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Comme ici Anne Hidalgo à Paris, de nombreuses listes ont choisi d'escamoter le logo des partis politiques sur leurs affiches.

Municipales : la grande confusion

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Flou politique et tensions récurrentes, la "démocratie apaisée" est loin...

Comme ici Anne Hidalgo à Paris, de nombreuses listes ont choisi d'escamoter le logo des partis politiques sur leurs affiches.
Comme ici Anne Hidalgo à Paris, de nombreuses listes ont choisi d'escamoter le logo des partis politiques sur leurs affiches. Crédits : Martin Bureau - AFP

Nous sommes quasiment jour pour jour à un mois du premier tour des municipales et rarement une campagne a paru aussi confuse.  

Confuse d'abord parce qu'il est difficile de comprendre qui est qui.  

Les étiquettes politiques sont souvent masquées, au profit de dénomination génériques, comme « tous pour Marseille », « Reims d'abord » ou « Courbevoie au coeur ».  

Le parti majoritaire, La République en marche, porte une responsabilité certaine. Il soutient ici des maires sortants de droite, là des édiles de gauche ; lesquels n'ont parfois pas leur mot à dire. Au soir du deuxième tour, ils se retrouveront dans les filets du chalutier LREM contre leur gré.  

Mais ce flou dépasse de beaucoup les macronistes. La France insoumise, par exemple, apporte son soutien au cas par cas à des listes dites citoyennes. Cela répond au mot d'ordre du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, « la révolution citoyenne », et c'est aussi fort pratique. Selon les résultats, la France Insoumise pourra revendiquer son "apport décisif" pour les listes qui l'emporteront... et oublier bien vite celles qui seront battues.  

Preuve que plus personne n'a de boussole : l'on voit se multiplier des situations politiques particulièrement ubuesques.  

Dans le Cantal, à Arpajon (6000 habitants), une liste rassemble les sensibilités communistes, socialistes et En Marche. Bon courage pour regarder ensemble les futurs débats présidentiels.  

A Roubaix, dans le Nord, le maire sortant de droite est soutenu par La République en Marche. Mais sur une liste concurrente, se trouve... le suppléant de la député macroniste locale. 

Bref, par endroits, tout est dans tout. Et inversement. 

Certes, les élections municipales, plus que d'autres, sacrent une personnalité plutôt qu'une étiquette, un projet local, plutôt qu'un engagement national.  

Mais ces exemples disent bien à quel point les appartenances collectives sont devenues malléables, temporaires et réversibles.  

La confusion se retrouve, aussi, dans les débats. La violence s'invite régulièrement dans la campagne.

Il faut lire la presse régionale et ces témoignages d'élus de longue date : ils racontent n'avoir jamais senti un tel climat lors des élections municipales.  

Bien sûr, l'affrontement démocratique local est rarement un concours de fair-play, une bataille d'élégance. 

Mais les dégradations, les insultes, les intimidations se multiplient. Un exemple parmi des centaines, sur un marché de Vitry, en région parisienne [Extrait sonore].  

Une vidéo où l'on entend un candidat de la liste LREM menacer une autre personne. Le Parti socialiste a demandé des excuses et une condamnation, les marcheurs locaux affirment que ces insultes filmées avaient été précédées de provocations, de violences du camp d'en face.  

Dans le Pas de calais, un candidat France insoumise a été physiquement agressé, et on pourrait multiplier les tristes illustrations de cette violence.  

Dans cette campagne, les plaintes succèdent aux complaintes.  

Les réseaux sociaux fixent dans les rétines les affronts locaux, leur offre une résonance nationale.  

Les vidéos, souvent coupées de tout contexte, ne permettent pas de faire la distinction entre le coup de sang spontané, la provocation organisée et l'agression délibérée. 

Ce qui rassemble ces deux confusions - celle des étiquettes politiques et celle de la violence -, c'est que plus personne ne semble savoir où il habite, plus personne ne semble s'accorder sur des normes et des règles communes.

Cette absence de cadre, cette anomie, empêche de canaliser les débordements d'une société en tension.  

Peut-être y a-t-il d'ailleurs une opportunité pour les listes qui décideront de faire des campagnes bienveillantes, empathiques, osons le mot ; joyeuses !  

C'est ce qu'on appelle en télévision de la contre-programmation. Ici ce serait presque un contre-programme politique.  

Frédéric Says

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