LE DIRECT
Est-ce l'effet de la sidération ? Pour l'instant, on distingue peu d'innovations au firmament des idées.

Pourquoi il faut déconfiner les idées politiques

3 min
À retrouver dans l'émission

Face à une crise aussi singulière, trop souvent les responsables politiques se contentent de recycler leurs idées traditionnelles.

Est-ce l'effet de la sidération ? Pour l'instant, on distingue peu d'innovations au firmament des idées.
Est-ce l'effet de la sidération ? Pour l'instant, on distingue peu d'innovations au firmament des idées. Crédits : Gregg Newton - AFP

Je voudrais ce matin insister sur un contraste très frappant.  

D'une part, une crise inédite, exceptionnelle, jamais connue de mémoire d'humain.  

De l'autre, des réponses politiques d'un conformisme absolu. Sans surprise, sans suspense.  

Des rengaines classiques, comme rien de spécial ne s'était passé.  

Écoutez plutôt :  

L'on a entendu Christian Jacob proposer, pour faire face à la situation, la fin des 35 heures. Son collègue du parti Les Républicains Eric Woerth, demande lui... l'ouverture des magasins le dimanche.  

Comme une impression de faille spatio-temporelle. Et ils ne sont pas les seuls.

Pour Jean-Luc Mélenchon, cette crise sanitaire ratifie en réalité sa critique du « productivisme néo-libéral ».  

Pour Gérald Darmanin, elle donne au contraire raison à la politique de baisse des déficits, une rigueur qui permet selon lui d'atténuer le choc et de financer la relance de l'économie.  

La pandémie, nous dit Daniel Cohn-Bendit, rend plus urgente l'intégration européenne. Et selon le Rassemblement national, elle valide à l'inverse l'idée d'une fermeture des frontières. 

Bref, si l'on tend l'oreille, tous entonnent une mélodie assez peu novatrice. Celle du : « J'avais raison et les événements le confirment ».  

Confirmation

Une situation résumée par Raphaël Glucksmann, du mouvement Place publique, dans Le Figaro ce matin

« La plupart [des politiques] voient dans la crise la confirmation de ce qu’ils ont toujours cru. Leur monde d’après, c’est leur programme d’avant ».  

C'est bien vu - même si Raphaël Glucksmann doit lui-même encore prouver sa propre révolution idéologique...  

Ce phénomène, c'est ce qu'on appelle le « biais de confirmation » : cette faculté à utiliser ce qui arrive pour renforcer sa propre vision du monde.  

De sorte que ce choc mondial, inédit, semble être traité comme une péripétie de l'actualité, qui permet de faire du commentaire et de recycler des idées anciennes.

Le jour où un astéroïde frappera la terre, il est fort à parier que l'on entende encore parler des "35 heures", de "l'ultra-libéralisme" et de "l'intégration européenne".  

Sidération

Cela dit, il faut se montrer indulgent. Nous ne sommes en réalité qu'au début de cette crise.  

Et l'on peut comprendre l'hébétude qui pousse à ressasser, plutôt qu'à innover. La sidération qui conduit davantage au réflexe qu'à la réflexion...

Nombre de responsables politiques ont d'ailleurs lancé des travaux thématiques, pour tenter de discerner ce que change cette crise.  

Mais ce sont, par définition, des travaux dans l'ombre, éclipsés par les assertions triomphales de leurs camarades.  

C'est sans doute pour cela qu'on assiste à un deuxième paradoxe :  

Alors que le bilan du gouvernement face à l'épidémie est jugé très sévèrement par les Français, pour l'instant, aucun opposant politique n'en profite.  

D'après les sondages, à la question "qui aurait fait mieux qu'Emmanuel Macron ?", la réponse est : personne, parmi les responsables politiques actifs.  

Et cela n'est pas rassurant...

Du point de vue de l'émulation intellectuelle, c'est ce qui peut arriver de pire. Une sorte de résignation devant des discours déjà entendus dans les meetings, alors que les logiciels de pensée ne peuvent qu'être remis en cause.  

Voilà pourquoi sans doute a-t-on eu tort, collectivement, de moquer les tribunes d'intellectuels et d'artistes, les pétitions pour imaginer le "monde d'après".

Certes, l'approche est peut-être candide ; mais elle a au moins le mérite de faire entrer un peu d'air frais, dans ce monde de la proposition politique assez renfermé, pour ne pas dire confiné avec ses évidences.  

Frédéric Says

Chroniques

8H19
27 min

L'Invité(e) des Matins (2ème partie)

Jean-Marc Jancovici : "Nous nous dirigeons vers un monde où nous aurons moins de moyens pour plus de problèmes"
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......