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Le député de l'Isère, Didier Migaud, montre un graphique à l'Assemblée Nationale - 5 octobre 2005

Quel est le coût politique d'une réforme ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Le coût politique d'une décision ou d'une réforme n'a rien à voir avec son coût comptable. Mathématiques et politique ne font pas nécessairement bon ménage.

Le député de l'Isère, Didier Migaud, montre un graphique à l'Assemblée Nationale - 5 octobre 2005
Le député de l'Isère, Didier Migaud, montre un graphique à l'Assemblée Nationale - 5 octobre 2005 Crédits : Jean-Pierre Muller - AFP

Sur le plan comptable, la suppression de la taxe d'habitation, on sait combien ça va coûter : environ 20 milliards d'euros pour la supprimer complètement sur 5 ans.  20 milliards que l’État va devoir reverser aux municipalités afin de compenser ce qu'elles ne percevront plus directement.  

Maintenant, combien coûte-t-elle sur le plan politique ? Ou combien rapporte-t-elle ? autrement dit, quel est son prix politique ? Cela, non seulement c'est beaucoup plus difficile à évaluer, mais en plus, c'est à géométrie variable.  

En janvier dernier, dans le tableau des "recettes et des dépenses politiques" de la majorité, le ministre des comptes publics avait placé la hausse de la CSG dans le tableau des dépenses. Forcément, il y avait un coût en matière de popularité.  Mais en compensation, dans le tableau des recettes, il avait placé la suppression à venir de la taxe d'habitation.  

"D'accord on prend d'un côté mais on va redonner de l'autre", disait-il alors Gérald Darmanin :  

La taxe d'habitation pour les Français (va baisser). Et je vous donne rendez-vous en octobre

Rendez-vous en octobre ? Nous y sommes !  Et la difficulté est que ça ne va pas se passer tout à fait comme ça pour tous les français.  Un certain nombre d'entre eux ont constaté, au moment de payer leur taxe d'habitation, qu'elle avait non pas diminuer d'un tiers, comme promis, mais au contraire augmenter, parfois même de quelques centaines d'euros.  

Et ça, c'est dû au fait qu'un certain nombre de maires, qui ont encore la main sur cette taxe, ont décidé d'augmenter le taux de prélèvement.  C'est le cas dans 6000 communes environ sur les 36 000 que comptent le pays et cette hausse correspond parfois à un montant plus élevé que la baisse de 30% appliquée par l’État...   

Le résultat, c'est qu'il y aura bien une diminution pour les Français qui vivent dans les 30 000 communes où le taux reste inchangé.  Mais pour les autres, la facture grimpe alors qu'on avait promis qu'elle allait baissé.  Le bénéfice politique pour l'exécutif sera donc moins important qu'escompté.  D'autant que les chaînes d'information en continu ont déjà commencé à se jeter sur cette affaire.  

En politique, 1 1 = rarement 2  

1 1, peut faire 4, mais cela peut faire aussi - 5 selon les circonstances.  

Prenez par exemple la réforme de la SNCF.  Sur le plan comptable, elle a coûté assez chère, entre 40 et 50 milliards d'euros pour le rachat de la dette, qu'il va falloir intégrés au déficit budgétaire des années à venir.  En revanche, sur le plan politique, Emmanuel Macron et son gouvernement ont enregistré un bénéfice difficilement quantifiable mais réel.  Elle a montré que le gouvernement tenait bon malgré les difficultés et qu'il faisait ce qu'il avait dit qu'il ferait.  

Autre exemple : les 80 km/h. En juin dernier, le Premier ministre Édouard Philippe anticipait un coût politique potentiellement élevé :  

Toutes les mesures prises en matière d'insécurité routière ont été impopulaires. Je le fais. J'assume mes responsabilités. Et on verra les résultats  

Les 80 km/h, c'est, nous disent les différentes enquêtes d'opinion, l'une des mesures les plus impopulaires prises par ce gouvernement.  Or Édouard Philippe, aujourd'hui, lui qui a complètement porté cette décision, ne semble pas en payer le prix politique.  Au contraire, il apparaît comme celui qui résiste à la tempête et enregistre une hausse des bonnes opinions auprès des français, à 53% selon une récente enquête de l'institut IFOP.  

C'est donc à géométrie variable et ça peut' être assez imprévisible.  

Vous vous souvenez de l'affaire Leonarda en octobre 2013. Ce n'est pas une mesure, c'est une décision qui a été prise par François Hollande :  

Leonarda, si elle en fait la demande, compte tenu des circonstances et qu'elle veut poursuivre sa scolarité en France, un accueil lui sera réservé. Et à elle seule  

La décision pouvait paraître anodine. Elle avait entrainé, à l'époque, une chute de popularité du chef de l'Etat de six points en quelques jours.  

Il y a aussi les décisions qu'on ne prend pas étant donné le prix politique à payer quand on considère qu'il est trop élevé.  Exemple avec l'écotaxe poids lourd, abandonnée en octobre 2014, à cause des "Bonnets Rouges".  Ou encore avec Alain Juppé, en 1996, quand il était question de vendre Thomson au groupe coréen Daewoo :  

Thomson Multimédias, je le répète, ça vaut un franc symbolique après capitalisation

Finalement Juppé avait alors reculé.  Car si comptablement Thomson ne valait qu'un franc symbolique, sur le plan politique, le prix était beaucoup plus élevé.  

Vous voyez donc que Mathématiques et Politique, quoiqu'en dise le député Cédric Villani, ne font pas nécessairement bon ménage.  

Parce que l'action politique, c'est un peu comme le prix du pétrole, ça monte et ça baisse tout le temps.  En fait, quand vous êtes élu président, c'est comme si vous faisiez le plein de carburant pour 5 ans.  Et il vous faut gérer ce capital sur la durée. Ce n'est pas simple selon que vous êtes dans une descente, dans une côte ou dans un faux plat.   Et si vous faites une petite pointe de vitesse, attention, ça peut coûter très cher. A cause de l'essence mais aussi à cause de l'amende qui vous attend au tournant.  

Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont beau répété au fil des mois : "j'assume", pour signifier qu'ils prennent en compte le coût politique de ce qu'il décide.  La facture leur sera présentée dans 4 ans. On fera les comptes à la fin du quinquennat.

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