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Après son discours de politique générale, Edouard Philippe a obtenu la confiance des députés, avec 363 voix sur 577.

Un acte 2 ? Quel acte 2 ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Le Premier ministre a prononcé hier son discours de politique générale, promettant un "changement de méthode". Mais sur le fond, nul tournant.

Après son discours de politique générale, Edouard Philippe a obtenu la confiance des députés, avec 363 voix sur 577.
Après son discours de politique générale, Edouard Philippe a obtenu la confiance des députés, avec 363 voix sur 577. Crédits : Alain Jocard - AFP

Curieuse formulation que cet "acte 2". Le vocable fait penser à celui des gilets jaunes. D'ailleurs, souvenez-vous, Emmanuel Macron avait refusé d'endosser ce terme. C'était il y a six semaines, au moment de sa conférence de presse post-grand débat : 

"Je ne suis pas sûr de parler d'acte, car cette terminologie a déjà été prise récemment et renvoie à une autre gymnastique, qui se passe le samedi !"

Au vu des annonces d'hier, au lieu d'un acte 2, il s'agit davantage d'un acte 1 bis. 

Le cap est maintenu, l'équipe gouvernementale aussi et les réformes prévues à l'agenda sont cochées une par une. 

C'est ainsi qu'Edouard Philippe poursuit ce qui était prévu en matière de réforme des retraites ou de l'assurance-chômage. Il amplifie la baisse des dépenses publiques, notamment pour financer une diminution de l'impôt sur le revenu. 

Tout juste le chef du gouvernement a-t-il concédé une erreur de méthode. Il a reconnu que certaines décisions avaient pu être trop peu concertées. On pense forcément à la loi travail. Bref, l'acte 2, c'est l'acte 1 moins les ordonnances. 

Finalement, l'enjeu était largement personnel pour Edouard Philippe...

Oui car sur le fond, il n'a fait hier que détailler les grandes mesures annoncées par Emmanuel Macron. Soit au cours de sa campagne, comme la PMA pour toutes les femmes. Soit au cours de son mandat, comme la baisse des impôts. 

Pour Edouard Philippe, le défi n'était pas là. Il s'agissait plutôt de désamorcer des reproches adressés régulièrement à l'homme de Matignon. 

Par exemple, il serait trop hors-sol, trop énarque, trop technocrate ? Eh bien les premières phrases de son discours se veulent solidement ancrées dans le réel :  

"[Il y a une] urgence économique, comme le crient les salariés des usines d'Amiens, de Belfort ou d'ailleurs..."

Autre reproche régulièrement adressé à Edouard Philippe : il serait insensible à la question écolo, lui l'ancien lobbyiste pour Areva. Il a, là encore, tenté de corriger cette image :

"Je connais les soupçons me concernant. Je viens de la droite, j’ai travaillé dans une grande entreprise française du nucléaire, je suis élu d’une ville industrielle... (...) Aujourd’hui, plus personne n’a le monopole du vert"

Edouard Philippe a pour lui plusieurs atouts. Il a su gagner la sympathie des députés de la majorité, il est doté d'un sens de l'humour certain, il conserve un secourable flegmatisme dans les situations tendues, comme il l'a rappelé hier ("je suis inénervable"). 

Mais le Premier ministre dispose d'un autre talent : celui de prestidigitateur. Il escamote les revers. 

Retournons-nous vers l'année qui vient de s'écouler. Depuis juillet dernier, l'exécutif a subi l'affaire Benalla, qui a perturbé les débats autour de la réforme constitutionnelle. Puis la crise des gilets jaunes, inédite par son ampleur et par sa durée depuis plusieurs décennies. 

Or, tout cela, Edouard Philippe l'a subtilement fait disparaître de son discours. Ainsi le nom de Benalla n'est jamais mentionné, remplacé par l'évocation des "circonstances". 

De même, les mots « gilets jaunes » ne sont jamais prononcés. Ils sont euphémisés avec le terme suivant :  "la colère". 

Dernier tour de passe-passe. La révision de la constitution, Edouard Philippe la remet dans sa manche. Elle n'est plus sur le tapis, dit-il, tant que le Sénat ne donne pas son accord pour la voter. 

Edouard Philippe doit se rendre aujourd'hui à la Chambre haute, dirigée par Les Républicains, pour présenter son discours de politique générale. 

On sait déjà qu'Edouard Philippe n'obtiendra pas la confiance du Sénat. En revanche, il espère faire basculer quelques votes chez les centristes, voire chez Les Républicains. 

A moyen terme, le chef du gouvernement s'en cache à peine : il espère que les prochaines municipales en mars 2020 permettront d'installer une majorité macroniste au Sénat (les élus locaux étant aussi qu'on appelle des "grands électeurs", qui désignent les sénateurs). 

Si le Sénat tombait - ce Sénat qui n'a cessé de chercher des poux dans la tête de l'exécutif - cette fois, on pourrait authentiquement parler d'un "acte 2 du quinquennat".

Frédéric Says

Chroniques
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