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Angela Merkel est citée parmi les modèles en communication politique, à l'occasion de la crise sanitaire.

Comment la politique s’adapte à notre déficit d’attention

4 min
À retrouver dans l'émission

La crise sanitaire a changé la manière dont les responsables politiques communiquent.

Angela Merkel est citée parmi les modèles en communication politique, à l'occasion de la crise sanitaire.
Angela Merkel est citée parmi les modèles en communication politique, à l'occasion de la crise sanitaire. Crédits : Tobias Schwarz - AFP

La présence ce matin de notre invité Alastair Campbell (spécialiste de la communication politique, ex-conseiller de Tony Blair) nous donne l’occasion de nous interroger sur ce sujet : 

avec la crise sanitaire, qu’est-ce qui a changé dans la manière dont les responsables politiques s’adressent à nous ? 

La parole publique doit faire face à un paradoxe, en ces temps troublés : la population est à la fois avide d’informations, de consignes... mais en même temps, sceptique voire méfiant à leur égard. 

D’où les énormes scores d’audience réalisés par les allocutions d’Emmanuel Macron - entre 30 et 37 millions de téléspectateurs. 37 millions pour l’allocution du déconfinement à la mi-avril. Aucune émission n’atteint ces niveaux (sauf peut-être les Matins de France Culture les bons jours, quand vous êtes en forme Guillaume). 

Les audiences télévisées du chef de l’Etat à 20 heures marquent en fait la prégnance des codes de la Vème république. En temps de crise, nous nous tournons vers la clé de voûte des institutions. Le président s’exprime, de manière très descendante et solennelle, pour endosser seul les grandes décisions.

Mais il faut noter que ce format, à l’occasion de la crise sanitaire, a été légèrement revu. 

Les allocutions présidentielles, face caméra, sont désormais accompagnées à l’écran par des graphiques, des résumés écrits des annonces. 

Bien sûr, c’est cohérent avec ce type de discours sanitaire, qui nécessite des termes techniques et des calendriers précis (à quelle date les commerces pourront rouvrir, etc.)

"Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement", professait Boileau, "ce qui se lit se retient encore mieux", pourraient ajouter les communicants de l’Elysée. 

Et cette innovation n’est pas aussi anodine qu’elle en a l’air....

Avec la présence de graphiques pendant le discours du chef de l’Etat, le politique semble prendre acte de notre faible capacité de concentration individuelle.

Nous vivons avec un smartphone à côté de la main, une tablette pas loin, et une télé où défilent des bandeaux d’information continue. Dès lors, vingt minutes en plan fixe sur une personne qui parle derrière un bureau, c’est devenu beaucoup trop. 

Trouble de l’attention, en France comme ailleurs. C’est la “Civilisation du poisson rouge”, comme l’a joliment appelée Bruno Patino dans son livre éponyme. 

Résultat symbolique à l’écran : fini le temps où le magistère d’un président remplissait, écrasait toute l’image. Changement d’époque. Désormais, un chef d’Etat doit accepter de partager la place avec une infographie. 

Mais en dehors de ces grand-messes présidentielles, il est difficile à la parole politique d’être entendue…

D'abord pour les ministres... car les tâtonnements, les contradictions, les revirements du début de la crise sur les masques, par exemple, ont fragilisé la parole publique. 

La masse d’informations émise en permanence dilue leurs messages. 

Certains tentent de toucher le public en dehors des canaux traditionnels. Par exemple, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal répond aux questions sur Instagram. Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la citoyenneté a elle ouvert un compte sur TikTok, ce réseau social très populaire auprès des ados. 

Communication difficile pour le gouvernement, donc, mais difficile aussi pour l’opposition. Celle-ci est débordée dans son travail de contestation par des figures non politiques. 

Parmi les voix critiques, celle d’un Didier Raoult a bien plus porté que celle d’un Christian Jacob ou d’un Yannick Jadot. 

Par ailleurs, face à une épidémie qui a pris tout le monde de court, les principaux partis d’opposition peinent à convaincre qu’ils auraient forcément bien mieux géré la situation s’ils avaient été au pouvoir. 

Face aux incertitudes et aux ratés, la parole politique sûre d’elle-même et surplombante se dévalorise. 

L’émotion et l’humilité sont des valeurs en hausse. Hier, c’est une Angela Merkel la gorge serrée, visiblement émue, qui s’est adressée à ses compatriotes pour les conjurer de respecter les gestes-barrières. 

Dans le grand brouhaha politico-médiatique, dans la grande défiance publique, il est moins simple que jamais de faire passer des messages essentiels. 

Comme le disait un communicant : “lorsqu'un responsable politique en a marre de répéter le même argument ; lorsque les médias en ont marre d’entendre en boucle ce même argument ; alors c’est seulement à ce moment qu’il commence à être entendu par la population, et qu’il faut continuer à le répéter”. 

L’auteur de ce point de vue, c’est Alastair Campbell, notre invité. Cela concernait des temps politiques plus ordinaires. N’est-ce pas encore plus vrai en temps de crise sanitaire ?

Frédéric Says

Chroniques
8H19
45 min
L'Invité(e) des Matins
Brexit, épidémie, populisme… dépasser les crises avec Alastair Campbell
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