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Pour rassurer les syndicats, le gouvernement a inscrit dans la loi que la SNCF conserverait des capitaux "100% publics".

Pourquoi ne pas privatiser la SNCF ?

3 min
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"L’État n'a pas vocation à diriger des entreprises concurrentielles", affirme le ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Au risque de contredire son Premier ministre.

Pour rassurer les syndicats, le gouvernement a inscrit dans la loi que la SNCF conserverait des capitaux "100% publics".
Pour rassurer les syndicats, le gouvernement a inscrit dans la loi que la SNCF conserverait des capitaux "100% publics". Crédits : Patrice Pierrot / CrowdSpark - AFP

On ne va pas revenir ce matin sur la vidéo d’Emmanuel Macron qui dénonce le coût des prestations sociales ("un pognon dingue"). Cette vidéo a parfaitement rempli son rôle en monopolisant l’attention. 

Une autre intervention du gouvernement, en revanche, est passée plus inaperçue : celle du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, à propos des privatisations. 

Certes, cette intervention est a priori moins excitante : ce n'est pas une vidéo faussement "coulisses", c'est une banale interview dans le journal Les Echos, bardées de notions techniques. Pour autant, cette interview de Bruno Le Maire est éclairante parce qu’elle met en lumière une contradiction du gouvernement. 

Que dit le locataire de Bercy ? Il confirme les privatisations de plusieurs entreprises : La Française des jeux, Aéroport de Paris, ou encore le fournisseur de gaz Engie (anciennement appelé GDF-Suez). 

Question : pourquoi vendre ces participations, que certains appellent les "bijoux de famille" ? Réponse de Bruno Le Maire : parce que « l’État n’a pas vocation à diriger des entreprises concurrentielles ». Autrement dit, la puissance publique doit se concentrer sur les services publics en situation de monopole. Là où il y a concurrence, l’État doit s’effacer. 

Après tout, c'est un raisonnement qui se tient... 

Sauf que les propos de Bruno Le Maire font penser à un autre dossier : la SNCF. 

Si l’État n'a "pas vocation à diriger des entreprises concurrentielles", pourquoi resterait-il impliqué dans le capital de la SNCF, dans un secteur qui s’ouvre à la concurrence ? 

Si Bruno Le Maire a raison, pourquoi ne pas privatiser la SNCF ? D’autant que le gouvernement vient de changer le statut de la compagnie ferroviaire ; elle était un établissement public, elle est maintenant une société anonyme… 

Mais l'Exécutif nie tout projet de privatisation, qui serait un chiffon rouge pour les syndicats. Il a même a essayé de dissiper cette crainte en inscrivant dans la loi que l’État gardera 100 % du capital de la SNCF. Écoutez le premier ministre Édouard Philippe, catégorique sur le sujet :  

"Je n'ai pas (...) proposé la privatisation de la SNCF. Elle n'a pas sur la table. Il n'en est absolument pas question".

Circulez, il n’y a rien à voir - ou plutôt rien à craindre. Sauf que… si l’on observe l'historique d'une entreprise comme Engie, c’est précisément ce qui s’est passé. 

Engie ? C’était un service public nommé Gaz de France. En 2004, il a été transformé en Société anonyme et marié à une autre entreprise (Suez). A cette époque, le gouvernement jure aux syndicats qu’il n’y aura pas de privatisation. Écoutez Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Économie : 

"Il n'y aura pas de privatisation d'EDF et Gaz de France. C'est clair, simple et net".

Et pour rassurer les syndicats, Nicolas Sarkozy inscrit même cette promesse dans la loi. Tiens, précisément comme pour la SNCF aujourd’hui... 

Or, une nouvelle loi (la loi Le Maire) vient aujourd'hui supprimer les engagements de l'époque. Ce qui laisse donc désormais la porte ouverte à la privatisation totale d'Engie, loin des promesses initiales. 

Entre Engie et la SNCF, les trajectoires sont si parfaitement identiques, qu’on comprend que le chemin tracé est le même - avec quelques années de différence. Bruno Le Maire peut-il l’ignorer ? En affirmant noir sur blanc que l’État n'a pas vocation à diriger des entreprises concurrentielles, il met en cause les garanties données par son propre gouvernement sur la SNCF. 

Sur les privatisations, l’exécutif se rend donc coupable soit d’incohérence, soit d’hypocrisie. On ne sait quelle hypothèse est préférable.

Frédéric Says

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