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Jean-Luc Mélenchon veut susciter une "fédération populaire", au-delà de la France insoumise, dans l'optique de 2022.

En politique aussi, le "jour du dépassement"

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Le mot de "dépassement" est à la mode au sein des mouvements politiques. Il s'agit de fédérer au-delà des structures partisanes. Mais comment "dépasser", dans une société qui doute de la politique ?

Jean-Luc Mélenchon veut susciter une "fédération populaire", au-delà de la France insoumise, dans l'optique de 2022.
Jean-Luc Mélenchon veut susciter une "fédération populaire", au-delà de la France insoumise, dans l'optique de 2022. Crédits : Philippe Desmazes - AFP

On connaît ce concept de "jour du dépassement", dans le domaine écologique : c'est le jour de l'année où nous avons pris à la planète plus de ressources que ce qu'elle peut nous donner annuellement. 

Mais dans la vie des partis politiques, le "jour du dépassement"... c'est tous les jours, ces temps-ci. Dans un autre sens, bien sûr. Ce mot "dépassement" est utilisé, rabâché, usé jusqu'à la corde, pour signifier que les mouvements politiques doivent s'élargir, doivent dépasser leur actuelle structure. 

C'est l'idée que défend Jean-Luc Mélenchon, dans une interview à l'Obs. Dans l'optique de la prochaine présidentielle, il veut "dépasser" la France insoumise, son mouvement, au profit d'une "fédération populaire". Une fédération qui rassemblerait plusieurs partis, syndicats et associations, pour peser dès le premier tour. 

Le mot de "dépassement" irrigue aussi le discours des marcheurs. A la une du Journal du dimanche cette semaine, la nouvelle "coalition" que veut mettre en place Emmanuel Macron. Là encore, il s'agit de dépasser La République en Marche, pour coaliser dans un plus vaste ensemble les différents partis alliés et satellites, comme le Modem, Agir et quelques autres. Bref, s'étendre pour accroître son influence. 

Que traduit cette volonté de "dépassement" dans les partis politiques ? 

Elle répond d'abord à une évidence : les formations politiques se vident de leurs militants ; les élections se vident de leurs électeurs. Les partis doivent donc s'ouvrir et se régénérer, ils doivent se transformer pour attirer davantage de citoyens dans la grande fabrique démocratique. 

Mais il y a aussi une sorte de fuite en avant avec ce concept de dépassement. Car si l'on y réfléchit bien, La France insoumise, c'était déjà le dépassement d'un parti, en l'occurrence le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. 

Même chose, en réalité, pour La République en Marche, le mouvement fondé par Emmanuel Macron se voulait déjà un dépassement du centre-gauche et du centre-droit. 

LREM et la France insoumise : ce n'est pas un hasard si ces deux mouvements sont concernés. 

Tous les deux ont fait le pari de rompre avec la forme traditionnelle des partis. Ils recrutent leurs militants en ligne, sans cotisation. Une "adhésion sans engagement", dirait-on dans les prospectus publicitaires. D'un clic. Même s’il y existe des noyaux durs très investis. 

Ce qui crée des mouvements "gazeux". Avec ce noyau dur, et un halo de sympathisants autour. 

Résultat : ces mouvements gazeux doivent régulièrement paraître se réinventer pour rester attractifs. C'est comme un magasin qui change d'enseigne pour redynamiser ses ventes. 

Mais cet appel au dépassement ne va pas sans poser de problème. Car les autres partis ne veulent pas forcément être "dépassés", être associés, être fédérés. Un exemple à gauche : Europe Ecologie-Les Verts ne veut pas entendre parler de cette fédération populaire. Ce qui suscite la colère des proches de Jean-Luc Mélenchon, par exemple Alexis Corbière, cette semaine sur France Info :

"À l'heure actuelle, on discute avec des gens, on a le sentiment - je pense notamment à Europe Ecologie-Les Verts - que c'est derrière eux ou rien. Moi, je leur propose un nouveau nom : Europe Hégémonie-Les Verts."

Les partis politiques ont rarement été aussi impopulaires. Le dépassement vise aussi cela : s'adjoindre des ONG, des associations, qui elles, sont relativement respectées, populaires. On peut penser à Greenpeace, à Alternatiba et bien d'autres. 

Le problème, c'est que ces organisations n'ont pas grand intérêt à se mettre dans la roue d'un parti politique. Elles s'en méfient, d'ailleurs.

Voilà pourquoi la route du dépassement n'est pas une promenade de santé. Comme toutes les idées à la mode, le dépassement sera bientôt... dépassé.

Frédéric Says

Chroniques

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