer cette image peu flatteuse qui commence à lui coller au costume, il se démultiplie. Il va voir Gérard Larcher au Sénat, Richard Ferrand à l’Assemblée Nationale, Patrick Bernasconi au Conseil Economique et Social. Il invite les parlementaires de la majorité à Matignon, accompagne Eric Dupond Moretti à l’occasion d’un déplacement à Bobigny. Bref, il offre l’image d’un chef du gouvernement hyper actif qui ne se dérobe pas à la tâche et endosse pleinement sa charge.  

Pourtant, il faut bien qu’il en rabatte. Ce n’est pas lui qui décide.  Il a sans doute cru durant quelques heures après sa nomination, qu’il avait une marge de manœuvre, une certaine autonomie, notamment quand, invité vendredi du journal de 20 heures sur TF1, il déclarait ceci : 

((8H15 Billet Hyper-président))  

Il a prononcé ces mots vendredi, donc. A ce moment-là, ce qu’il indique comme étant "le milieu de la semaine prochaine", c’était hier, mercredi. Or, hier mercredi, nous avons appris que Jean Castex prononcera son discours de politique générale le 15 juillet, c’est-à-dire après la prise de parole du président de la République prévue la veille, le 14. 

Le nouveau Premier ministre a beau être pressé, il lui faut apprendre à marcher au pas et entendre que c’est Emmanuel Macron, depuis l’Elysée, qui donne le LA. 

L'ombre de Nicolas Sarkozy derrière Emmanuel Macron est un trompe-l’œil

Il s’est beaucoup dit que derrière la nomination de Jean Castex à Matignon, il y avait la patte de Nicolas Sarkozy. Etant donné que le nouveau Premier ministre fût, il y a dix ans, le secrétaire général adjoint de l’ancien président à l’Elysée. 

Il semble que ce ne soit pas le cas. Quand Nicolas Sarkozy a été consulté par Emmanuel Macron, le 9 mai dernier, nous apprenait hier le Canard Enchainé, ce n’est pas le nom de Jean Castex qu’il a soufflé. Il lui a conseillé de nommer Premier ministre son secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, ce qui devait permettre au chef de l’Etat d’occuper à la fois les deux postes, président et Premier ministre.  

Et d’acter ainsi ce qui est devenu la logique institutionnelle depuis l’instauration du quinquennat, le fait qu’il n’y a plus besoin de Premier ministre, le fait que c’est le président qui est le véritable chef du gouvernement. 

Emmanuel Macron n’a pas complètement suivi les conseils de Nicolas Sarkozy mais c’est tout comme. En nommant un haut fonctionnaire sans envergure politique, il a placé quelqu’un sur qui il aura pleinement la main. 

Et c’est d’autant plus vrai qu’il lui a imposé son directeur de cabinet, un très proche du président, Nicolas Revel. Il était son binôme au secrétariat général de l’Elysée sous François Hollande.  En plaçant un homme de confiance à ce poste stratégique, Emmanuel Macron met véritablement la main sur l’appareil d’Etat et la conduite des affaires publiques. 

Le président ne s’est pas seulement contenté de noyauter Matignon

Il a aussi placé des hommes à lui au ministère de l’intérieur, place Beauvau, où il se méfie de l’ambitieux Gérald Darmanin. Le nouveau ministre se voit lesté d’un directeur de cabinet adjoint qui vient tout droit de l’Elysée, François-Xavier Lauch, où il était jusqu’ici chef de cabinet. 

Par ailleurs, Emmanuel Macron a politiquement marié le jeune Darmanin avec Marlène Schiappa nommée ministre déléguée à la citoyenneté auprès du ministre de l’intérieur. Elle sera plus vraisemblablement les yeux et les oreilles de président de la République, place Beauvau. 

Enfin, un autre conseiller présidentiel est placé auprès de l’ombrageux et turbulent ministre de la justice, Eric Dupont Moretti. Il s’agit de Jean Gaborit qui s’occupait jusqu’ici de la vie privée du chef de l’Etat et en qui il a manifestement toute confiance. 

A travers ce déploiement tentaculaire, Emmanuel Macron montre encore une fois qu’il entend tout entendre, tout voir, tout savoir. C’est d’ailleurs une constante depuis son élection en 2017. 

A l’image de Nicolas Sarkozy en son temps, il est un hyper-président qui concentre tous les pouvoirs et s’affirme comme le seul et véritable chef de l’exécutif. Et c’est en ayant pleinement la main sur la machine Etatique et sur la mise en œuvre de ce qu’il décidera qu’il entend préparer l’échéance de 2022. 

Ce faisant, il décide aussi qu'il rendra compte de tout, que ce qu'il présentera aux français en 2022 sera pleinement son bilan.

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