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La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a qualifié d'"attelage baroque" la démarche de 248 parlementaires contre la mise en vente d'Aéroports de Paris.

Référendum contre la privatisation d'ADP : le gouvernement dénonce une "alliance de circonstances"

3 min
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248 parlementaires, issus du Parti socialiste, du Parti communiste, de la droite et des centristes, s'allient contre le projet de l'exécutif.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a qualifié d'"attelage baroque" la démarche de 248 parlementaires contre la mise en vente d'Aéroports de Paris.
La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a qualifié d'"attelage baroque" la démarche de 248 parlementaires contre la mise en vente d'Aéroports de Paris. Crédits : Bertrand Guay - AFP

Ils sont communistes, de droite, socialistes, centristes, insoumis. 248 parlementaires de couleurs politiques diverses ont signé une procédure pour enclencher un référendum sur la privatisation d'Aéroports de Paris (ADP). 

Une alliance qui a suscité la colère du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, hier après-midi à l'Assemblée nationale :

Il s'agit d'un « attelage baroque », a complété la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. 

L'on voit ici la riposte choisie par l'Exécutif : non plus se justifier sur cette mise en vente d'Aéroports de Paris, mais dénoncer l'alliance hétéroclite qui la conteste. 

Le gouvernement a raison d'ironiser sur les ennemis d'hier qui se tombent dans les bras aujourd'hui. Cette coalition du "non", par définition, n'est d'accord sur rien. « Nous sommes contre les privatisations en général », expliquait hier un député communiste. Quelques instants plus tard, l'un de ses collègues du parti Les Républicains affirmait qu'il était hors « de question de s'opposer par principe aux privatisations ». 

On pourrait aussi noter l'hypocrisie du Parti socialiste et de Les Républicains, qui hier au pouvoir ont privatisé tant et plus : Air France, France Télécom pour les premiers (sous Lionel Jospin). Les autoroutes, Saint-Gobain ou la BNP pour les seconds (dans les gouvernements Chirac, Balladur et Villepin). 

On pourrait par ailleurs s'interroger sur le silence détonant de François Bayrou, lui qui n'eut de cesse de dénoncer le scandale de la vente des autoroutes. Et plus largement sur la discrétion des membres du Modem, comme la ministre Jacqueline Gourault, qui a fait le service minimum hier sur RTL au micro d'Elizabeth Martichoux : 

« Je suis solidaire du gouvernement, bien sûr pour cette décision ». C'est la version polie de la maxime chère à Jean-Pierre Chevènement « un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

Cela dit, il y a deux arguments qui peuvent être opposés à l'Exécutif quand il dénonce le mariage de la carpe communiste et du lapin républicain.

Premier argument : toutes les grandes décisions politiques correspondent à des coalitions d'intérêts hétérogènes. Le "non" au référendum de 2005 prend sa source dans l'anticapitalisme de gauche, mais aussi dans le souverainisme de droite. 

En 1954, quand la France rejette le projet de Défense européenne (CED), c'est sous l'influence conjuguée des communistes et des gaullistes. 

Il n'y a donc pas grand chose d'étonnant à ce que les oppositions s'opposent, à ce que des coalitions d'idées se fassent et se défassent. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois du quinquennat. Que l'on pense, par exemple, à la réforme institutionnelle. 

Mais c'est aussi la singularité politique de la République en Marche qui crée de telles alliances contre-intuitives. En se présentant comme la force du « Et en même temps », centrale, comme l'incarnation d'un monde politique régénéré, le mouvement majoritaire ne pouvait qu'être pris entre des feux croisés, à sa droite et à sa gauche. 

Les stratèges de la République en Marche voulaient dépasser les clivages : ils y sont parvenus, à leur détriment.

Frédéric Says

Chroniques

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